Amat Escalante cumule les prix de la mise en scène. Après celui à Cannes pour Heli, il a obtenu, de manière toute aussi méritée ce prix à Venise pour La région sauvage. L'ancien assistant de Reygadas a su imposer son style et ses récits originaux. Cette fois-ci, entre sexe et fantastique, psychodrame et allégorie, le cinéaste réussit une fois de plus à nous fasciner.



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LA BELLE PERSONNE





Les années 2000 l’ont vue mûrir à l’écran et imposer sa silhouette frêle et ses tâches de rousseur. En 2014, elle s’avèrera tout simplement incontournable. Avec pas moins de six films prévus dans les mois à venir, Anaïs Demoustier confirme en effet qu’elle est l’une des plus belles révélations de la décennie, capable de s’épanouir dans des univers aussi forts et variés que ceux de Robert Guédiguian, Anna Novion, Bertrand tavernier ou encore François Ozon.

C’est qu’à seulement 26 ans, la jeune fille a déjà plus de douze ans de carrière derrière elle. Un premier film face à Michel Serrault en 2000 (Le monde de Marty), un rôle marquant face à Isabelle Huppert dans Le temps du loup (2003), des personnages secondaires dans plusieurs comédies (Le prix à payer, Hellphone), des apparitions à la télévision (P.J., Reporters)… elle tourne presque sans interruption pendant toute la décennie 2000.

Mais c'est dans Les grandes personnes d'Anna Novion (2008) qu'on la remarque vraiment. Mutine et rebelle, elle campe la fille adolescente d'un Jean-Pierre Darroussin surprotecteur et fait preuve d'un sens inné de la comédie. Instantanément, on retient son nom, son visage juvénile, sa spontanéité naturelle.

Suit Sois sage de Juliette Garcias où elle incarne une jeune femme à la recherche de son amour perdu. Elle est aussi du casting en forme de portrait d'une génération de La belle personne de Christophe Honoré, aux côtés notamment de Grégoire Leprince-Ringuet et Léa Seydoux.

En 2010, elle retrouve cette dernière dans Belle Epine de Rebecca Zlotowski, mais c'est surtout dans D'amour et d'eau fraîche d’Isabelle Czajka qu'elle crève l'écran. Elle est Julie Bataille, une jeune fille surdiplômée qui est obligée d'accepter des petits boulots ingrats pour survivre. Une fois encore, elle brille par son naturel et sa vivacité, à la fois extrêmement mature et incroyablement fragile. Le César du Meilleur espoir féminin lui échappe une seconde fois (au profit de Leila Bekhti), mais il semble de plus en plus évident que ce n'est que partie remise. En attendant, elle reçoit le Prix Romy Schneider, le Prix Suzanne Bianchetti et une Etoile d’or de la révélation féminine.

Ce qui est certain, c’est qu’Anaïs Demoustier semble n'avoir aucune envie de s'enfermer dans un style, ou même dans un art. En 2009, elle joue dans la pièce Angelo, Tyran de Padoue de Victor Hugo, mise en scène par Christophe Honoré, et présentée à Avignon. Puis elle est l’une des interprètes du Problèmede François Bégaudeau, mis en scène par Arnaud Meunier (2011) avant de retrouver Christophe Honoré pour Nouveau roman en 2012.

En parallèle, elle intègre la "famille" Guédiguian pour Les neiges du Kilimandjaro (présenté à Cannes en 2011), joue les étudiantes prostituées dans Elles de la réalisatrice polonaise Małgorzata Szumowska, tourne chez Claude Miller (un rôle d’adolescente passionnée qui rentre vite dans le rang, dans l’adaptation de Thérèse Desqueyroux qui fait la clôture de Cannes en 2012) et Bertrand Tavernier (la petite amie militante du personnage central de Quai d’Orsay)…

Si tous ses rôles ne sont pas marquants, ils lui permettent de révéler les différentes facettes de son jeu : on la découvre aussi à l’aise dans la comédie que dans le drame, capable d’une légèreté presque gouailleuse comme d’une gravité saisissante. Elle campe ainsi une jeune fille bien ancrée dans son époque, un visage moderne et atypique dans un cinéma français qui a souvent tendance à aligner les poupées interchangeables.

Cette modernité et cette vivacité de jeu expliquent sans doute son omniprésence à venir : dans le nouveau très attendu film de Pascale Ferran (Bird people), dans le premier long métrage en tant que réalisateur de l’humoriste Manu Payet (Situation amoureuse : c’est compliqué), de retour chez Guédiguian (Le fil d’Ariane), dans Je suis femme de François Ozon (aux côtés de Romain Duris et Raphaël personnaz) et dans le prochain Emmanuel Mouret (Caprices).

Même si l’on ne se fait pas vraiment de souci pour elle, on lui souhaite de réussir à durer sans s’enfermer dans un type de rôle (le plus grand risque est celui de la fille-sympa-et-normale qui sert de faire-valoir à la bombe de service) qui ne rendrait pas justice à son talent. On espère ainsi qu’elle retrouve rapidement un rôle de premier plan où l'on fera plus appel à la finesse de son jeu qu’à celle de ses traits.

MpM


 
 
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