
L’iranien Asghar Farhadi avec Histoires parallèles et le japonais Ryusuke Hamaguchi avec Soudain sont tous deux en compétition, avec deux films tournés à Paris, et qui plus est, en enrôlant un casting essentiellement local.
Ce n’est pas la première fois que des cinéastes étrangers montent les marches cannoises pour accompagner leur film tourné à Paris, entièrement ou partiellement.
Woody Allen
2011. Hors-compétition. Midnight in Paris (Minuit à Paris) est le film d’ouverture du Festival de Cannes et le premier film de Woody Allen entièrement tourné en décors naturels à Paris et aux alentours (Place Vendôme, quai de Bourbon, librairie Shakespeare and Compagny, musée Rodin, Montmartre…). Une véritable carte postale touristique. Gros succès international, le film a décorché l’Oscar du meilleur scénario original l’année suivante. Et sur les marches, un casting étoilé : Owen Wilson, Rachel McAdams, Marion Cotillard, Michael Sheen, Tom Hiddleston, Kathy Bates, Adrien Brody… Au générique également Audrey Fleurot, Léa Seydoux, Gad Elmaleh, Michel Vuillermoz, et Sonia Rolland.
Sofia Coppola
2006. Compétition. Entre le Château de Versailles et l’Hôtel de Soubise, la cinéaste transforme la période pré-révolutionnaire en univers glam et luxe, avec beaucoup de macarons, pour son Marie-Antoinette. Kirsten Dunst, Jason Schwartzman, Judy Davis, Steve Coogan, Rose Byrne, Asia Argento, Marianne Faithfull, Jame Dorman et Tom Hardy endossent différentes personnalités de l’aristocratie française où l’on aperçoit également Céline Sallette, Aurore Clément, Mathieu Amalric et Guillaume Gallienne. Coppola a profité du Château de Versailles pour son tournage, mais elle a du également planter ses caméras dans d’autres châteaux : Champs-sur-Marne, Vaux-le-Vicomte, Dampierre… En plus de quelques scènes à l’Opéra et l’Opéra comique et des reconstitutions en studio à Bry-sur-Marne.
Stanley Donen
1957. Compétition. Six ans avant le très parisien Charade, Stanley Donen filme Funny Face (Drôle de frimousse) à Paris plutôt que de le reconstituer en studio. La vision est très américaine : Pont Alexandre III, les Tuileries, Montmartre, la Place Vendôme, la Tour Eiffel, le Louvre (dont une scène légendaire avec la Victoire de Samothrace), l’Opéra, le marché aux fleurs, mais aussi les Champs-Elysées, Notre-Dame, la Concorde, Versailles et l’aéroport d’Orly, tout juste modernisé. La comédie musicale avec Audrey Hepburn et Fred Astaire n’a, hélas, pas connu un succès glorieux au box office. Pourtant, il est devenu un de ces petits bijoux cultes qui ont traversé le temps.
Asghar Farhadi
2013. Compétition. Avant de nous embarquer dans ses Histoires parallèles cette année en compétition, Asghar Farhadi a tourné en France Le Passé, avec Bérénice Bejo (Prix d’interprétation féminine), Ali Mosaffa et Tahar Rahim. Cinq nominations aux César et un joli accueil du public français (près d’un million d’entrées). Le réalisateur a choisi des quartiers populaires dans le 19e arrondissement, la Porte des Lilas et en Seine-Saint-Denis.
Michael Haneke
Compétition. 2000 et 2005. Avec Code inconnu et Caché, le cinéaste autrichien a filmé Paris sous des angles très différents. Dans le premier, avec Juliette Binoche et Thierry Neuvic, il tourne notamment avenue de la Motte-Piquet et dans des lieux du quotidien. Dans le plus ambitieux Caché (Prix de la mise en scène), toujours avec Binoche, mais cette fois-ci entourée de Daniel Auteuil et Annie Girardot, il s’installe dans le 13e arrondissement. Une vision parisienne loin des clichés, et plus ancrée dans le réel. En 2012, il revient à Cannes avec Amour, tourné aux studios d’Epinay-sur-Seine, et recevra alors sa deuxième Palme d’or avec ce nouveau film en français.
Ron Howard
2006. Hors-compétition. Un blockbuster américain ouvre le Festival de Cannes. The Da Vinci Code est un événement : le livre de Dan Brown est un best-seller mondial et le film s’offre Tom Hanks en tête d’affiche, et Audrey Tautou dans le rôle central de l’intrigue. Tourné en grande partie au Louvre (avec un juteux accord) et à l’église Saint-Sulpice à Paris (sans autorisation), le thriller ésotérique nous embarque dans un jeu de piste historico-symboliste dans la capitale. Avouons-le, de tous les films énumérés ici, c’est le moins bon. Mais aussi le plus vu : 4,2 millions de spectateurs en France, 760M$ de recettes dans le monde.
