BIFFF 2021 : Mathieu Turi présente Méandre

BIFFF 2021 : Mathieu Turi présente Méandre

Une jeune femme se réveille dans un tube rempli de pièges mortels. Pour ne pas mourir, elle devra constamment avancer… Tel est le point de départ de Méandre, présenté en compétition au BIFFF. Rencontre (virtuelle) avec son réalisateur Mathieu Turi.

Méandre, c’est surtout un personnage qui va être beaucoup tout seul donc peu de partenaires avec qui dialoguer, comment on fait pour convaincre une actrice de participer à ce genre de projet atypique ?

Mathieu Turi : Le premier contact avec Gaia Weiss s’est fait via Zoom car elle était à l’étranger, elle a été tout de suite intéressée par le scénario et le challenge que ça pouvait représenter. En fait sa première question était de savoir comment je voyais le costume, ce qui lui importait au-delà de son apparence, c’était surtout le point de vue que j’allais avoir sur elle et ce personnage. Je lui ai expliqué que ça n’allait pas du tout être un costume du genre hyper-sexualisé mais que ça serait un costume de type pratique et adapté et que l’idée était de ne pas la voir souffrir elle mais au contraire que le spectateur soit comme à côté d’elle pour souffrir en même temps et d’être avec elle à comprendre comment passer ses épreuves. Par rapport à ses autres films, ici la spécificité du projet était justement qu’elle allait être de quasiment de tous les plans durant la totalité du film, donc qu’elle allait tourner chaque jour pendant une trentaine de jours. C’est une exigence différente des autres tournages traditionnels où il y a des temps de latence entre plusieurs scènes et des échanges avec d’autres comédiens. Elle était intéressée par l’ensemble, à la fois par le scénario et par l’expérience que ça représentait, le feeling est passé tout de suite.

Avant Méandre, il y a eu déjà Hostile avec une héroïne coincée dans une voiture comme lieu unique (et le court Broken avec comme lieu unique une cabine d’ascenseur), pourquoi encore une fois un film avec l’enfermement dans un huis-clos ?

Mathieu Turi : Il y a plusieurs raisons, la première d’ordre pratique c’est que quand tu commences à faire des films pour ne pas exploser un budget faut limiter les décors et ça m’amène à un endroit unique. Avec Hostile il y a un début très ouvert ailleurs et le huis-clos est brisé par plusieurs flashbacks. Le huis-clos est surtout intéressant pour trouver différentes idées de mise-en-scène et de se mettre complètement au service du film en trouvant des idées tout le temps. Méandre a ça de particulier que le film ne va pas tenir sur les dialogues donc faut tout miser sur la mise-en-scène, sur les intentions, sur l’action, sur le montage, et c’est un défi de cinéma. Mon prochain film sera différent car plus du tout dans un lieu unique mais il y aura en quelque sorte encore une notion d’enfermement, c’est quelque chose qui doit me travailler d’enfermer des gens. Avec tout ce qui nous arrive de restrictions Covid ce n’est peut-être pas le film idéal, quoiqu’il y a l’espoir pour elle de sortir du tunnel et on a tous cet espoir de ressortir…

Le film repose beaucoup sur une femme qui doit réagir à ce qu’elle peut voir ou entendre, comment on écrit un scénario de ce type et comment on prépare ce tournage particulier ?

Mathieu Turi : Le projet au début était un enchainement d’actions, et même si elle est toute seule il y a une logique pour le personnage : les épreuves physiques sont reliées à des épreuves psychologiques, elle doit affronter à la fois des pièges mais aussi son passé. C’était ma base de scénario, pour la structure j’ai un peu étudié les mythes de Vogler et de Campbell par exemple. Pour compléter ça, des recherches sur ce qui allait être le décor et les lumières du film car c’était déterminant. Par exemple on a trouvé qu’elle allait porter un bracelet lumineux et que ça serait pour nous une source d’éclairage, ça a ouvert plein de possibilités. Il fallait que le décor accroche ou filtre la lumière, ça a été un gros travail de la part de l’équipe, avec beaucoup de tests où on a essayé certaines choses qui ne marchaient pas, il fallait trouver le style général pour raconter cette histoire, et la construction des décors avec certaines parties amovibles pour pouvoir tourner comme je voulais. C’était un film un peu laboratoire dans sa fabrication.

Avec comme cadre une suite d’actions très précises, Gaia Weiss avait un peu une marge d’improvisation ?

