Les cinéastes sud-coréens s’entichent de remakes

Les cinéastes sud-coréens s’entichent de remakes

Ce n’est pas forcément nouveau, mais cela vire au système. Il y a douze ans, avec The Target, Yoon Hong-Seung revisitait le thriller français À bout portant de Fred Cavayé (2010). Deux ans avant, en 2012, Min Kyu-dong réalisait le remake de la rom-com argentine de Juan Taratuto, Un novio para mi mujer (2008), réintitulé All about my Wife. Dans le même genre, Kang Je-gyu, avec Salut d’amour, offrait en 2015 sa version de Lovely, Still de Nik Fackler. Et ainsi de suite avec Blue Busking de Ahn Jae-seok, version musicale de la comédie italienne Basilicata Coast to Coast de Rocco Papaleo, Intimate Strangers de Lee Jae-kyoo, l’un des 24 remakes du film italien Perfetti sconosciuti de Paolo Genovese, ou encore The Call, de Lee Chung-hyun, qui prend quelques libertés avec le film d’origine, The Caller, thriller signé du britannique Matthew Parkhill.

Jusqu’ici tous les deux ans, le cinéma sud-coréen mettait à la sauce locale des histoires occidentales. Or, depuis 2024, le rythme de ces productions « adaptées » s’est accéléré. Le public français s’est amouraché de A Normal Family. Et cette semaine, c’est le grand Park Chan-wook qui arrive sur les écrans avec Aucun autre choix.

Park Chan-wook revient en salles avec Aucun autre choix (No Other Choice), soit l’adaptation du roman The Ax de Donald E. Weslake que Costa-Gavras avait déjà transposé au cinéma, sous le titre français du roman, Le couperet.

Il s’agit de la même histoire. Licencié après des années de loyauté, un cadre d’une industrie du papier se convainc qu’il doit éliminer physiquement ses concurrents pour retrouver un poste et sauver son statut familial. Sa “solution” glisse vers une spirale de violence absurde qui révèle la brutalité du marché du travail. Un squid game capitaliste en quelque sorte. Un joli succès au box office au final, et son aspect glacial en a même fait un prétendant aux Oscars après ses trois nominations aux Golden Globes.
Le réalisateur coréen tente de stabilobosser l’insécurité économique dans un mode anxiogène, notamment avec l’arrivée de la robotique et de l’IA. Loin de la satire à l’européenne, il opte davantage pour une comédie noire stylisée, entre cruauté et burlesque. Finalement le thriller s’avère assez cringe.

On était habitué à voir Lee Byung-hun dans des films d’action ou des polars (G.I. Joe, Red 2, J’ai rencontré le diable, Terminator Genesys, Les sept mercenaires, L’homme du président). On a oublié qu’il pouvait être un bon acteur de comédie (Le bon, la brute et le cinglé). 25 ans après Joint Security Area, et 21 ans après Trois extrêmes, le comédien et le cinéaste se retrouvent. Pas pour le meilleur. Trop long, étiré par des scènes un peu vaines, le film loupe sa farce en n’étant pas assez mordant. Comme s’il hésitait à faire de cet homme maladroit un tueur qui s’ignore.

En cela, A Normal Family, sorti en juin dernier en France, est bien plus convaincant. Le best-seller The Dinner d’Herman Koch a déjà été plusieurs fois adapté au cinéma. Aux Pays-bas (Het diner de Menno Meyjes), en Italie (Nos enfants d’Ivano De Matteo) et aux Etats-Unis (The Dinner d’Ores Moverman). Et c’est bien la version coréenne qui est la plus réussie de toutes. Dans cette variation de la pièce de Yasmina Reza, Le dieu du Carnage, Hur Jin-ho confronte deux frères aisés et leurs épouses. Ils voient leur quotidien exploser quand une vidéo de vidéosurveillance montrant un crime commis par des ados devient virale. En réalisant que leurs propres enfants sont impliqués, ils se déchirent entre protection familiale, culpabilité et justice.

Les sud-coréens semblent avoir le goût de la cruauté. Ce thriller moral, qui a séduit 250 000 spectateurs français l’été dernier, est diablement efficace, même si on en connaît la fin. D’autant qu’avec les années, le récit peut s’enrichir du phénomène de viralisation (réseaux sociaux, caméras de surveillance…). En se délocalisant à Séoul, le roman néerlandais intègre des éléments culturels propres à la culture coréenne : image sociale, réussite, honte, ambition… Il devient finalement un jeu de massacre intime où la faute des enfants rejaillit sur leurs parents, jusque’à en faire un Abel et Caïn des temps modernes. La mise en scène, chic et faussement chaleureuse, démontre également qu’il ne faut jamais se fier aux apparences.

