
Une mystérieuse découverte est faite aux abords de la ville portuaire de Hopo Port. Les habitents luttent pour leur survie…
The Chaser. The Murderer. The Strangers. Na Hong-jin a décidé de réunir le titre de ses trois premiers films (2008-2016) en un seul pitch pour Hope. Il y a de la traque, du meurtre et des « étrangers ».
Hope c’est un peu un running de 30 kilomètres entre ville et montagne où il faut réussir à respirer de temps en temps. Il y a deux façons de le voir. Au premier degré. C’est-à-dire un blockbuster spectaculaire qui ne lésine pas sur l’action. Pour ceux qui regrettent l’absence de grosses productions américaines à Cannes cette année, voilà une excellente réponse : d’autres puissances cinématographiques peuvent faire aussi bien sinon mieux. À quand un blockbuster indien, par exemple? Il est temps de montrer d’autres visions du monde même dans un genre aussi formaté que le film à budget mastodonte.

L’autre manière de regarder Hope, la plus appréciable, c’est de profiter sous un autre angle de cette chasse aux monstres. Aptes au second degré, vous ne pourrez que vous régaler. Car le réalisateur sud-coréen est généreux. Il convoque les trois grands mythes du cinéma hollywoodien – western, polar et SF – pour en faire une œuvre « monstre » qui ne se prend pas au sérieux.
« La journée s’annonçait bien pourtant »
L’humour – verbal comme visuel – est jouissif. Les situations virent à l’absurde. Le scénario lui-même ne cherche aucune vraisemblance réelle. Et les personnages sont à l’avenant : crétins, incompétents, egotiques, etc.
Sans en dévoiler trop, Hope est le nom d’un petit port parano à proximité des champs de mine qui la sépare de la Corée du nord. Une menace invisible tue bêtes et humains, saccage la ville et semble invincible. La créature semble être un zombie. Hop hop hop! Pas si facile : le film invente des monstres mutants à la fois aliens indestructibles, bestioles sociopathes et transformers organiques. Pour tenter de contrer cet ennemi, un flic et sa jeune adjointe côté ville, des chasseurs ploucs côté montagnes. En même temps, l’Etat est aux abonnés absents et la ville n’a que huit réservistes, tous âgés.

Une fois qu’on découvre un ßoeuf sauvagement tué au milieu d’une route paumée, tout s’enchaîne pendant 2h40. Sans temps morts. On passe du frénétique à l’hystérique.
L’espoir fait mourir
Na Hong-jin parvient à une forme d’exploit : une mise en scène épatante, un scénario qui n’hésite pas à verser dans l’outrance, des dialogues cocasses et « grossiers », un style parodique savoureux (qui rappelle Le Bon, la Brute et le Cinglé de Kim Jee-woon). Il y a quelques séquences virtuoses, d’autres hilarantes, et surtout un sens du timing parfait pour dévoiler chaque aspect de son histoire (jusque’à l’ultime partie qui change notre regard sur l’ennemi). Ainsi, vous devrez attendre 50 minutes pour découvrir cette menace indestructible (et horrible).
« Ça se croit tout permis. Il a tué combien de personnes? Monstre ou pas, il a pas le droit. »
Les catastrophes, morts et autres pépins s’enchaînent à grande vitesse. Avec au passage de multiples références au cinéma américain (Alien, E.T., Le silence des agneaux, Avatar, Bulitt, Délivrance, etc). Même l’épilogue qui annoncerait une éventuelle suite et une séquence post-générique pourraient être une conclusion parfaite pour assumer cette moquerie à l’égard d’Hollywood.

Hope réagit au principe du toujours plus : plus d’action, plus de morts, plus de délire, plus de munitions, plus de dinguerie. La mitie du curseur semble infinie. Si certains effets visuels (notamment les monstres qui sautent en l’air) sont un peu maladroits, techniquement, que ce soit une traque dans les ruelles ou une course-poursuite entre une « sale vermine fils de pute » et une voiture de flic, le film est assez irréprochable. Dans cette épopée en apnée, on reprend un peu d’oxygène quand quelqu’un balance une insulte (il y en a beaucoup) ou quand un personnage secondaire s’avère encore plus idiot que les autres. Moins quand on doit le disséquer (par définition le monstre est répugnant avec du sang visqueux et une odeur de bite). Même si pour l’autopsie, il faut dégainer une tronçonneuse.
Ô rage, ô des espoirs
On doit reconnaître au cinéaste qu’il a l’art de nous embarquer dans sa folie. Et aussi celui de raconter une histoire, et même une histoire dans l’histoire. Pour le seul flash-back du film, on écoute patiemment un vieux témoigner de ce qu’il a vécu. Rassurez-vous, c’est de la pure comédie italienne ou du Tarantino scato.
« Il ne s’agit pas d’une espèce répertoriée. »
Une chose est sûre, le virilisme ne sert à rien. Et de romantisme, il n’y a qu’un passage furtif (à pleine allure sur la route) où la flic, sorte de Robocop zélée et appliquée qui sait faire la Badass girl quand il s’agit de buter le monstre, déclare sa flamme à l’un des rares survivants (« vous êtes acteur? je vous aime… »). Evidemment, la romance va être de courte durée.
Dans un grandiose mélange des genres, on passe du burlesque à l’horrifique, de la haute tension à la comédie la plus crasse.

Excessif, le film est ainsi sauvé par le fait de proposer un pur produit cinématographique de qualité, tout en jouant de tous les codes pour nous maintenir en haleine. Mais peut-être que le plus grand exploit est ailleurs. Car notre regard sur ces monstres changent. Bien sûr on se situe dans le camps de ces incapables qui partent la fleur au fusil pour défendre leur communauté. Mais en apprenant la cruelle vérité de ces ennemis, on éprouve de l’empathie pour ces immigrés qui se sont réfugiés dans ce coin de l’Asie. Chacun tente ainsi de survivre sans chercher à dialoguer : spirale infernale qui conduit en enfer. Qui est l’enfoiré de l’autre, finalement?
On regrette presque que le cinéaste ait annoncé une suite à ce Hope tant son épilogue suffisait à conclure magistralement une œuvre défiant Hollywood tout en laissant le spectateur à son imaginaire. Et se remémorer les répliques cultes.
Hope
Festival de Cannes 2026. Compétition.
Réalisation et scénario : Na Hong-jin
Musique : Michael Abels
Image : Hong Kyung-pyo
Avec Hwang Jeong-min, Jo In-sung, Jung Ho-yeon, Michael Fassbender, Alicia Vikander...
