
Le premier long métrage d’animation du jeune Japonais Kohei Kadowaki présenté à la Quinzaine des Cinéastes est un véritable tour de force, tant sur la forme que sur le fond. Explications.
Stand by me
Dans une petite ville du Japon, Tsubasa est un enfant de 8 ans qui cherche à se faire des amis à la rentrée. Il en trouve un en la personne de Hoshi, véritable boule d’énergie qui requiert toute son attention. Leur amitié prend un tournant inattendu lorsque Tsubaba se met à soupçonner son camarade d’être un extraterrestre et qu’un mensonge crée un fossé entre eux.
Ce qui s’annonce en premier lieu comme un film d’animation guilleret bascule très vite vers quelque chose de moins charmant : après les interrogations d’un enfant sur la lune, un chauffeur de taxi épuisé s’endort dans son véhicule à l’arrêt… Un flashback nous ramène par la suite dans une classe de CE2 au moment de la rentrée. Et si le premier grand projet cinématographique de Kohei Kadowaki surprend, c’est sans l’ombre d’un doute car son style visuel est fascinant.
En intégrant de la rotoscopie (des séquences sont créées à partir de scènes en prises de vues réelles), Kohei Kadowaki donne une profondeur unique à certaines scènes d’action et à certains plans de ses personnages. Voilà pourquoi lorsque Tsubasa devient obsédé par la possibilité que son ami Hoshi ne soit pas vraiment humain, c’est l’ensemble du graphisme qui se veut de plus en plus inquiétant. Trompe-l’œil, rêves éveillés, cauchemars, leur amitié vire à l’inimitié alors même que Tsubasa prend chaque remarque négative à l’égard de son ami pour argent comptant. Mais après un certain temps, il ne peut que se résoudre à l’idée qu’il a choisi de voir des signes là où il n’y en avait aucun. Et c’est à ce moment-là qu’Un Monde entre nous prend toute sa dimension tragique.

Pression sociale
Diplômé du département de design de l’université des arts de Tokyo, Kohei Kadowaki a rejoint par la suite une société de production d’animation avant de devenir indépendant. Un parcours au cours duquel il a pu expérimenter toute la rivalité entre jeunes de la même génération et qu’il a soigneusement convoquée ici. Car Un Monde entre nous n’est en vérité qu’une parabole de la compétition et de la jalousie qui règnent entre jeunes Japonais, même lorsqu’ils sont amis. Une rivalité qui prend des proportions titanesques si l’on ajoute un crush à l’école primaire et au collègue et le désir d’être populaire dans l’équation.
A la manière d’un thriller, Kohei Kadowaki ajoute ainsi des couches et des couches de rebondissements. Si tant est que dès lors que l’on pense avoir résolu l’intrigue ou en tout cas sa temporalité, il nous surprend en étayant une information que l’on avait déjà mais que l’on perçoit sous un nouveau jour. Une manière efficace de nous garder captivés, même lorsqu’il s’attarde sur des détails peu signifiants.
Plus qu’une analyse des obsessions des jeunes japonais, c’est aussi la cruauté du groupe qui est épinglée dans Un Monde entre nous. Au même titre que cette pression sociale qui est inhérente au système éducatif japonais : école très compétitive, choix de l’université déterminant, emploi structurant et attentes masculines traditionnelles. Et au moindre grain de sable – surtout s’il survient à l’étape 1 ou qu’il est le fruit du mensonge d’un ami – c’est tout l’engrenage qui se retrouve bloqué.
Si l’animation vaut le détour a bien des égards, Un Monde entre nous n’est pas à mettre devant les yeux de tout le monde, en particulier les jeunes, tant son réalisme le rend obsédant. Chez nous, on appelle ça une claque visuelle !
Un Monde entre nous
Festival de Cannes 2026. Quinzaine des cinéastes.
1h57
Réalisation : Kohei Kadowaki
Scénario : Kohei Kadowaki
Photographie : Kohei Kadowaki
Musique : Yaffle
Distribution : Dulac
Avec les voix de Ryota Bando (Goto Tsubasa), Amane Okayama (Gyotaro Hoshi)