Depuis 2024, d’autres films coréens se sont inspirés d’œuvres venues d’ailleurs. Pilot de Kim Han-gyul est le remake du film suédois Cockpit de Mårten Klingberg. Un pilote star est licencié après un scandale et, pour rebondir, se fait embaucher en se présentant sous une autre identité. La situation dégénère quand son mensonge menace d’exploser au moment où sa carrière redécolle…. Gros succès populaire en Corée, le film n’est pas encore sorti en France. Il utilise lui aussi la mécanique du scandale (genre très prisé dans le thriller coréen) et se veut moins léger que l’original.

Nam Dong-hyeop a préféré adapté la comédie horrifique canadienne d’Eli Craig, Tucker et Dale fightent le mal, sorti en 2012. Réintitulé Handsome Guys, il a été projeté au Festival du film coréen à Paris il y a un plus d’un an. Le film a vu sa sortie retarder de trois ans à cause de la pandémie. Il a rempli les salles dans son pays. Pas sûr qu’on le voit un jour sur nos grands écrans. Ici, deux types à l’allure inquiétante s’installent à la campagne et se retrouvent pris dans une suite de malentendus avec des étudiants et la police. Le chaos tourne au carnage quand un élément surnaturel (qui n’existait pas dans le film d’origine) s’en mêle et que tout le monde interprète tout de travers. Moins horrifique et plus policier, il s’agit typiquement d’un film de genre sauce coréenne.

Autre joli succès en salles dans la péninsule, Hidden Face, du vétéran Kim Dae-woo, qui revisite le thriller La cara oculta du colombien Andrés Baiz (la série Narcos). Son scénario a été l’objet d’autres remakes en Inde, en Turquie et au Mexique. Il raconte la disparition mystérieuse de sa fiancée d’un chef d’orchestre. celui-ci entame une relation avec une nouvelle musicienne sans comprendre ce qui se joue réellement. La vérité — liée à un secret d’enfermement et de manipulation — reconfigure tout ce qu’on croyait savoir sur le couple… Par rapport au film de 2011, le cinéaste coréen a réécrit le récit : un univers musical, une approche plus érotique, un point de vue plus féminin autour du pouvoir et de la jalousie.

Cette tendance du remake ne s’inverse pas. Le cinéma sud-coréen a d’autres projets de ce type. Ainsi The People Upstairs de la star Ha Jung-woo (The Chaser, The Tunnel) directement adapté de la comédie dramatique espagnole Sentimental de Cesc Gay (5 nominations aux Goyas), d’après sa propre pièce de théâtre Los vecinos de arriba. Cette histoire a fait l’objet d’un remake français, Et plus si affinités, d’Olivier Ducray et Wilfried Méance, sorti en 2024. On suit un couple excédé par les bruits venus de l’appartement du dessus invite leurs voisins à dîner pour mettre les choses au clair. La soirée se transforme en joute de confidences sexuelles et conjugales, où la gêne devient une arme et les masques tombent. Le film sud-coréen est sorti l’an dernier dans les salles du pays, sans briller au box office.

Sont prévus quelques autres films : The Eyes, remake du film Les yeux de Julia de Guillem Morales. Yeom Ji-ho s’attaque au film d’horreur espagnol : Une photographe renommée, jouée par Shin Min-a, est dévastée par la mort soudaine et mystérieuse de sa sœur jumelle. En cherchant la vérité, sa vision commence à décliner et elle sent une présence invisible qui la fait basculer dans la paranoïa. Sortie en 2026.

Comme sans doute The Intern, réalisé par Kim Do-young, d’après le hit hollywoodien Le nouveau stagiaire de Nancy Meyers. Seon-woo, P-DG passionnée d’une entreprise de mode, embauche Gi-ho, un retraité, comme stagiaire. Son expérience et sa présence deviennent un soutien inattendu alors qu’elle frôle le burn-out au milieu des crises du quotidien…

Plus surprenant, Original Drug Rice Cake Shop de Lee Hae-young est une adaptation libre du charmant film français Paulette de Jérôme Enrico. On garde les mêmes ingrédients mais la recette change malgré tout : une histoire de solitude et d’addictions. Qui aurait pu croire que le personnage de Bernadette Lafont allait être incarné par Ra Mi Ran? Le film est pré-production.