Deauville 2021 | Pleasure

Deauville 2021 | Pleasure

Dans la liste des films en compétition de Deauville Pleasure s’annonçait comme celui le plus sulfureux : Bella cherry débarque de Suède à Los Angeles avec juste ses 19 ans et son envie d’y être actrice pour des films pour adultes…

« Qu’est ce qui t’amène ici ? »

Pleasure est en fait une forme d’extrapolation du court-métrage suedois de Ninja Thylberg de 2013 primé à Cannes à La Semaine de la Critique en 2013, il montrait un tournage pornographique où une actrice était réduite à la nudité de son corps : les autres trouvaient inconcevable son goût de lire un livre intello, et elle subissait l’influence de l’équipe pour se préparer à tourner une pratique sexuelle extrême…

Ninja Thylberg propose avec son film Pleasure de pénètrer bien plus en profondeur l’industrie des films X pour adultes là où on en produit le plus : les Etats-Unis, en Californie. La jeune actrice Sofia Kappel, suedoise, y arrive pour tourner plusieurs scènes porno : et elle voudrait y être la meilleure possible. Quoi qu’il en coûte ? Le film s’annonce sexy mais c’est pour y inclure surtout une tonalité sur le sexisme : la femme doit subir d’être considétée comme objet de fantasmes. Pleasure avait reçu un label ‘Cannes 2020’ pour y avoir été sélectionné lors du festival annulé, et le voici prêt à sortir en octobre (peut-être avec une interdiction aux moins de 16 ans).

Pleasure parvient de manière brillante à dépeindre comment une jeune femme peut se perdre durant sa soif de réuissite dans le milieu du porno, qui reste une industrie surtout contrôlée par et pour des hommes. Son désir d’ascension est synonyme de travailler plus pour gagner plus : comme actrice faut se faire connaître et se lier à un meilleur agent pour être engagée sur plus de tournages. Son outil de travail étant son corps elle va devoir le malmener et se faire violence pour qu’il soit ‘exploité’… L’apparence est primordiale et il faut se préparer avec maquillage et coiffure, aussi se préparer plus intimement avec divers produits de lavement et objets de dilatation. Tout cela est montré : hormis l’actrice principale, toutes les composantes du film sont au plus proche à la réalité du X, les autres acteurs tout comme les lieux sont déjà ceux de cette industrie. Du coup le film montre la réalité de différents tournages, aussi des parties de nudité. En apparence c’est très réglementé pour la protection des actrices (formulaire de consentement aux pratiques qui vont être filmées, définition d’un code pour demander une pause) mais si une actrice veut des contrats réguliers il lui faudra subir certainers choses guère acceptables…

« On veut cette innocence »

L’exploration du revers de la médaille à réussir dans le monde de l’entertainment sexy avait déjà eu lieu dans quelques films qui en montraient certaines difficultés inhérentes, comme par exemple pour les plus célèbres Showgirl de Paul Verhoeven ou The Neon Demon de Nicolas Winding Refn; aussi plus particulièrement le documentaire Hot girls wanted de Jill Bauer et Ronna Gradus. Celui-ci Pleasure va s’imposer bien au-dessus : il y a bien entendu le parcours d’une jeune femme confrontée à des désillusions et qui va devoir faire des sacrifices. Mais surtout il est écrit et réalisé par une femme, et c’est ici d’autant plus important. Ninja Thylberg aborde l’indistrie du X dans sa globalité à travers le parcours de son héroïne : les relations avec les autres actrices qui sont à la fois des amies et des concurrentes, les castings où il faut se montrer nue, différents tournages où on comprend que la plupart des actrices suivent un parcours qui va vers des pratiques de plus en plus extrèmes et violentes. Le côté glamour des ‘pool party’ et des ‘AVN award’ ne sont que des paillettes face à la réalité des catégories de séquences comme ‘barely legal’, ‘interracial’ ou ‘rough sex’ derrière lesquelles il y a à chaque fois différentes formes d’humiliations pour les femmes…

Pleasure dévoile comment les coulisses de l’industrie pornographique peut réduire en même temps aspirations féministes et estime de soi, et le constat est édifiant et cruel. Et une évidence qu’il devrait être au palmarès de Deauville.

Fiche technique
Pleasure de Ninja Thyberg
Avec Sofia Kappel, Revika Reustle, Evelyn Claire... 1h45
Sortie : 20 octobre 2021