
Mexico, début des années 90. Bruno grandit dans une famille joyeuse et insouciante. Quand le jour de ses onze ans, il apprend que son père a un souci de santé, la puissance de vie prend le dessus. Tout le monde continue à chanter et danser pour conjurer le sort, comme dans une chanson de salsa. Trente ans plus tard, Bruno filme et revisite les souvenirs qu’il ne pouvait tout à fait interpréter enfant.
Bruno, adulte, installe une petite caméra dans la chambre de sa mère pour l’interroger sur ses souvenirs : enfant, il avait vécu le moment où son père avait appris sa maladie, cette maladie dont on avait alors si peur. Des années plus tard, il lui demande d’en reparler face caméra. Cette introduction documentaire bascule ensuite vers un flashback en fiction, une reconstitution de l’époque où le petit Bruno apprend que quelque chose ne va pas dans l’analyse de sang de son père.
La force de Six mois dans la maison rose et bleue (Seis meses en el edificio rosa con azul) tient à cette navigation entre documentaire et fiction, un mélange subtil où témoignage et romanesque coexistent pour offrir plusieurs versions d’une même histoire (à la manière de ce qu’avait fait Sarah Polley avec Stories We Tell – Les histoires qu’on raconte). Ce qui commence comme un home-movie devient film de cinéma. Ce qui devait être les souvenirs racontés par la mère se révèle être ceux de Bruno enfant. Et la mauvaise nouvelle de la maladie paternelle, qui fragilise le couple, devient en parallèle pour le jeune Bruno le terrain de sa propre découverte : une attirance inavouée pour son meilleur ami. Ce Bruno n’est autre que le cinéaste lui-même, Bruno Santamaría Razo.

Nous sommes au Mexique du début des années 1990. Quand le père reçoit confirmation de l’anomalie dans sa prise de sang, le mot SIDA est alors synonyme de mort probable dans les années à venir. Adultes et adolescents n’appréhendent pas la maladie de la même façon : pour les parents, elle évoque la contamination par quelqu’un ; pour les ados, les spots de prévention à la télévision et le préservatif. Le petit Bruno, lui, a onze ans et n’a encore jamais embrassé personne, tout cela lui est lointain. Pendant que ses parents traversent une crise de couple, il commence sa propre initiation à quelque chose d’inconnu : une certaine attirance pour son ami Vladimir, du même âge, avec qui il joue dans une pièce de théâtre. À la maison, les fêtes sont fréquentes, on se déguise, on se maquille.
Est-ce que tu aimes les filles ?
Bruno Santamaría Razo vient du documentaire. Son film précédent, Cosas que no hacemos, montrait déjà des jeunes hommes qui s’habillent en femme malgré le regard des autres. Dans Seis meses, plusieurs scènes de fêtes familiales montrent le père comme le fils portant maquillage et robe, dans une atmosphère joyeuse et détendue. La fluidité de genre n’est pas un tabou dans cette famille ; en revanche, l’homosexualité reste, à cette époque, un sujet dont on ne parle pas. Ce dont le petit Bruno parle avec son père, c’est de sa possible mort à lui, incertaine, mais réelle. Le virus est une menace pesante, et cette incertitude donne lieu à l’une des séquences les plus touchantes du film.
Seis meses en el edificio rosa con azul débute dans le présent, avec le vrai cinéaste qui interroge sa vraie mère, avant de basculer vers le passé reconstitué par des acteurs. Au fil du récit, on s’attache autant à la maladie du père qu’aux premiers émois de Bruno à onze ans — jusqu’au retour dans le présent, où la mère interroge à son tour Bruno adulte. L’émotion est alors grande d’avoir fait connaissance avec cette famille étonnante.
Six mois dans la maison rose et bleue (Seis meses en el edificio rosa con azul)
Cannes 2026. Semaine de la Critique
1h45
Sortie en salles : 18 novembre 2026
Réalisation : Bruno Santamaría Razo
Scénario : Bruno Santamaría Razo
Image : Fernando Hernández García
Musique : Léo Chermont
Distribution : Epicentre
Avec Jade Reyes, Sofía Espinosa, Lázaro Gabino, Eduardo Ayala, Valeria Vanegas, Anuar Vera, Teresa Sánchez, Valentina Cohen, Nara Carreira, Demick Lopes
