Cinque secondi : la réparation des âmes selon Paolo Virzi

Cinque secondi : la réparation des âmes selon Paolo Virzi

Adriano, un homme solitaire, vit dans les anciennes écuries de la Villa Guelfi, une demeure abandonnée. Lorsqu’une communauté de jeunes s’installe sur la propriété pour restaurer les terres et les vignes, il tente d’abord de les chasser. Parmi eux, Matilde, profondément liée à la villa où elle a grandi auprès de son grand-père, ravive la mémoire des lieux. Ils vont devoir apprendre à vivre ensemble…

Cinq secondes. C’est le temps d’un regard distrait, d’une distraction fatale, d’une vie qui bascule. Dans son dix-septième long métrage, Paolo Virzì revient à ses obsessions : les fractures de classe, la culpabilité qui sourd sous le vernis du confort bourgeois, et cette Italie qui se regarde sans se voir.

Adriano (Valerio Mastandrea, impeccable), grand avocat romain en retraite forcée dans une villa toscane à l’abandon, attend son procès. Sa fille de dix-sept ans, atteinte de la maladie de Charcot, est morte. Il a peut-être négligé de la surveiller. Cinq secondes d’inattention. Une vie entière à payer. Virzì plante son décor dans les pierres d’une vieille demeure, dans les silences d’un homme qui a tout réussi et tout raté.

C’est alors qu’arrive l’irruption, cette irruption chère au cinéaste, celle qui vient fracasser les routines et forcer le dialogue entre des mondes qui se côtoient sans jamais se toucher. Une communauté de jeunes, écologistes, anticapitalistes, antipatriarcaux, s’installe dans la vieille villa voisine. Bohèmes assumés, menés par une comtesse reconvertie en utopiste. Autant dire que ce boomer taciturne, qui porte son passé lourd comme du plomb, et voit son avenir suspendu à un verdict, est leur opposé. Virzì a toujours aimé ces collisions frontales comme autant de miroirs que la société italienne se refuse à regarder en face.

« Quel couple de merde. On a vraiment tout raté. »

À l’instar du personnage de Valeria Bruni Tedeschi, formidable et qui amène les répliques les plus drôles dans ce drame. Son associée-ex-amante, femme d’affaires délicieusement grivoise et profondément vivante, rappelle que chez Virzì les femmes sont presque toujours plus libres que les hommes, plus drôles, plus lucides, moins emprisonnées dans leurs propres constructions mentales. Tout comme la jeune Galatea Bellugi, enceinte, légère et émouvante, radicale aussi, qui redonne goût à la vie à cet homme qui avait tout verrouillé.

Car c’est là le vrai sujet de Virzì, depuis le début : les prisons invisibles. Celles qu’on se fabrique soi-même, en esprits rigides, en bourgeois conformistes, en pères absents occupés à plaider pour les autres. Alors il y a la liberté, celle qu’on peut toujours conquérir en s’affranchissant des diktats qu’on s’est imposés. Ces cinq secondes d’inattention sont un miroir pour changer et pour réparer ce qui peut encore l’être. Notamment la relation avec son fils. Et il y a aussi le constat lucide que certaines choses sont définitivement brisées, comme son mariage.

« Un père, ça ne sert vraiment à rien »

Même s’il ne manque pas de charme, ce film rempli de tendresse cherche parfois sa direction. Il lui arrive de s’égarer. Le dialogue entre ces deux mondes peine à trouver son tempo. Et Virzì, trop complaisant avec ses hippies, caricaturant la mère de manière presque vengeresse, rate l’occasion d’aller au bout de la confrontation et n’essaie même pas la piste d’une réconcioliation. Il y a une forme de naïveté à croire que les générations peuvent encore se comprendre…

Cependant, il y a dans Cinque secondi quelques scènes épatantes (l’avocate commise d’office est digne des grandes comédies italiennes) qui donnent du relief à cette errance personnelle et à ce récit séduisant. Peu importe la destination, c’est le voyage qui compte. Ici, la justice peut rendre son verdict, elle ne soulagera jamais les parents. Puisque le mal est fait, ne peut-on pas faire du bien à d’autres, qui sont, eux, bien vivants. Et ainsi mettre du baume sur ses cicatrices.

Cinq secondes (Cinque secondi)
1h45
En salles le 6 mai 2026
Réalisateur : Paolo Virzì
Scénario : Francesco Bruni, Carlo Virzì, Paolo Virzì
Image : Luca Bigazzi
Musique : Carlo Virzì
Distribution : Pan distribution
Avec Valerio Mastandrea, Galatea Bellugi, Valeria Bruni Tedeschi, Ilaria Spada...