Cannes 2026 | Histoires de la nuit de Léa Mysius : le huis clos tourne au jeu de massacre

Cannes 2026 | Histoires de la nuit de Léa Mysius : le huis clos tourne au jeu de massacre

C’est à un genre bien spécifique, le home invasion, que s’attaque Léa Mysius, en adaptant un roman de Laurent Mauvinier qui connut à sa sortie, en 2020, un beau succès critique, notamment en raison des qualités de son écriture et de sa finesse psychologique – éléments qui s’avèrent souvent difficiles à transcrire à l’écran. D’autant que ce type d’intrigue appelle des motifs si codifiés – qui tiennent plus au savoir-faire formel, à l’atmosphère et au propos sous-jacent qu’à l’intrigue elle-même – que son cadre narratif peut vite devenir une contrainte trop rigide, tandis que ses prestigieux antécédents (du type Funny Games de Michael Haneke et History of violence de David Cronenberg) sont forcément intimidants.

Pas décontenancée pour autant, la réalisatrice s’en sort avec les honneurs lorsqu’il s’agit de poser son décor (un corps de ferme particulièrement cinématographique, où les habitants peuvent s’épier à travers de vastes baies vitrées) et d’installer la situation : un couple en perte de vitesse, une voisine mélancolique, un anniversaire qui se prépare, et un lieu isolé en pleine campagne. On n’est guère surpris lorsque le drame surgit en la personne de deux hommes de main qui prennent la voisine, puis la fillette du couple en otage. Elle revient aussi à des thèmes qui traversaient ses films précédents : le regard de l’enfance sur le monde, les secrets des adultes, la lutte invisible qui se joue en chacun de nous entre aspiration au bien et tendances autodestructrices.

Tension et suspense pour un huis-clos habité

Si quelque chose fonctionne bien dans le film, c’est la tension grandissante qui l’habite, savamment renforcée par le travail précis sur le son, l’utilisation de cordes frottées dissonantes qui créent une sensation quasi urticante, une mise en scène et un travail contrasté sur l’ombre et la lumière qui amplifient le huis-clos. Le montage alterné, qui laisse parfois de côté une partie de l’action pendant un temps assez long, renforce habilement ce suspense. Tous les ingrédients sont réunis pour plonger avec avidité dans un mélange d’étrangeté, de duplicité et de mystère. 

Malheureusement, c’est là que ça coince : car une fois venue la nuit, et avec elle ce qu’il y a de plus poisseux dans l’humanité, la belle mécanique se grippe, et le film tourne – par moments – au mauvais théâtre de boulevard. La faute à des comédiens en roue libre, Benoît Magimel en tête. Lui que l’on a tant aimé dans bien des films de ces dernières années, à commencer par Pacifiction, cabotine inexplicablement, tourne longuement autour du pot, et déclame d’interminables monologues censés être glaçants avec la subtilité d’un “méchant” de James Bond. 

Un scénario qui s’enraye

En face, Bastien Bouillon semble se demander pourquoi son personnage passe sans transition d’une émotion à l’autre, en venant à détester brièvement sa femme (qui a osé lui cacher son passé mouvementé : breaking news, elle avait le droit d’avoir une vie avant lui), et semblant sur le point de s’allier avec les intrus. Même chose pour la petite Tawba El Gharchi, qui incarne la fille du couple, passant elle-aussi d’un extrême à l’autre, et à qui les scénaristes font dire des répliques pas du tout de son âge. Hafsia Herzi essaye de s’accorder à la partition, mais n’y parvient guère mieux que les autres, restant perpétuellement en surface, comme pas totalement concernée par ce qui se joue.

Alors, malgré quelques idées amusantes (l’irruption des amies de Nora dans la soirée, perçues à leur tour comme des intruses, renverse momentanément le rapport de force avec beaucoup de dérision) et des situations qui auraient dû être fortes (la séquence de danse forcée, la brève complicité entre la voisine et l’un des agresseurs), le scénario s’enraye, ne sait que faire de sa propre ambivalence, et encore moins de son personnage féminin, paraissant incapable d’assumer son ambiguïté. Il retombe alors dans une approche convenue et appliquée qui frôle le ridicule parce qu’elle s’en tient à des stéréotypes et des banalités qui se prennent trop au sérieux. Si bien qu’à la fin, malgré toute l’angoisse que véhicule le film, le soulagement vient plus du fait de le voir enfin s’achever – peu importe comment – que de son dénouement lui-même.

Fiche technique
Histoires de la nuit de Léa Mysius (2026)
Avec Hafsia Herzi, Bastien Bouillon, Monica Bellucci, Benoit Magimel, Tawba El Gharchi, Paul Hamy, Alan Delhaye...
- Compétition -
Au cinéma le 16 septembre 2026