Le procès de Nuremberg en 9 films

Le procès de Nuremberg en 9 films

Le 27 janvier 1945, le camp d’Auschwitz-Birkenau a été libéré. Quelques mois plus tard, en novembre 1945 et jusqu’en octobre 1946 les Alliés jugent 24 dirigeants nazis pour crimes contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Seuls 21 ont comparu — Martin Bormann a été jugé par contumace, Robert Ley s’est suicidé avant l’ouverture, et Gustav Krupp von Bohlen und Halbach a été déclaré inapte à être jugé. Les autres sont Karl Dönitz, Hans Frank, Wilhelm Frick, Hans Fritzsche, Walther Funk, Hermann Göring, Rudolf Hess, Alfred Jodl, Ernst Kaltenbrunner, Wilhelm Keitel, Konstantin von Neurath, Franz von Papen, Erich Raeder, Joachim von Ribbentrop, Alfred Rosenberg, Fritz Sauckel, Hjalmar Schacht, Baldur von Schirach, Arthur Seyss-Inquart, Albert Speer, Julius Streicher. 12 peines de mort ont été prononcées. Trois ont reçu des peines à perpétuité. Il y a eu seulement trois acquittements.

Nuremberg de James Vanderbilt (en salles le 28 janvier 2026)

Un psychiatre de l’armée américaine, Douglas Kelley, est chargé d’évaluer les dignitaires nazis pour s’assurer qu’ils sont aptes à être jugés et éviter les suicides. Au fil des mois, il acquiert la confiance d’Hermann Göring, n°2 du IIIe Reich, avec qui la relation est à la fois tendue et fascinée. Le psychiatre est obsédé à l’idée de “comprendre le mal” au plus près. 


Cette histoire vraie filmée de manière très académique a le mérite de montrer un angle du procès largement ignoré. L’étude psychiatrique des dignitaires nazis avant leur procès, afin d’aider l’accusation à ne pas perdre son combat contre le mal. Plus qu’un récit judiciaire, il s’agit bien d’un film sur la psychologie et l’éthique. Si Rami Malek tente une approche sensible de son personnage de psychiatre, ce sont bien Russell Crowe, épatant en Göring, et Michael Shannon, très juste en Robert Jackson (procureur en chef du procès) qui donnent les aspérités nécessaires pour que ce film historique ne soit pas un simple livret pédagogique. D’autant qu’il y a quelques simplismes (notamment sur les conséquences de la première guerre mondiale, avec une vision très américaine) et quelques erreurs historiques et chronologiques. Dommage que le scénario romancé l’ait emporté sur une version plus authentique.

Si tout est très souligné (avec une musique un peu pesante), le filmà thèse n’en est pas moins utile et efficace. Il rappelle ce qu’est le fascisme et la Shoah. Bien plus que cela, il insert de manière sidérante de véritables extraits des films tournés par les Américains quand ils découvrent les camps. Un moment suspendu, qui rompt avec le récit classique et qui rappelle l’importance du procès comme de la mémoire. À ce titre, Kelley – qui s’est suicidé quelques années plus tard – avait lancé un avertissement : le mal peut naître de partout et le nazisme peut de nouveau éclore, y compris aux Etats-Unis.

Jugement à Nuremberg de Stanley Kramer (1961)

En 1947, un tribunal militaire américain juge quatre magistrats allemands accusés d’avoir prêté la justice au régime nazi. Le procès met à nu la frontière trouble entre obéissance, opportunisme et responsabilité morale, à travers des témoignages qui obligent l’Allemagne d’après-guerre à se regarder en face.

15 ans après les faits, Stanley Kramer signe un grand film de prétoire, puissant sur la question de la complicité “ordinaire” et de la responsabilité des élites. Didactique, avec une dramaturgie qui simplifie parfois la complexité historique au profit d’un message moral, le film s’intéresse à un autre procès, celui des juges, en 1947. Spencer Tracy, Burt Lancaster, Richard Widmark, Marlene Dietrich, Montgomery Clift, Maximilian Schell et Judy Garland sont au générique. 11 nominations aux Oscars en feront l’un des « classiques » de l’époque.

