
Jim, icône sexy de la scène gay parisienne, voit sa vie basculer lorsqu’il contracte l’Hétérose, un étrange virus qui transforme les hommes gays… en hétérosexuels ! Il voit alors tout le monde lui tourner le dos à l’exception de son dernier follower (et premier admirateur), Lucien, un jeune homme qui peine à s’assumer. Ensemble, ils partiront en quête d’un mystérieux remède capable de guérir Jim et d’empêcher l’extinction de l’homosexualité…
« Aimes-tu les films de gladiateurs ? » La question est évidemment ironique et ceux qui ne sont pas adeptes de corps musclés (et huilés), de culs moulés dans un boxer, de gros bulges gonflés, de sueur et de poils, vont devoir passer leur chemin. Non pas qu’il s’agisse d’un film de gladiateurs, mais Jim Queen est le prototype protéiné d’un modèle antique de la « perfection » masculine (et la variation gay du masculinisme).
Influenceur, égocentrique, narcissique, deux neurones au compteur et trop de testostérone dans le moteur, ce Jim est une caricature (volontaire), héros d’une satire (jubilatoire), queen de la gym et diva bitch. Plutôt abdo que dodo. Pour leur premier long métrage, Nicolas Athané et Marco Nguyen ont décidé de « queeriser » l’animation française, dans la lignée
Jokes et jocks
Cette comédie « gay » musicale (vous n’échapperez pas à Céliiiiine Dion avec une battle cruciale sur J’irais ou tu iras) et assumant son kitsch réjouit parce qu’il parle de sexe sans que ce ne soit sombre ou dramatique (quoique). Jusque là, l’animation se scindait en deux tonalités : du hardcore underground (Fritz the Cat, Heavy Trafic, Heavy Metal, Belladonna of Sadness…) ou du LGBTQ+ mélo ou tragique (Flee, Nimona, …). Quelques pas de coté ont quand même émergé ces dernières années, du très grand public (et outrancier) Sausage Party au délirant (et politique) Queer Duck, en passant par le récent Lesbian Space Princess. Jim Queen s’inscrit dans cette lignée, sans trop de limites.

À une différence près : il s’ancre dans une réalité en se moquant de tous les stéréotypes de la sexualité masculine (hétéro comme homo). Le film est une sale affaire, entre hommes. Car oui, on ne compte que deux personnages féminins : la « bestie » qui se sent safe au milieu de gays (et qui en étant médecin va jouer un rôle crucial dans le récit) et la mère possessive du twink (minet blond, mince, précieux et puceau), politicienne réac et homophobe qui rappellera quelques tristes figures de manifs anti-LGBTQ+. Ça manque cruellement de lesbiennes (surtout quand on sait leur apport quand le VIH s’est répandu dans les années 1980), de trans et de bis.
La vie en hétérose
Pour le reste, que des mecs, au milieu de godes, branchés sur Grindr, et obsédés par leurs corps (et la performance physique qui va avec). Une communauté centrée sur elle-même et ses préjugés, jusqu’àn s’uniformiser. Tout déraille quand un mystérieux virus les atteint : l’hétérose. C’est une guerre des clichés qui s’enclenchent. Le mâle hétéro qui connait les règles de foot, qui perd ses abdos et qui ose quelques fashion faux-pas (chaussettes et claquettes). Le mâle homo n’est pas en reste : forcément fan de Lady Gaga (qui perd ainsi tout son public), étiqueté en fonction de son allure ou de ses goûts sexuels (Daddys, Bears, Twunks, fétichistes, etc.) et intolérants à ceux qui ne leur ressemblent pas.

