
Découvert à l’ACID à Cannes, La lumière ne meurt jamais (A light that never goes out) met en scène Pauli, flûtiste classique de premier plan qui traverse un épisode dépressif sévère, et se retrouve contraint de retourner vivre ponctuellement chez ses parents. Sur un sujet presque rebattu (on ne compte plus les films racontant le toujours difficile retour au pays après une longue absence), le premier long métrage de Lauri-Matti Parppei propose une comédie burlesque et pleine d’énergie qui prend résolument à contre-pied l’humeur morose de son personnage principal.
N’ayant d’autre choix que de se réacclimater à sa ville natale, ce dernier renoue tout à fait par hasard avec une ancienne camarade de lycée qui le recrute presque contre son gré dans un collectif paramilitaire d’art sonore. Lui qui a bâti toute sa vie sur le travail acharné, la discipline la plus rigoureuse et la quête de l’excellence, accepte peu à peu de se laisser embarquer dans une frénésie d’expérimentations dont le but avoué est de créer une musique “que personne n’a encore jamais entendue« . Tout un programme, parfaitement respecté par le collectif qui s’en donne à coeur joie en détournant instruments ménagers et objets de tous les jours pour créer du son. Qui aurait dit que de simples bols d’eau, des tuyaux de canalisation ou encore un mixeur électrique (rempli de cailloux) seraient à la pointe de l’avant-garde contemporaine ?

Avec un sens aiguisé de la dérision, Lauri-Matti Parppei tisse autour du mal-être et de la difficulté à exprimer ses émotions un récit fragmentaire lumineux mais jamais mièvre qui s’appuie sur la création comme échappatoire, et surtout comme acte de liberté ultime. C’est un savant équilibre entre un humour qui accompagne le délire des personnages, assumant leur fantaisie et leur non-conformisme artistique, et une bienveillance qui leur permet d’être saugrenus, mais jamais ridicules. La torpeur de la ville et l’extravagance des membres du trio deviennent alors le cocktail idéal pour entrer en résistance.
Le résultat de leurs improvisations, au bout du compte, importe peu, car le seul fait d’avoir lâché prise en laissant libre cours à une créativité soudainement libérée des carcans habituels – mais aussi de s’être abandonné à la force de l’action collective – aide Pauli à ne pas sombrer. Le film encourage ainsi tout un chacun à ne surtout pas renoncer, la lumière pouvant littéralement surgir de la direction la plus apparemment absurde.
Fiche technique
A light that never goes out
ACID 2025
Réalisation : Lauri-Matti Parppei (2025)
Sortie française : 4 février 2026
Avec Samuel Kujala, Anna Rosaliina Kauno, Camille Auer, Kaisa-Leena Koskenkorva... 1h51