Au cœur de l’Histoire : le procès de Nuremberg d’Alfred de Montesquiou (2025)

Le documentaire raconte le procès comme un événement mondial suivi par une foule de journalistes, écrivains et photographes, dans une Nuremberg en ruines. Il reconstitue la “révolution juridique” en s’appuyant sur des archives et sur l’expérience des témoins médiatiques du moment. 
Sous la forme d’une “histoire vécue” (presse, opinion, droit), la narration claire et immersive permet de bien comprendre pourquoi Nuremberg est aussi un tournant médiatique. 
Même s’il laisse un peu en arrière-plan le détail juridique (preuves, qualifications, débats techniques). Sur Arte.

Nuremberg: Nazis on Trial / Nuremberg, le procès des nazis (2006)

Mini-série docu-fiction de la BBC en trois épisodes. Chacun centré sur un accusé majeur (Speer, Göring, Hess), mêlant reconstitutions, archives et commentaires d’historiens. Le dispositif questionne les stratégies de défense, l’image publique et la psychologie des accusés dans la cage du tribunal. 
Une structure par “cas” très efficace et des reconstitutions plutôt rigoureuses comme sait si bien le faire la chaîne britannique. 
Malheureusement, le format semble parfois artificiel et n’apporte pas une dimension supplémentaire aux faits.

Procès de Nuremberg : les archives inédites de Liz Reph (2022)

Le film s’appuie sur les enregistrements sonores du procès (gravés sur disques), récemment numérisés. Une matière brute des audiences qui permet de confronter les mensonges et stratégies des accusés à la voix des preuves et des témoins. Cette force du son “réel” permet de revivre le procès avec le ton, les hésitations, l’aplomb, et le déni des accusés. Sur Canal +.

Nuremberg: Its Lesson for Today de Stuart Schulberg (1946)

It’s lesson for today est le doc “officiel”, produit par l’armée US. Il s’agit d’un montage conçu à partir d’images du procès et d’archives retraçant la montée du nazisme, la guerre et les crimes, pour montrer comment l’accusation construit son dossier. Sa valeur historique est énorme. Reste qu’il est très “institutionnel” et que sont point de vue laisse peu de place aux ambiguïtés, aux contradictions et aux zones grises.

The Lost Film of Nuremberg de Jean-Christophe Klotz (2021)

Le documentaire remonte la piste du film officiel Nuremberg: Its Lesson for Today et enquête sur les raisons de sa mise à l’écart, en suivant l’histoire des frères Schulberg et des images qu’ils ont dénichées pour l’accusation. C’est à la fois une enquête historique et une réflexion sur la mémoire, la politique et la circulation des preuves. Un très bon “film-enquête” avec un récit tendu, des révélations sur les coulisses, et une portée contemporaine sur la manipulation/oubli des archives. 
Le contenu juridique du procès est toujours le grand oublié de ce genre de documentaires. Sur Prime Video.

Nazi Concentration Camps et The Nazi Plan (1945)

Ils font partie des extraits vus dans le film Nuremberg lors du procès. Nazi Concentration Camps (1945) est un film monté par l’armée américaine à partir d’images tournées lors de la libération de plusieurs camps, présenté comme preuve au procès (projection en salle d’audience). Le choc produit par la projection marque un tournant : la violence des crimes devient irréfutable et visible dans le cadre judiciaire. C’est une pièce d’archive utilisée pour établir des faits. 
C’est aussi extrêmement éprouvant, sans contextualisation. The Nazi Plan est un compilation construite exclusivement à partir de sources filmées allemandes (actualités, propagande, archives), montrée comme preuve au tribunal pour documenter l’ascension, la prise de contrôle et la logique d’agression du régime nazi. Le récit chronologique cherche ici à établir intention, planification et responsabilité des accusés.