Cannes 2026 | Les Caprices de l’enfant Roi : le roi Soleil à l’ombre de Cyrano, Molière et D’Artagnan

Cannes 2026 | Les Caprices de l’enfant Roi : le roi Soleil à l’ombre de Cyrano, Molière et D’Artagnan

1651. Louis (pas encore XIV) est un jeune adolescent. Alors que la Fronde menace, sa mère Anne d’Autriche décide d’exfiltrer son fils pour le mettre à l’abri et le remplace par un sosie. Louis est confié par D’Artagnan à Cyrano de Bergerac qui le cache au sein de la troupe de théâtre de Madeleine Béjart et Molière. Tandis que Madeleine et Cyrano se découvrent une passion commune pour le jeune Molière, Louis découvre la vie et ses plaisirs, l’art et le travail, le courage et la stratégie, tout ce qui fera de lui le Roi Soleil.

En l’an de grâce 1123, le roi Louis VI Capet, dit « le Gros » affrontait aux frontières du royaume son cousin Henry Ier Beauclerc, roi d’Angleterre et duc de Normandie, il était entouré de vaillant chevaliers… C’était en 1993 l’introduction du film Les Visiteurs de Jean-Marie Poiré, devenu un incroyable succès. La preuve aussi qu’il n’est pas nécessaire de connaître parfaitement l’Histoire de France pour s’en servir dans le cadre d’une comédie populaire. C’est avec len même postulat de base que débute Les caprices de l’enfant roi : le générique indique que ce qui sera raconté est à peu près fidèle ou presque à la jeunesse du futur roi Louis XIV ; en l’an 1651, il n’est alors qu’un adolescent de treize ans, nepo-baby élevé dans un immense château et ignorant totalement à quoi ressemble la vie en dehors de la cours royale. Cette histoire est vraie, sauf pour les historiens. Donc en ce XVIIe siècle, il y a une révolte qui gronde, et le peuple en colère est proche d’envahir le palais. Par précaution sa mère la reine Anne d’Autriche confie alors au mousquetaire D’Artagnan la mission d’emmener le jeune Louis au loin pour qu’il soit à l’abri. L’homme d’armes va conduire le jeune Louis à son ami Cyrano de Bergerac, qui, à son tour, va le faire passer comme son propre fils et lui faire intégrer la troupe de théâtre ambulante de Molière…

Le nouveau film de Michel Leclerc est une joyeuse comédie autour de cette imposture : personne ne doit découvrir que l’ado pas dégourdi n’est autre que le royal Louis, futur souverain soleil de France. Le gamin habitué au luxe va découvrir ce qu’est la vraie vie du peuple français en devant lui-même servir les autres ou éplucher les patates du dîner.

Les caprices de l’enfant roi est à peu près fidèle ou presque à ce qu’il a pu se passer en cette année 1651. Comme il n’est pas impossible que ces gens qui se fréquentaient, se soient retrouvés ensemble. Louis XIV est bien évidement un gamin capricieux et empoté qui ne sait rien faire alors qu’ici il devra devenir un assistant à tout faire (même nettoyer les latrines !). Le dramaturge Molière est peu inspiré pour écrire une pièce de théâtre valable et il drague facilement n’importe quelle donzelle, la comédienne Madeleine Béjart rêve d’un grand rôle à jouer sur scène (ce qui n’arrive toujours pas), le poète Cyrano préfère la tranquillité aux embrouilles (sauf si on se moque de son nez), le mousquetaire D’Artagnan dissimule sa personnalité pour ne pas être écrasé par la réputation de sa légende d’antan… Ces gens sont à priori les pires personnes pour protéger un futur roi, mais tant que la véritable identité de Louis reste secrète alors tout cela promet une folle aventure.

Tout les ingrédients sont réunis pour une joyeuse aventure de cape et d’épée : reine, château, complot, déguisement, bagarre, quiproquos, romance inavouée, et donc un esprit de troupe dévouée au théâtre, jouant une pièce qui se moque de la royauté… L’habit ne fait pas le moine. Le sel de cette comédie est le décalage entre la véritable identité Louis donc bourgeois insupportable, capricieux et méprisant, et sa fausse identité de François, fils de poète et paysan saltimbanque. Et pendant ce temps, il se trame un complot politique autour de la cousine Marie-Louise d’Orléans prête à tout pour s’accaparer le pouvoir…

« Le vote, ça marche que quand les cieux sont d’accord avec. »

Les caprices de l’enfant roi prend un peu de relief avec un sous-texte sous forme de satire politique (toujours d’actualité). Évidemment le film dispose de répliques amusantes, que les personnages se balancent les uns aux autres à propos de leurs défauts respectifs, en plus de clins d’œil aux travers de quelques élus contemporains. Le film fonctionne ainsi sur les deux registres : une grande comédie de l’imposture et une petite satire politique. Un peu bancal, pas aussi délicieux qu’un Ridicule de Patrice Leconte, mais sympathique. On pourrait aussi revenir à La Folie des grandeurs de Gérard Oury et le détournement de l’argent public par des hommes politiques. Il n’y en a pas tant que ça des films de ce genre.

Pas facile d’entreprendre un film historique et d’aventures qui s’amuse avec les clichés de l’individualisme des puissants face au collectif du peuple. La joyeuse mise en abyme fonctionne honnêtement autour de jeux de masques et de faux-semblants où l’égalité est finalement la seule valeur qui vaille.

L’affiche met en avant les comédiens Artus (le nouveau champion du box-office depuis l’immense succès de Un p’tit truc en plus) qui trouve là un rôle idéal pour sa personnalité de grand amuseur au cœur tendre, Franck Dubosc mielleux comme jamais en mousquetaire qui cache ne pas être à la hauteur, Nemo Schiffman qui profite de la perruque pour s’imposer à jouer son meilleur rôle, les valeurs sûres de charme et d’espièglerie Julia Piaton et Doria Tillier, la révélation du jeune Niels Hamel-Brochen, Suzanne de Baecque épatante…

Tout ce monde est au service d’un scénario ample, mais qui manque un peu de panache. Michel Leclerc (et sa complice d’écriture Baya Kasmi) ont malgré tout (re)trouvé la recette pour un drôle de film qui fait plaisir à voir, un peu à l’ancienne. Avec cette conviction que l’Art, et ici le théâtre, peut aussi bien divertir que faciliter l’ouverture aux autres.


Les caprices de l'enfant roi
Cannes 2026. Hors compétition - Cinéma de la plage.
2h25
Réalisation : Michel Leclerc
Scénario : Michel Leclerc et Baya Kasmi, d'après une idée originale de Michel Leclerc et Alexandre Castagnetti
Image : Alexis Kavyrchine
Distribution : Le Pacte
Avec Artus, Julia Piaton, Nemo Schiffman, Niels Hamel-Brochen, Franck Dubosc, Doria Tillier, Suzanne de Baecque, Xavier Robic...