
Robert a 17 ans et rêve de faire carrière dans la musique. Mais il n’est pas un Centrafricain comme les autres. Il est un réfugié congolais. Lorsque ses parents sont arrêtés, il doit s’occuper seul de ses quatre jeunes frère et sœurs. Il jongle alors entre petits boulots et révisions du bac, tout en évitant les milices qui font régner la terreur dans la ville. Un jour, il apprend qu’un concours musical est organisé. Gagner devient son seul espoir.
Bangui, République centrafricaine. Une ville-capitale simplement séparée de la République démocratique du Congo par un large fleuve. Il y a sept ans, Boris Lojkine (L’histoire de Souleymane) avait posé ses caméras à Bangui pour son film Camille où apparaît d’ailleurs le réalisateur de Congo Boy, Rafiki Fariala, chanteur et slammeur star de son pays. Congo Boy est produit par la même structure française que ces films, Unité.
Voilà pour le lien françafricain. Car, si le film est une forme d’autofiction autour de l’adolescence du réalisateur, il reste, dans la forme un produit typique pour les festivals internationaux. Le scénario reste sur les rails d’un récit d’émancipation classique alors même que le système l’empêche de grandir. La précarité et ces complications du quotidien forment le cadre attendu si souvent vu dans les films subsahariens coproduits avec un pays du nord. Cela ne dépaysera pas le spectateur occidental.

Cependant, cette histoire d’une jeunesse africaine contemporaine construit une vision cinématographique moins colonisée de l’Afrique (malgré la coproduction française) et déconstruit notre regard souvent stéréotypé sur ces cultures lointaines. Même si l’impression de déjà-vu, ou disons l’absence d’inattendu, nous confortent dans un cinéma au style essentiellement convenu. Heureusement, il y a quelques moments de joie qui transpercent la succession de petits et grands drames.
Destin
Car Congo Boy a du charme à revendre. Rafiki Fariala, en racontant son histoire à travers le personnage d’Albert, trace le chemin d’un ado qui vit pour accéder à son rêve. Au milieu d’une guerre civile et de la pauvreté, avec des parents emprisonnés, des ONG impuissantes, une corruption endémique, et un racisme systémique anti-congolais, il va progressivement s’affirmer. Obtenir le bac oui, devenir médecin non (« Je veut te voir en veste-cravate! C’est ça la vie »). Chanter pour ambiancer une salle oui, renier son identité non (« Dans la vie, on ne peut pas toujours se cacher »). Ce parcours du combattant émaillé de quelques péripéties ne tient jamais en haleine mais, à l’inverse, il produit une forte empathie pour le « chef » de famille (malgré lui) et sa fratrie.

Le spectateur est paradoxalement en zone de confort. Alors que le danger est pressent, que l’avenir est incertain, la souffrance du quotidien est compensée par cette note d’espoir qui surgit régulièrement. La caméra ne se repose jamais, puisque nous sommes dans un environnement intranquille et que l’on suit un jeune homme (Bradley Fiomona, épatant de bout en bout) combatif. Nulle résilience ici, un luxe de riche, puisqu’il s’agit plutôt de détermination.
Congo boy mélange ainsi les genres – même l’humour s’invite parfois, comme cette séquence autour du baccalauréat – pour ne pas s’enliser dans un drame politique et misérabiliste. Contrairement à Petit pays d’Eric Barbier, d’après l’autobiographie de Gaël Faye, il ne s’agit pas non plus d’une vision romancée d’une enfance africaine en temps de guerre.
Avant tout, Rafiki Fariala essaie d’être au plus près d’une vérité tout en la rendant acceptable avec un scénario très balisé. On en retient finalement les beaux plans nocturnes, la solitude et la bravoure de son héros, mais aussi ses performances scéniques qui donnent une belle énergie et un élan optimiste au film.
Congo Boy
Festival de Cannes 2026. Un certain regard.
1h30
Réalisation et scénario : Rafiki Fariala
Distribution : Jour2fête
Avec Bradley Fiomona, Christy Djomanda Louba, Pétruche Mbomba, Rosiana Kotozia...
