
Un groupe de lycéens français part en voyage scolaire à Naples pour découvrir les ruines de Pompéi et ses corps pétrifiés par le Vésuve. C’est là que le vertige les saisit brutalement. L’un après l’autre, ils se laissent submerger par le désir et la colère jusqu’à s’y abandonner complètement.
Des lycéens arrivent en Italie dans le cadre d’un voyage scolaire encadré par deux professeurs. Leur programme inclut les villes de Naples et de Pompéi, les volcans, la peinture et des musées. La vingtaine de jeunes est assez peu attentive aux apprentissages, mais dès qu’il s’agit de prendre leur quartier-libre pour arpenter la ville chacun de leur côté, c’est presque comme des vacances. L’introduction de Gradiva donne le ton de ce qui se jouera plus tard : dans un wagon, Toni observe James qui l’ignore, et s’aperçoit dans un compartiment voisin que son ami est en train de draguer une fille de leur classe. Il y aura dans le groupe du désir, de la jalousie — ce sont d’ailleurs des thèmes de leur âge.
Les premiers jours en Italie vont nous en apprendre davantage. Toni est ouvertement gay et mauvais élève ; il s’intéresse plutôt à trouver quelque chose en rapport avec son grand-père d’origine italienne. James séduit facilement plusieurs filles. Suzanne est plutôt artiste et intello, mais elle souffre d’être la mouton noir de la classe, là où personne ne cherche à être son ami. On les accompagne lors de différentes visites, avec le commentaire éducatif d’une professeure qui finit par réaliser que ses élèves sont en majorité indifférents ou moqueurs. C’est dans les moments de quartier-libre ou dans leurs chambres que l’on découvre mieux certain(e)s de ces jeunes, leurs discussions et des problèmes qui semblent futiles en apparence, mais il va y avoir quelques crises à venir…
« Il ne faut pas comprendre, il faut perdre connaissance, comme disait Paul Claudel. »
C’est un casting de non-professionnels dans La Gradiva, à l’exception de la professeure jouée par l’actrice Antonia Buresi. À suivre ces jeunes dans certaines de leurs pérégrinations, on a l’impression d’une approche documentaire à la manière de Guillaume Brac (comme Ce n’est qu’un au revoir, par exemple). Mais hélas, plusieurs scènes trahissent une écriture maladroite, visiblement confiée à quelqu’un de bien plus âgé : certains dialogues sonnent faux chez des adolescents, et une séquence lunaire montre un ado dissertant à table sur l’ordre et la morale, comme si les jeunes de 17 ans savaient tous parler ainsi.
Par ailleurs, le cours sur les volcans est habituellement destiné aux collégiens, mais on nous confirme ici qu’il s’agit d’une classe de terminale qui prépare le bac. Le cours sur la peinture, avec une représentation antique du mariage imposé à des vierges, va mettre en exergue que cette nouvelle génération passe son temps sur les applis et les SMS pour draguer. La beauté des peintures et des sculptures que la professeure s’efforce de valoriser ne fait finalement que souligner une certaine étroitesse d’esprit chez ces jeunes en formation. Certains décalages font sourire, d’autres sont plus étranges, mais tout cela contribue à esquisser ce qui se dit, et surtout ce qui ne se dit pas, entre Suzanne, Toni, James et les autres. Toni va progressivement devenir le personnage principal, par ses excès et par son escapade pour retrouver la maison de son grand-père…

C’est le premier long-métrage de Marine Atlan, mais elle possède déjà une longue expérience du cadre et de la lumière : elle est directrice de la photographie, ayant œuvré sur plusieurs films présentés à la Semaine de la Critique à Cannes, dont Nos cérémonies de Simon Rieth (2022), Le Ravissement d’Iris Kaltenbäck (2023), Les Reines du drame d’Alexis Langlois (2023), et L’Engloutie de Louise Hémon (2025) à la Quinzaine de Cinéastes. Son premier long-métrage offre ainsi une grande variété de compositions d’images. Au début, la caméra filme les adolescents en voyage scolaire presque comme dans un documentaire, pour la découverte de l’Italie à leur arrivée (hormis le train en introduction) puis, une fois les personnages principaux présentés en groupe, elle recule progressivement pour une mise en scène plus classique des péripéties individuelles
Ce voyage en Italie va leur faire découvrir bien des choses sur eux-mêmes. Pour le spectateur, l’expérience sera un peu différente, trouvant sans doute le voyage bien trop long à force de s’éparpiller entre plusieurs personnages secondaires et des récits parallèles anecdotiques.
La Gradiva est une figure féminine mythique dont le nom signifie « celle qui marche ». Née du croisement entre un bas-relief antique conservé au Vatican et une nouvelle de l’écrivain allemand Wilhelm Jensen (1903), elle a inspiré Freud, Dalí et Roland Barthes, entre autres. Dans la nouvelle de Jensen, un archéologue obsédé par le moulage d’une femme marchant finit par se rendre à Pompéi, où il croit la voir en chair et en os, traversant les ruines sous le soleil.
La Gradiva
Cannes 2026. Semaine de la Critique
2h25
Réalisation : Marine Atlan
Scénario : Marine Atlan, Anne Brouillet
Image : Pierre Mazoyer, Marine Atlan
Distribution : Tandem
Avec Colas Quignard, Suzanne Gerin, Mitia Capellier, Antonia Buresi...
