On en a choisit 8, parmi les innombrables qui nous ont rempli les soirées chill ou les week-ends de flegme. On a déjà évoqué la formidable saison 3 de La diplomate. On aurait pu aussi citer Hacks (saison 4), les acclamées The Pitt, The Studio, Severance, Andor, la nouvelle saison de The Last of Us, Empathie, Le sens des choses… Mais, hormis pour l’incontournable Adolescence, on a priviliégié le pas de côté et un équilibre entre des créations qui allient souvent le drame et la comédie.
Adolescence (Netflix)
C’est la claque sèche de l’année : pas de glamour, pas d’échappatoire, juste une tension qui colle à la peau. Le concept des épisodes en plan-séquence n’est pas un gadget : il force à rester dans la pièce, dans la panique, dans l’impuissance des adultes. C’est une série sur un crime, oui — mais surtout sur l’écosystème autour : la famille qui se fissure, l’école qui broie, et ce monde en ligne qui reprogramme les ados à coups de codes et de honte. Une critique froide du masculinisme toxique. Mention spéciale à l’épisode 3, huis-clos étouffant entre le jeune coupable et une psy : une autopsie morale clinique qui fait froid dans le dos.
Bref. — saison 2 / bref.2 (Disney+)
C’est le retour d’un rythme mitraillette, mais avec une gravité nouvelle : la blague n’efface plus la peur, elle la révèle. Là où la saison 1 courait après la vie, celle-ci regarde le temps en face : la quarantaine, les choix pas faits, les “j’ai le temps” qui deviennent des “j’aurais dû”. C’est drôle, parfois très con, souvent très vrai — et ça réussit un truc rare : faire de la nostalgie un moteur, pas une béquille. On rit, et deux minutes après on se surprend à faire l’inventaire de sa propre vie.
La Meneuse / Running Point (Netflix)
C’est la première fois qu’une série sur les coulisses du basketball aux US nous plaît autant. En attendant de devenir fans de hockey avec Heated Rivalry, qui débarque en février en France. Ça se moque de tout : les wokes, les féministes, les anarchistes, les complotistes, les vieux hommes cisgenres, les républicains et les homosexuels sans que ce soit insultant ou gratuit. Les personnages sont drôles et attachants, à commencer par celui de l’héroïne, qui redore le blason de Kate Hudson, et les dialogues multiplient les paniers réussis.
Pluribus (Apple TV+)
Le pitch est génialement tordu : une “épidémie de bonheur” transforme l’humanité en ruche apaisée, incapable de mentir ou de tuer du vivant, serviable à souhait et omnisciente… Sauf une dizaines d’individus dans le monde, dont l’héroïne, immunisée, qui devient la dernière emmerdeuse lucide au milieu d’un monde ravi. C’est du Gilligan : drôle dans le malaise, précis dans la mécanique, philosophique sans faire le professeur. Rhea Seehorn (Golden Globe mérité) porte ça comme une anti-héroïne parfaite — imparfaite, nerveuse, souvent à côté, mais viscéralement humaine. Et le plus flippant, c’est que la série nous fait douter : est-ce que “résister” est forcément moral… si le monde, lui, souffre moins ? La réponse est dans la dernière réplique de l’ultime épisode : ça promet une saison deux explosive.
Querer (Arte)
C’est une série qui ne crie jamais, et c’est justement pour ça qu’elle cogne. Le malaise est ici propre, feutré, presque domestique : celui où tout le monde parle “calmement” pendant que quelque chose d’irréparable se joue sous la table. Des scènes banales — un repas, un couloir, une discussion — et pourtant on sent la peur, la honte, la loyauté, la manipulation… comme une humidité dans les murs. Ce refus du spectaculaire – pas de grande tirade, pas de justice cathartique, pas de méchant caricatural – éclaire juste des gens qui se débattent avec ce qu’ils veulent croire pour pouvoir continuer à vivre. La mise en scène est sèche, tendue : chaque silence a un poids, chaque regard est un verdict. De quoi déplacer les points de vue.
Les Sentinelles (Canal+ / myCANAL)
Enfin une série française qui ose le grand spectacle sans s’excuser : une Première Guerre mondiale rétrofuturiste, de la boue, du métal, et des “héros” fabriqués comme des armes. C’est pulp, c’est sombre, c’est romanesque — mais ça garde un vrai goût de tragédie : derrière l’armure, il y a des corps, des classes sociales, et une idée très française de la gloire qui coûte cher. Ça mélange espionnage, fantastique et histoire avec une ambition franchement réjouissante, même quand ça part en grand écart. Un Captain America poisseux.
Surcompensation / Overcompensating (Prime Video)
C’est drôle, c’est frais. C’est régressif comme un American Pie tout en étant hyper profond sur le coming out, la peur de décevoir ses parents, la peur de décevoir le groupe et ce culte du corps parfait quand on est jeune et occidental. On aime ses protagonistes autant qu’on les déteste et c’est finalement assez rare dans une sitcom d’un streamer. Et puis un épisode consacré à Charli XCX, c’est tout ce dont le monde avait besoin !
The White Lotus — saison 3 (HBO Max)
Toujours cette cruauté polie qui fait rire puis on sent un petit coup de couteau quand on réalise que ce n’est pas si drôle, mais terriblement humain. La Thaïlande n’est pas juste une carte postale : c’est un miroir à égo, un décor “spirituel” où les riches viennent acheter du sens comme ils enchaînent des cocktails. C’est plus mystique, plus fiévreux, et parfois carrément malaisant — mais c’est précisément là que la série est forte : elle transforme le luxe en piège à névroses. Le final cynique nous achève, alors qu’on pensait avoir tout vu (dont un inceste inconscient entre deux frères). Mention spéciale au casting hétérogène formidable. Saison 4 en tournage au printemps sur la French Riviera.
