
La scénariste et réalisatrice Tannishtha Chatterjee vient de réaliser son deuxième film avec Full Plate. Déjà connue avec une double carrière d’actrice à la fois en Inde et à l’international, elle a joué dans Shadow of time de l’allemand Florian Gallenberger et Brick Lane de la britannique Sarah Gavron, mais aussi dans Anna Karenine de Joe Wright ou Lion de Garth Davis. Enfin, on l’a vu dans le polar indien Monsoon Shootout de Amit Kumar sélectionné au Festival de Cannes 2013.
Tannishtha Chatterjee n’a pas pu venir au FICA de Vesoul pour son film Full Plate, mais elle a pu en parler avec les spectateurs à l’issue d’une projection, par téléphone.
Le producteur Ashutosh Goswami était lui présent. L’occasion d’une rencontre pour parler de ce film qui a enthousiasmé le public de Vesoul.
Ecran Noir : La séquence d’ouverture de Full Plate montre une longue séquence musicale pleine de couleurs, avec de la danse et une chanson, comme un cliché familier au cinéma de Bollywood, mais assez vite on bascule vers tout autre chose. Avec un mari immobilisé à la maison et qui va devoir accepter à contrecœur que son épouse ne soit pas réduite à une femme au foyer, qu’elle aille travailler chez d’autres gens, se souciant de sa réputation. Le film va alors raconter l’émancipation d’une femme contre des traditions…
Ashutosh Goswami : Le début du film est une scène de fête des couleurs, c’est la tradition du jour de Holi où tout le monde se rassemble dans la joie en se lançant des poudres colorées. Cette célébration de Holi en Inde est à la base une fête Hindoue, mais tout le monde y participe : les hindous, les musulmans, peu importe la religion. Il n’y avait pas vraiment de ‘calcul’ pour ensuite glisser vers les traditions familiales de ce couple et de leurs enfants. C’est un choix artistique qui permettait simplement de commencer le film de manière très joyeuse, juste avant le drame qui va toucher le mari et déclencher les changements qui vont arriver. En fait il fallait montrer que c’était une famille heureuse, que le mari est d’abord quelqu’un de joyeux. Ce qui rend l’accident qui suit plus dramatique puisque, petit à petit, son état d’esprit va changer. Il va broyer du noir et malheureux, et être de plus en plus aigri. La fête populaire du début, avec beaucoup de monde, fait aussi contraste avec cette famille qui vit dans un foyer en vase clos.
« Elle a voulu que l’histoire du film fasse à certains moments comme un petit zoom sur des questions actuelles. »
La nécessité va faire que l’épouse doit aller travailler, en faisant la cuisine pour une autre famille dans un quartier riche. Ils ont d’autres habitudes, très différentes, comme leur régime végan. Et chez cet autre couple, celui des artistes, elle découvre même d’autres mœurs plus libres…
Ashutosh Goswami : Dans le pays et dans plusieurs films, ce genre de discussion à propos de plusieurs désirs entre deux personnes ce n’est pas nouveau, ça existe. On parle de plusieurs formes de sexualité de manière un peu camouflée ou sur le ton de l’humour. Ça passe par l’utilisation de mots très explicites plutôt que de le montrer frontalement à l’image. Il y a d’ailleurs la scène amusante où plusieurs des femmes discutent entre elles d’autres pratiques sexuelles en questionnant les termes de ‘bisexuel’ et ‘trisexuel’, c’est une discussion de la vie de tout les jours. Ce qui est nouveau dans le cinéma et qui est amorcé depuis quelques années, c’est de montrer un peu certaines situations sur grand écran. Avant dans les films, ce genre de sujet arrivait par des discussions de comptoir entre amis ou entre gens d’une même génération. Montrer ou suggérer un peu plus au cinéma d’autres désirs, c’est assez récent, ça passe aussi à travers du prisme de l’humour, on peut rire avec ce sujet. Le personnage principal de l’épouse, Amreen, est d’abord vu pour ses talents de bien cuisiner, et elle prend plaisir à faire ça. Le sujet d’un autre regard sur de nouveaux désirs va la faire grandir en devenant celle qui va subvenir aux besoins de sa famille, en gagnant un salaire mais aussi en découvrant cet autre couple d’artistes et leurs habitudes différentes et moins traditionnelles. L’émancipation d’une femme dans le cinéma indien c’est contemporain, et la réalisatrice voulait apporter un peu de nouveauté à propos de ça.
Plusieurs choses dans Full Plate démontrent qu’il s’agit bien d’un filmde réalisatrice, avec certaines scènes évocatrices qu’on voit peu dans d’autres films indiens, comme l’évocation d’une autre sexualité en dehors du mariage et surtout le sujet des violences conjugales.
Ashutosh Goswami : La réalisatrice Tannishtha Chatterjee avait en tête d’aborder un peu ces sujets, c’était dans le scénario et ça rendait les personnages encore plus intéressants pour certains de leurs dilemmes. Elle a voulu que l’histoire du film fasse à certains moments comme un petit zoom sur des questions actuelles. Il y a aussi la question du fils qui fréquente une jeune fille qui est d’une autre religion que la leur. Ce n’est pas frontal mais il y a une ambiguïté pour certains parents d’accepter cette liberté. La réalisatrice a voulu évoquer plusieurs sujets de société. Ce n’était pas pour cocher des cases ni pour faire du débat politique mais plus pour enrichir l’histoire de cette famille.
Full Plate peut parler à un large public en Inde mais aussi plus largement à l’international comme en Europe
Ashutosh Goswami : En ce moment le film est sélectionné dans plusieurs festivals de cinéma à travers le monde, il y a des contacts avec des distributeurs de films. On espère que ce film sera vu le plus largement possible.
