Au Cartoon Movie 2026, le cinéma d’animation continue d’affirmer sa vitalité et son éclectisme

Au Cartoon Movie 2026, le cinéma d’animation continue d’affirmer sa vitalité et son éclectisme

Chaque année, comme une boussole, le Cartoon Movie, forum européen de coproduction et rendez-vous annuel incontournable des professionnels du cinéma d’animation, annonce les avancées et les perspectives du long métrage animé européen – et parfois même mondial, le Canada étant par exemple l’invité d’honneur de cette édition. Ce sont donc 50 projets qui avaient ainsi été choisis par le comité du Cartoon (sur un nombre record de 150 candidatures), représentant 21 pays, et s’adressant majoritairement aux familles et aux plus jeunes (62%). Les films présentés sont très largement en phase de développement, voire de concept, puisque seulement 7 oeuvres étaient présentées en production, et 1 en snake preview (une vingtaine de minutes du film terminé). La plupart ne seront donc pas terminés avant 2029 – s’ils parviennent à être financés – ce qui nous laisse le temps d’y revenir.

Blaise et Jim dans les starting blocks

Malgré tout, deux films présents à Bordeaux devraient prochainement atteindre nos écrans : Blaise de Dimitri Planchon et Jean-Paul Guigue (ci-dessus), d’après la bande dessinée du même nom parue aux éditions Glénat, et Jim Queen de Marco Nguyen et Nicolas Athané (photo de bandeau), le premier long métrage du studio français Bobbypills, spécialisé dans l’animation adulte. Le film – dont la sortie est pour le moment positionnée au 17 juin – questionne l’hétéronormativité à travers le personnage de Jim Parfait, un influenceur gay parisien, qui vient d’être testé positif à l’Hétérose, un nouveau virus qui rend hétérosexuel.

Concepts à suivre

Du côté des promesses en attente de confirmation, plusieurs longs métrages en concept, c’est-à-dire en tout début de processus, ont retenu l’attention des professionnels présents : Firebird de Matej Podskalsky et Anna Podskalska (ci-dessus), un conte de fées inspiré de l’art médiéval d’Europe centrale ; Le Bien chasser de Boris Belghiti, Maxime Paccalet et Pierre Razetto, adapté de la série télévisée du même nom ; Until death unites us de Nawojka Wierzbowska, une comédie noire dans laquelle la Mort décide d’expérimenter la vie ; Jane, the fox and me, une production québécoise inspirée de la bande dessinée de Fanny Britt et Isabelle Arsenault autour du harcèlement scolaire ; et enfin Lollipop tatoo, dans lequel Lisa Marie Russo raconte sa propre expérience face au cancer.

Présenté pour sa part en développement, et attendu fin 2028, Flick de Nicolas Pegon (que l’on connaît pour ses BD Hound dog ou Le Feu de saint Antoine) s’inspire de la veine des comics underground. Il se déroule dans les Vosges à la fin des années 90 : Joy, une jeune femme qui vit en collocation avec Didier, un prof d’histoire géo soixante-huitard, tire par erreur sur un cow-boy déjà mort. Toutes les tentatives pour se débarrasser du corps tournent alors à la catastrophe, faisant des deux personnages les principaux suspects.

Retours gagnants ?

Plusieurs cinéastes confirmés étaient également présents pour parler de leurs nouveaux films, dont on peut raisonnablement penser qu’ils verront prochainement le jour. C’était le cas notamment de Tomm Moore (Le peuple loup, Le Chant de la mer) qui fait à nouveau équipe avec sa directrice artistique Maya Mérigeau (Genius Loci), et nous embarque cette fois dans une amitié périlleuse entre une jeune irlandaise et un habitant natif d’Amérique appartenant à la nation autonome des Chactas. Kindred spirits s’annonce comme un formidable récit d’aventures dans l’ouest encore sauvage du milieu du XIXe siècle.

Night tram de Michaela Pavlátová (Ma Famille afghane) s’inspire pour sa part de son court métrage mondialement acclamé Tram, dont il est une suite douce-amère. On y suit en effet la conductrice de tram, Bozena, cette fois aux prises avec les effets de l’âge, et la nécessité de lâcher prise. Avec beaucoup d’humour, Michaela Pavlátová ausculte les affres du vieillissement dans des sociétés portées par le jeunisme, et met en scène ses propres inquiétudes, aux accents universels. À découvrir – si tout va bien – dès l’année prochaine.

Plus jeune, mais traversée elle-aussi par les problématiques liées à l’âge, la réalisatrice Chintis Lundgren (Manivald) s’intéresse pour sa part à la mal-nommée crise de la quarantaine – susceptible de frapper entre 35 et 50 ans – dans Saima : scenes from a middle life crisis, qu’elle coréalise avec son partenaire Drasko Ivezic. On y suivra leurs habituels personnages d’animaux anthropomorphes confrontés à des montagnes russes émotionnelles.

