
Par un soir d’été de 1972, William Greaves réunit des figures majeures du mouvement artistique de la Renaissance de Harlem dans la maison de Duke Ellington. Pendant plusieurs heures, cette grande assemblée d’amis – dont certains ne sont pas revus depuis cinquante ans – est l’occasion d’évoquer le passé et de débattre tout en questionnant la place du mouvement dans un paysage culturel en pleine mutation.
Documentaire incontournable de cette édition 2026 du Festival de Cannes, Once Upon a Time in Harlem de William Greaves et terminé par son fils David est une véritable réussite.
Mouvement de nouveau de la culture afro-américaine à son apogée dans les années 1920, la Renaissance de Harlem est souvent longtemps restée absente des livres d’histoire – elle l’est toujours en Franc. Peu s’en faut, Once Upon Time in Harlem remet au goût du jour des artistes et intellectuels importants. Pendant 100 minutes, William Greaves les « laisse » discuter de sujets divers tels que le terme « negro », des rapport à l’Afrique, du rôle politique de l’art mais aussi de l’héritage réel de la Renaissance de Harlem.
Le pouvoir du collectif
Conçu comme une discussion à bâtons rompus (et brillamment monté), le documentaire fait la part belle aux dynamiques de groupes et à la polyphonie des voix. Le salon redevient ici un espace politique tandis que l’intelligence collective supplante le récit individuel. Les interventions du peintre Aaron Douglas, du poète Richard Bruce Nugent, de l’acteur Leigh Whipper, de la documentaliste Regina Anderson Andrews ou encore de la militante Louise Thompson Patterson deviennent dès lors des discours pleins d’enseignements pour qui voudraient étudier la cause noire du 20e siècle et son évolution jusqu’à aujourd’hui.
Tourné en 16mm et actualisé grâce à une transition numérique, Once Upon a Time in Harlem dévoile tout le foisonnement d’une période mais aussi le poids des discriminations passées, dans une Amérique qui se retranche trop vite et trop souvent derrière le racisme. Plus que la démonstration d’un héritage politique, le film de William et David Greaves est une lettre d’amour à une époque révolue mais précurseure de débats bien actuels.
On en ressort convaincu que l’on aura toujours beaucoup à apprendre de nos aînés – pour mieux appréhender le monde d’aujourd’hui et de demain – grâce à la Quinzaine des Cinéastes.
Once Upon a Time in Harlem
Festival de Cannes 2026. Quinzaine des Cinéastes
1h40
Réalisation : William Greaves, David Greaves
Musique : Tamar-kali
Photographie : David Greaves, Doug Harris, David Hoffman, Jerry Pantzer
Avec Aaron Douglas, Richard Bruce Nugent, Ernest Crichlow, Romare Bearden, Eubie Blake, Noble Sissle, Leigh Whipper, Arna Bontemps, Regina Andrews, Richard B. Moore, Louise Thompson Patterson, James Van Der Zee