Vincente Minnelli
1958. Hors compétition. Gigi est un classique, couronné par 9 oscars (dont celui du meilleur film) sur … 9 nominations. Si en France le film n’a séduit qu’un million de spectateurs, aux Etats-Unis il est le 5e plus gros succès de l’année. Un exploit pour une comédie musicale ancrée dans la Belle-époque dont les trois stars sont françaises (Leslie Caron, Maurice Chevalier et Louis Jourdan). C’est aussi l’un des premiers musicals tournés en dehors d’un studio, dans des lieux extérieurs : les Tuileries et le Jardin du Luxembourg, la Place de Furstemberg, la Tour-Eiffel, le parc Monceau, le Bois de boulogne, le musée Jacquemart-André et la brasserie Maxim’s près de la Concorde. Que des quartiers chics et qui ont contribué à l’image d’une ville romantique.
Tsai Ming-liang
2009. Compétition. Visage raconte l’histoire d’un cinéaste taïwanais venant filmer en France une comédie musicale contant l’histoire de Salomé. Au générique, Fanny Ardant, Laetitia Casta, Jean-Pierre Léaud, Jeanne Moreau, Nathalie Baye et le fidèle Lee Kang-sheng. Le musée du Louvre est remis à contribution pour cet hommage étrange à Truffaut.
Manoel de Oliveira
2001. Compétition. Je rentre à la maison de Manoel de Oliveira est sans doute le plus accessible des films du maître portugais. Michel Piccoli, en vieux comédien plein d’ironie, est entouré de Deneuve, Malkovitch, Chappey et Testud. Paris est filmé sous toutes ses coutures, de ses terrasses de café à ses appartements bourgeois. Un milieu urbain qu’Oliveira banalise pour le transformer en scène d’un théâtre d’une savoureuse comédie humaine.
Quentin Tarantino
2009. Compétition. Le climax d’Inglourious Basterds est évidemment à Paris au moment de l’attentat contre Hitler dans un cinéma, qui pour le coup, n’a rien de réel (le tournage a eu lieu dans les studios berlinois de Babelsberg). Tarantino reconstitue le Paris des années 1940 pour une séquence, celle du Bistrot La Renaissance dans le quartier de Jules Joffrin (18e arrondissement), avec Mélanie Laurent et Daniel Brühl. Il tourne aussi dans les environs de l’agglomération (dans l’Oise notamment). Enorme succès au box office, le film a révélé Christopher Waltz, couronné à Cannes comme à Hollywood pour son interprétation.
Paul Verhoeven
2016. Compétition. Paul Verhoeven, néerlandais, s’offre une renaissance internationale avec Elle, film 100% frenchy. Isabelle Huppert, Laurent Lafitte, Virginie Efira, Anne Consigny, Alice Isaaz, Charles Berling, Vimala Pons, Stéphane Bak et Judith Magre composent le casting de ce drame autour d’un viol. L’année suivante, le film recevra le César suprême et celui de la meilleure actrice (Huppert récoltant au passage sa première nomination à l’Oscar). C’est à Saint-Germain-en-Laye que les scènes de la villa cossue du personnage principale ont été tournées. Mais le cinéaste a aussi placé ses caméras à Stains, à La Courneuve, dans les prisons de la Santé et de Fresnes, au port de Montebello et au cimetière du Père-Lachaise.
Bonus collectif
2006. Un certain regard. Paris, je t’aime est un film collectif et un puzzle parisien. 20 réalisateurs, un par arrondissement. Et parmi eux, beaucoup d’étrangers : Gurinder Chadha, Gus Van Sant, Joel et Ethan Coen, Walter Salles et Daniela Thomas, Christopher Doyle (avec Gabrielle Keng Peralta et Rain Kathy Li), Isabel Coixet, Nobuhiro Suwa, Alfonso Cuarón, Oliver Schmitz, Richard LaGravenese, Vincenzo Natali, Wes Craven, Tom Tykwer et Alexander Payne.
Les quais de Seine, le Marais, les Tuileries, le XVIe, le quartier chinois de la porte de Choisy, le quartier de la Bastille, la place des Victoires, les alentours du Parc Monceau, les HLM de la Place des fêtes, Pigalle, des rues autour de la Gare Saint-Lazare, le Père Lachaise, la mairie du Xe et le faubourg Saint-Denis, le quartier de Montparnasse et le parc Montsouris : autant de points de vue sur un Paris loin de la carte postale habituelle. Et au passage le plaisir de voir des talents étrangers arpenter la capitale : Marianne Faithfull, Steve Buscemi, Barbet Schroeder, Sergio Castellito, Javier Camara, Leonor Watling, Willem Dafoe, Nick Nolte, Maggie Gyllenhaal, Bob Hoskins, Elijah Wood, Emily Mortimer, Rufus Sewell, Natalie Portman, Ben Gazzara et la grande Gena Rowlands.