Critique envers ce clanisme et ces divisions internes (bien réelles), Jim Queen, le film, est aussi très cinglant sur le culte de l’esthétique (corporelle, vestimentaire, image, ou autres). Pas surprenant alors qu’une grande partie des gays ne s’y retrouveront pas (mais riront volontiers) puisque le marié fidèle, le papa homo, l’amoureux ordinaire ou le déclassé social n’y sont pas représentés. Pourtant des amateurs de sneakers aux « puppies » soumises, tout le monde y passe, peu imposrte ses fanatsmes ou son fétichisme.
« Tu as peut-être un corps de twink mais tu as un cœur d’ours. »
C’est ce qui rend le film si hilarant. La satire et la parodie s’accouplent parfaitement. Taquiner les hétéros de manière si simpliste n’aurait pas été aussi drôle si les gays n’en prenaient pas non plus pour leur grade. De plus, Nicolas Athané et Marco Nguyen ont également voulu ridiculiser certains travers de notre époque et insérer quelques références pop pour universaliser leur propos.
Drague et drags
Dans leur ligne de mire, un médecin charlatan (Dr Ragoult, suivez mon regard) et son soi disant remède, la chloroqueer, le chemsex (et les lundis matins qui tueraient des vampires), les thérapies de conversion, les bandeaux de chaîne sd’infos (les Nuls n’auraient pas fait mieux), le fascisme (avec l’aide d’une Gaystapo très BDSM), l’homophobie systémique, l’a sérophobie (hétéropositif ou séropositif : même combat)… On ne peut que se féliciter de voir ces cibles évoquées dans un film plus grand public qu’il n’y parait (interdit aux moins de 12 ans au passage). S’ajoutent quelques clins d’oeil plaisants : la mouillette à la Roger Rabbit, les slips Daddicted, une réplique du Diable s’habille en Prada (forcément), le gaydar comme superpouvoir, Gollum (et son anneau/anus), le Bear’s Den (authentique), Glamydia et les sœurs de la Perpétuelle indulgence (qui existent vraiment)…

Reste que, pendant ce temps là, l’odyssée de Jim, « hunk » hétéropositif qui perd tous ses followers (drame épique), doit croiser l’itinéraire émancipateur de Lucien, « twink » vierge qui reste son seul admirateur. C’est la trame qui sous-tend toute la narration d’une épopée frénétique dont l’objectif est de sauver l’homosexualité dans le monde. Ce n’est pas rien. Sans les gays, point de Joconde, d’intelligence artificielle, de ballets modernes, d’opéra français, ou d’économie mixte. Le monde serait aussi bien plus triste et moins coloré.
Mettre des paillettes dans la vie
Il suffit de se laisser portée par l’armée « Pride » du final, avec sa Licorne de Troie (évidemment) et son « Power of Love », pour constater lucidement qu’un monde sans invertis ne serait pas plus vertueux. Mais pour que l’arc-en-ciel brille encore sur cette Terre, malgré les haineux et les phobiques, il est nécessaire de revenir à l’essentiel : la prostate (Philippe Katerine en majesté divine, s’il vous plaît). Organe masculin partagé par les gays comme par les hétéros, source d’orgasme tabou (et absolu), la prostate est « notre salut », plus encore qu’un coming out. C’est absurde, romantique, déviant, détonnant et désopilant.
Ainsi Jim Queen a une épiphanie en tombant amoureux d’un homme différent de lui (alter plus qu’ego), ouvrant la voie à un décloisonnement qui ringardise les applications de rencontres et les a priori. Et les gays de Rio ou de San Francisco, de Barcelone ou de Berlin, accordent leurs instruments phalliques pour une symphonie en cul majeur : mieux vaut jouir pour guérir. Le passif (très open et sans poppers), par définition homme déconstruit, devient alors « l’élu », le chef d’orchestre qui les mène à la braguette. Sortez couvert tout de même.
Jim Queen
Festival de Cannes 2026. Séances de minuit.
1h25
En salles le 17 juin 2026
Réalisation : Nicolas Athané, Marco Nguyen
Scénario : Simon Balteaux, Marco Nguyen, Nicolas Athané, Brice Chevillard
Studio : Bobbypills
Distribution : The Jokers
Avec Alex Ramirès, Jérémy Gillet, Shirley Souagnon, François Sagat, Harald Marlot, Élisabeth Wiener, Alexandre Brik, Fabrice Petithuguenin, Philippe Katerine et La Briochée...
