Le Festival de Cannes a annoncé ce 26 février 2026 que le cinéaste sud-coréen Park Chan-wook présidera le jury des longs métrages en Compétition lors de sa 79e édition, qui se tiendra du 12 au 23 mai 2026. C’est une première historique pour le cinéma coréen, et une reconnaissance éclatante pour l’un des auteurs les plus singuliers du cinéma contemporain.
Viscéral, subversif, baroque : le cinéma de Park Chan-wook est celui de toutes les audaces. Scénariste, réalisateur et producteur, le cinéaste de 61 ans a construit en douze longs métrages une œuvre profondément personnelle, marquée par une esthétique picturale hors du commun et une exploration sans concession des pulsions humaines — vengeance, amour, désir, obsession, mort.
L’ombre d’Hitchcock
Né à Séoul en 1963, Park Chan-wook se rêve réalisateur en découvrant Vertigo (Sueurs froides) d’Alfred Hitchcock. L’influence du maître du suspense traversera toute son œuvre, de la composition des plans à la construction du désir et de la manipulation. On le rapproche aussi souvent de Tarantino, De Palma ou Fincher pour sa maîtrise formelle, lui citant plutôt Kurosawa, Bergman, Visconti ou Hitchcock comme modèles.
« La raison pour laquelle nous sommes assis dans le noir dans la salle de cinéma, c’est pour mieux voir la lumière de l’œuvre que nous regardons », déclare le futur président. « Je crois que le simple fait de se rassembler dans une salle de cinéma pour regarder un film en même temps, en synchronisant nos respirations et nos battements de cœur, permet de créer de la solidarité, émouvante et universelle » a déclaré Park Chan-wook.
Son cinéma s’ancre dans les questionnements de la société coréenne contemporaine — capitalisme mortifère, violences de genre, divisions politiques — sans jamais se détourner de ses spectateurs, qu’il immerge dans des univers sombres et dérangeants pour des périples tantôt terrifiants, tantôt jouissifs, tantôt érotiques… ou tout à la fois.
Comme le soulignent Iris Knobloch, Présidente du Festival de Cannes, et Thierry Frémaux, Délégué général : « L’inventivité de Park Chan-wook, sa maîtrise visuelle et son penchant à capturer les multiples pulsions de femmes et d’hommes aux destins étranges ont offert au cinéma contemporain des moments d’anthologie. »
La vengeance dans la peau
Depuis son premier long métrage en 1992, Moon is… the Sun’s Dream, Park Chan-wook a ainsi tissé une œuvre à la fois populaire et réfléchie sur l’état de la société. JSA – Joint Security Area en 2000, son troisième film, a marqué un tournant. Ce thriller politique autour de la frontière entre les deux Corées bat le record du box-office national coréen. S’ensuit sa Trilogie de la vengeance avec Sympathy for Mr. Vengeance, tableau sombre et implacable d’une spirale de représailles. Oldboy (2003), son chef-d’œuvre, un huis clos halluciné sur la mémoire et l’identité, reçoit le Grand Prix du Festival de Cannes 2004. Et Lady Vengeance (2005) clôt la trilogie avec le portrait d’une femme en quête de justice, d’une beauté formelle saisissante.
À Cannes, il monte les marches avec Thirst, ceci est mon sang (2009), variation sur le vampirisme et la culpabilité, qui repart avec le Prix du Jury, Mademoiselle (2016), grand film féministe et queer, adaptation du roman Du bout des doigts de Sarah Waters, transposée dans la Corée des années 1930 et Decision to Leave (2022), polar amoureux et vertigineux, hanté par l’influence hitchcockienne, distingué par le Prix de la mise en scène.
Park Chan-wook a aussi tenté d’autres incursions plus singulières : la romance décalée et fantaisiste (I’m a Cyborg, But That’s OK), le huis clos familial gothique (Stoker) et la comédie noire proche de la satire (Aucun autre choix, actuellement en salles en France).
Soft power / K-power
Avec cette nomination, Park Chan-wook devient le premier cinéaste coréen à présider le jury de Cannes. 20 ans après Wong Kar-wai et 64 ans après Tetsurō Furukaki, c’est seulement le troisième asiatique à avoir un si grand honneur.
La nomination de Park Chan-wook intervient dans un contexte de rayonnement exceptionnel du cinéma sud-coréen sur la scène mondiale. Pour le Festival, cette présidence est aussi l’occasion de célébrer une relation ancienne avec la Corée, dont les cinéastes sont régulièrement présents en Compétition depuis le tournant du millénaire : Im Kwon-taek (Prix de la mise en scène 2002 et premie rfilm coréen récompensé dans l’histoire du festival), Lee Chang-dong (Prix du scénario 2010), et bien sûr le Parasite de Bong Joon-ho (Palme d’or 2019). Il faut y ajouter Cicada, 2e prix de la Cinéfondation, Jeon Do-yeon, prix d’interprétation féminine, et Song Kang-ho, prix d’interprétation masculine.
