Cannes 2026 | Sheep in the Box : un déni du deuil artificiel

Cannes 2026 | Sheep in the Box : un déni du deuil artificiel

Dans un futur proche, Otone et son mari Kensuke, qui ont perdu leur enfant, se voient proposer un robot humanoïde totalement identique à leur fils.

Un mouton dans la boite. Et là clairement, ce serait plutôt Hirokazu Kore-eda qui nous mettrait en boîte. Sheep in the box est de loin l’une des œuvres les plus faibles de la carrière du cinéaste. D’abord parce qu’elle s’avère profondément ennuyeuse. Son drame « dans un futur pas si lointain » (après tout on a bien vu un robot humanoïde se promener sur la Croisette cette année) souffre d’un manque de dynamisme et ne réussit jamais à créer l’élan nécessaire pour nous happer dans cette dystopie déjà vue.

Car le cinéaste japonais, toute à son obsession sur l’enfance et ses traumas, pille dans de nombreux récits bien mieux traités avant lui. À l’instar de A.I. Intelligence artificielle, drame profondément troublant de Steven Spielberg, qui date de plus de vingt ans. Mais surtout, Kore-eda ne sait pas sur quel mythe danser. Pinocchio? Peter Plan et les enfants perdus? On en vient presque à croire que Totoro va surgir dans la forêt refuge des plans finaux. Sans oublier Le petit prince (qui donne le titre au film), digéré à toutes les sauces.

Un couple ne parvient pas à faire le deuil de leur fils accidentellement mort deux ans auparavant. Un déni étrangement mal exploité, qui reste en surface tant il est classique. Une société leur propose de le faire renaître sous la forme d’un humanoïde (rechargeable et localisable). Une résurrection qui tour à tour, au point de nous fatiguer, va enchanter l’un des deux parents ou, au contraire, lui faire regretter cette « adoption » robotique.

Black Mirror version light

Le scénario est laborieux, le découpage un peu trop lent : aucune greffe ne prend. Pourtant, le film a le mérite de poser des questions existentielles essentielles alors que la domotique et l’intelligence artificielle envahissent notre quotidien. Mais autant voire un épisode de Black Mirror. La série Netflix va bien plus loin dans les dilemmes et les conséquences liées aux nouvelles technologies.

Là, le réalisateur se fourvoie dans trop de scènettes futiles (l’arbre à planter pour chaque naissance, l’architecture d’une maison dont on perçoit mal l’allégorie, la disparition du chat etc), enlisant le film dans des virages inutiles. De même la construction d’éventuels mystères dont la résolution ne surviendra jamais ou, à l’inverse, trop rapidement, ne créent pas une forme de suspense qui nous happerait.

I, Robot

La seule réflexion intéressante autour de ce dérivé candide et gentillet d’une histoire à la Asimov tourne autour du droit de ces machines à se considérer comme des êtres à part entière. Rien de neuf (l’humain est le passé, la machine le futur). « Maintenant tu peux aller où tu veux. Ton corps t’appartient » dit un humanoïde plus âgé après avoir retiré la puce GPS de l’enfant. Kore-eda dévoile ainsi des enfants maltraités ou enfermés dans un schéma aliénant (ils ne sont fabriqués qu’à partir des bons souvenirs). Ce qui conduit à leur sympathique rébellion (plate) et leur envie d’émancipation (pacifique).

Pour le reste, le film est bien plus réaliste dans l’étude des relations tendues entre adultes humains que dans l’analyse des rapports entre hommes et machines. Avec ses insupportables envolées musicales très hollywoodiennes, Sheep in the box oscille alors entre drame psychologique (de façon assez convenue) et conte familial qui manque sa cible. En étant si prévisible et si conformiste, ce Kore-eda débranche le spectateur avant même que l’on s’attache à ce gamin mécanique agaçant.