Mathieu Turi : A un moment on avait pensé un peu reculer le tournage pour des raisons d’organisation mais justement Gaia voulait utiliser pour elle une sorte de non-préparation dans son jeu pour ne pas apparaître comme une nana hyper-guerrière car c’est censé être une femme comme tout le monde. Moi je suis très participatif avec les comédiens, même avec tout le monde en général, je suis là à tout diriger mais je dis aux autres que ‘je veux que vous apportiez de vous des choses, d’essayer des choses quitte à se planter’. Dans le film il y a peu de dialogues mais au début il y en avait un peu plus car quand on écrit un film centré sur une seule personne on a la tentation qu’elle se parle à elle-même et on a donc enlevé beaucoup de ça. Avec Gaia il y a eu de l’impro dans le sens de faire des choses en enlevant du texte, mais pas vraiment d’impro dans le jeu. Par exemple à un moment j’avais un mouvement de caméra compliqué circulaire sur son visage qui craque, on a fait une répétition d’elle jouer ça en caméra fixe et je me suis rendu compte que ça ne servait à rien de faire tout un mouvement compliqué car l’émotion était là. On a appris ensemble à découvrir ce qui serait le mieux, une sorte de bonne improvisation permanente, pas de l’impro du genre ‘va-z-y fais ce que tu veux’ mais dans le genre ‘essayes et on verra ce que ça rend’. En France on n’avait jamais fait ça de faire un film dans un espace aussi réduit avec un personnage allongé dans un tube.

La bande-annonce de Méandre peut faire rappeler un peu le film Cube mais dans un tube, comment expliquer que c’est très différent ?

Mathieu Turi : J’adore le travail de Vincenzo Natali et son film Cube a été précurseur, c’est normal qu’on y pense : c’est enfermé avec des pièges. Cube c’est un film avec dedans plusieurs personnages et basé sur quelque chose de sociétal avec des échanges de point de vue, et ça raconte quelque chose sur l’angoisse et les rapports entre les gens. Un film récent qui me ferait penser à Cube je dirais en fait La Plateforme de Galder Gaztelu-Urrutia avec une même réflexion sur des rapports humains. Ça ne me dérange pas d’être comparé à Cube, je préfère ça que d’être comparé à certains autres films pas bons. Méandre c’est tout autre chose, c’est une seule personne, c’est plus un rapport à soi-même et à des épreuves, Méandre c’est vraiment différent et presque plus mystique.

Cette année au BIFFF, c’est le seul long-métrage français, et on parle souvent du ‘cinéma de genre’ français qui se fait rare…

Mathieu Turi : Je suis très content que Méandre soit sélectionné au BIFFF, et d’une certaine façon de représenter la France, mais c’est aussi un hasard du calendrier. Je crois qu’en ce moment il y a plein de films français de genre qui attendent de sortir ou qui sont en train de se tourner. Je pense par exemple aux films La nuée, Teddy, Ogre (trois titres distribués par The Jokers); Alexandre Bustillo et Julien Maury ont eux deux films terminés Kandisha et The Deep House ; il y a Le Dernier voyage de Paul W.R à venir; le nouveau Julia Ducourneau qui va arriver aussi… On est pas mal quand-même en France à faire des propositions de genre, il y a comme une sorte de nouvelle vague du cinéma de genre français. Il y a plus qu’une envie car les films sont là, et il y a beaucoup de choses encore en train de se préparer. On a une facilité plus grande qu’il y a quelques années à faire des films de genre en France. Au BIFFF de l’année prochaine je pense qu’il y aura du monde ! Méandre a déjà été dans plusieurs festivals de cinéma, je suis très heureux de ça mais j’en ai fait aucun en présentiel. Pour celui de Sitgès en octobre, il y avait encore des projection en salles mais au dernier moment ce n’était plus possible pour y aller en avion. Ca n’a pas été possible non plus d’aller dans les festivals suivants, encore à cause des restrictions Covid. Moi quand j’ai appris qu’on serait au BIFFF j’étais comme un fou, on sait que la force du BIFFF c’est son public mais du coup pas de salle et ça passe sur le web. Le BIFFF c’est un festival qui en quelque sorte pose une étiquette, c’est super d’y être.

Méandre va-t-il sortir dans les salles de cinéma en juin ?

Mathieu Turi : Pour l’instant le film est calé pour une sortie le 16 juin, sauf évidemment si les salles restent encore fermées. On espère une ré-ouverture des salles courant mois de mai ou même début juin. Une sortie de film dépend de beaucoup de choses, ça dépend des sorties d’autres gros films qui seront soit décalés soit avancés, ça dépend de quelle limitation pour les jauges de salles. Pour Méandre il y avait même eu une date potentielle de sortie au 10 février, en janvier s’est posée la question d’être décalé en avril ou en juin et la décision avait été de décaler en juin, pour éviter d’être dans une sorte d’embouteillage, mais comme tout le monde on est suspendu à une date de ré-ouverture. Il y a une telle envie des gens à retourner dans les cinémas que des petits films ont leur chance car il ne devrait pas y avoir de grosse locomotive américaine. Sauf que pour nous il y a Sans un bruit 2 qui devait sortir en mai, qui tomberait justement aussi le 16 juin, mais tout bouge et peut-être que eux sortiront à une autre date, on verra. De toute façon Méandre reste prévu pour une sortie en salles, on n’ira pas sur une plateforme, si la date bouge ça devrait rester quand même le mois de juin. Le film de genre français même à sa petite échelle doit participer à la ré-ouverture des salles, les exploitants et les spectateurs attendent ça aussi.


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