Cannes 2026 | La grande Histoire et des histoires vraies au cœur des sélections

Cannes 2026 | La grande Histoire et des histoires vraies au cœur des sélections

Les personnages réels ont inspiré de nombreux cinéastes à Cannes cette année. Et avec eux la grande Histoire parfois. Ainsi la Seconde guerre mondiale n’en finit pas d’être un filon cinématographique. L’Occupation aura ses rayons et ses ombres avec d’un côté Moulin, biopic sur Jean Moulin, et de l’autre Notre Salut, fiction située à Vichy en septembre 1940. On était pas prêt à ce match entre Gilles Lellouche et Swann Arlaud. Autre angle, plus habituel, La Troisième Nuit, film de Daniel Auteuil situé pendant l’Occupation, autour des rafles de Juifs étrangers orchestrées par Vichy. Il ne faut pas oublier Charles de Gaulle, dans la première partie du diptyque La Bataille de Gaulle (L’âge de fer).

Un XXe siècle tourmenté

Et après la guerre? Fatherland de Pawel Pawlikowski fera voyager l’écrivain Thomas Mann et sa fille Erika Mann dans l’Allemagne de 1949. Toujours en Allemagne, Volker Schlöndorff installe son filme Le Bois de Klara dans une maison située au bord d’un lac près de Berlin, témoin d’un siècle qui va de la montée du nazisme à la réunification de l’Allemagne et l’aube d’une ère nouvelle.

L’Histoire avec un grand H donc. Pierre Salvadori s’en amusera avec les Années folles à Paris dans La Vénus électrique (on est en 1928). Plus loin dans le temps, Lukas Dhont installe son nouveau film, Coward, dans les tranchées de la Première Guerre mondiale.

La Bola negra traverse les époques, avec trois moments de l’histoire espagnole (1932, 1937 et 2017). Là encore il s’agit d’une fiction.

Mais les événements réels sont aussi un matériau convoité par les cinéastes. Certains sont même plutôt contemporains. Comme Mariage au goût d’orange, qui se déroule en mars 1978 dans les faubourgs de Nantes, inspiré de l’histoire familiale de Christophe Honoré. Même époque avec L’affaire Marie-Claire, reconstitution du procès de Bobigny autour de Marie-Claire Chevalier en novembre 1972, avec Gisèle Halimi à la défense pour le droit à l’avortement. Autre récit féministe, Mémoire de fille où l’écrivaine Annie Ernaux replonge dans le souvenir de l’été 1958, adapté de son livre autobiographique. Plus tragique, L’abandon, récit des onze derniers jours de Samuel Paty, professeur assassiné sauvagement. Plus proche de nous, The Station est l’histoire vraie d’une station-service réservée aux femmes au Yémen, en 2015. Autre film biographique, In Waves, d’après la vie réelle d’AJ Dungo, et la perte de sa compagne.

Devoir de mémoire

Car les films cannois fouillent la mémoire et déterrent les traumas enfouis. Le documentaire Once Upon a Time in Harlem est une exploration mémorielle et vivante de l’héritage de la Harlem Renaissance du début des seventies. Toujours à New York, The Man I Love s’ancre à la fin des années 1980, en pleine crise du sida. Et toujours le sida avec Seis meses en el edificio rosa con azul et les souvenirs d’un jeune garçon confronté à la mystérieuse maladie de son père. De son côté, Ben’Imana réveille les fantômes du génocide des Tutsi de 1994. El deshielo (The Meltdown) se situe dans le Chili post-dictature de 1992 alors que le pays vient de redonner le pouvoir à l’extrême-droite. Et Dua explore les répercussions de la guerre du Kosovo des années 1990.

Les personnalités emblématiques du siècle sont aussi en vedette. Che Guevarra sera de nouveau sur la Croisette avec Les survivants du Che, compilation de témoignages autour de la traque du Che sur fond de Guerre froide. Et Rehearsals for a Revolution raconte l’histoire iranienne de 1979 à aujourd’hui, alors que l’Iran subit toujours l’un des régimes les plus autoritaires de la planète.

Pop culture

Bien sûr, l’Histoire n’est pas que tragédie ou politique. À Cannes, on s’intéressera aux artistes – le photographe Richard Avedon (Avedon) et le musicien et chanteur John Lennon (John Lennon: The Last Interview), avec un brin d’intelligence artificielle en bonus. Ainsi que le football, poète et acteur Eric Cantona (Cantona). Thierry Frémaux aime le football et le ballon rond en cette année de Coupe du monde est aussi à l’honneur avec The Match, documentaire sur le quart de finale Argentine-Angleterre de 1986, avec son poids sportif, politique et mémoriel. Toujours dans les années 1980, si inspirantes ces temps-ci, Roma Elastica de Bertrand Mandico, qui nous plonge dans Cinecitta et la fin d’un âge d’or du cinéma italien.

Et bien plus loin dans le temps, Kiyoshi Kurosawa nous fait revivre dans Le château d’Arioka, le temps des Samouraïs dans un Japon féodal avec deux héros authentiques du XVIe siècle, Araki Murashige et Oda Nobunaga.