Cannes 2024 | Sauvages : la défense du vivant pour les enfants

Cannes 2024 | Sauvages : la défense du vivant pour les enfants

À Bornéo, en bordure de la forêt tropicale, Kéria recueille un bébé orang-outan trouvé dans la plantation de palmiers à huile où travaille son père. Au même moment Selaï, son jeune cousin, vient trouver refuge chez eux pour échapper au conflit qui oppose sa famille nomade aux compagnies forestières. Ensemble, Kéria, Selaï et le bébé singe baptisé Oshi vont braver tous les obstacles pour lutter contre la destruction de la forêt ancestrale, plus que jamais menacée.

Huit ans depuis le fabuleux Ma vie de Courgette, projeté à la Quinzaine, Claude Barras revient avec son deuxième long métrage d’animation, Sauvages.

Plongée dans une jungle en voie de déforestation, l’histoire oppose peuple autochtone, femmes activistes et une grosse entreprise écocide. Ce simplisme, et le propos très didactique qui l’accompagne, cible avant les très jeunes. Sauvages ne cherche jamais à atteindre un autre public.

Contrairement à Ma vie de Courgette, Sauvages, pourtant aimable, n’a ni la subtilité, ni l’émotion nécessaires pour transcender son récit. Il y a bien quelques jolies idées (le début à la Bambi, la langue autochtone jamais traduite, le GPS qui se tourne en rond dans la jungle) et de petites ponctuations aventureuses, quelques pointes d’humour enfantin. Cela ne suffit jamais.

« – Je ne veux pas qu’elle finisse comme sa mère.

– Pourquoi? Elle s’est pas faite mangée par une panthère? »

Le film souffre de trop de bienveillance, de sentimentalisme, et de candeur. Claude Barras ne réussit pas faire le pont entre les théories de l’anthropologue, Claude Levi Strauss, les combats des militants de la biodiversité, la critique de la décolonisation et du capitalisme, et la chanson de Balavoine, « Tous les cris les SOS » (qu’on ne supportera plus à la fin). Chanson plaintive qui sursignifie le message, de peur qu’on ne le comprenne pas.

Plaidoyer pour le localisme et le respect des cultures, cette vision paradisiaque de la Nature et cette idéalisation occidentalisée ne subissent aucun contre point. Trop manichéen, et clairement propagandiste, on ne peut, malgré tout, pas reprocher au film de sensibiliser les enfants à la sauvegarde du vivant et aux menaces qui pèsent sur la planète.

Cependant, Barras maîtrise toujours aussi bien le stop motion et ses figurines. Sa jungle de Bornéo est splendide. La faune et la flore foisonnent de couleurs. Visuellement, l’œuvre est bien plus singulière que son scénario.

De ce beau rêve écologique, et naïf, on retient finalement davantage ce qui nous plaisait dans Ma vie de Courgette : une famille composée par les circonstances, soudée par un même enjeu, et rendue invincible par ses croyances et son humanisme. Une belle équipe de résistants qui ne se soucie ni de ses différences, ni de ses origines. Car, on le comprend très vite, les sauvages sont bien ceux qui n’ont aucune empathie.

Sauvages.
Cannes 2024. Séance jeune public.
1h27
Sortie en salles : 16 octobre 2024
Avec les voix de Martin Verset, Laetitia Dosch, Benoît Poelvoorde, Michel Vuillermoz
Réalisation : Claude Barras
Scénario : Claude Barras, Catherine Paillé, Nancy Huston, Morgan Navarro
Distribution : Haut et court