Pangea de Simon Rouby (Adama) est pour sa part une fable écologique inspirée de Pangée, le dernier supercontinent de l’Histoire – et du conte du petit chaperon rouge. Pour créer ses décors, le cinéaste a réalisé des scans 3D au Népal, et des sculptures des visages des personnages, développant des oeuvres plastiques en parallèle du film. Au centre du récit, on retrouvera une tribu accro à un minerai qu’elle extrait des entrailles de la terre – toute ressemblance avec une civilisation contemporaine n’étant pas totalement fortuite – et la menace d’un cataclysme brutal.

Benoît Delépine, accompagné d’Antoine Robert et Frédéric Felder, propose pour sa part une comédie absurde et familiale autour d’un chien qui mène l’enquête pour découvrir pourquoi le chat de la maison est trop gros. Prévu pour 2027, Inspecteur Croquette réunit Esteban (dans le rôle du chien) et Philippe Katerine (dans celui du chat), ainsi que Camille Lellouche dans le rôle de leur propriétaire.

Nina Gantz (Edmond, Wander to wonder) met pour sa part en scène des pigeons vivant à Amsterdam dans une comédie musicale réalisée avec des marionnettes. L’occasion de parler des familles que l’on se choisit, et de réhabiliter avec humour la figure du pigeon urbain, souvent méprisé.

Plus sombre, L’odyssée d’Hakim de Patrick Imbert (Le Sommet des Dieux) est une adaptation des bandes dessinées documentaires de Fabien Toulmé, qui racontent l’histoire vraie d’Hakim, un réfugié syrien qui a fui son pays en guerre, puis a traversé une partie de l’Europe avec son fils pour rejoindre sa femme réfugiée en France.

Enfin, la prolifique cinéaste Anca Damian (Le Voyage de monsieur Crulic, L’Extraordinaire Voyage de Marona) est de retour avec Starseed, un ambitieux projet qui se déroule au Zimbabwe et met en scène trois enfants d’un township tentant de découvrir pourquoi leur rivière s’est asséchée, provoquant une immense pénurie d’eau. Leur quête les mène dans des mondes magiques et aquatiques.

Focus sur l’Afrique

Il est d’ailleurs intéressant de relever que le film fait écho à plusieurs autres projets prenant également l’Afrique comme cadre. C’est notamment le cas de Kokum de Hassan Yola, lui aussi produit par Special Touch, qui se déroule au Cameroun, dans un monde afro-futuriste où cohabitent trois sociétés : moderne, traditionnelle et spirituelle. Suite au vol d’un artefact et à la destruction d’un arbre sacré, Kokum – qui appartient à la société traditionnelle – part en mission pour sauver l’équilibre du monde.

Le coeur du djembé de Mathieu Vavril (adaptation du court métrage de Ani Elima) se déroule dans le village d’Alkeboulane, frappé par la sécheresse, et où la jeune héroïne rêve de jouer du djembé, ce qui est interdit aux filles. Kigali night de Samuel Lajus raconte l’expérience d’un jeune animateur du centre culturel français dans le Rwanda déchiré par la guerre, deux ans avant le génocide, tandis que Ejo de Jacek Rokosz (ci-dessus) suit deux enfants ayant échappé aux massacres à l’été 1994. Enfin, dans Aya in the desert de Julia Horrillo, c’est une jeune fille ivoirienne qui se déguise en garçon pour fuir la guerre.

Voyages dans l’espace et dans le temps

Finissons avec deux projets relativement inclassables et résolument prometteurs : Cosmo princess de Quentin Rigaux est un conte spatial ambitieux et singulier, racontant la rencontre entre un astronaute terrien à la dérive et une princesse cosmique fuyant le festin qui l’attend : devenir une étoile. Puisant son inspiration dans les animés des années 80 et 90, le film promet une odyssée haletante et vertigineuse aux confins du cosmos.

Tout aussi singulier, Igi de Natia Nikolashvili nous plonge dans un moment déterminant de la préhistoire : alors que toute sa tribu se tient à 4 pattes, Igi est le premier à se dresser. Risquant d’être banni pour ce geste, et en raison des questions qu’il pose, remettant en cause l’ordre établi, il doit faire un choix : se conformer, ou aller de l’avant. Il s’agit de l’adaptation d’une célèbre nouvelle géorgienne de Jemal Karchkhadze, publiée en 1977. Et qui devrait arriver dans le circuit des festivals pour le cinquantenaire de sa publication en 2027.