Cannes 2026 | Du fioul dans les artères : ici commence l’amour

Cannes 2026 | Du fioul dans les artères : ici commence l’amour

Un routier conduit du matin jusqu’au soir, et parfois du soir au matin, avec des temps de pause calculés à respecter sur le tachygraphe, et des nuits à dormir dans la cabine du camion sur une aire d’autoroute. Étienne (Alexis Manenti) est l’un de ces routiers, qui transporte des palettes de marchandises d’un entrepôt à un autre. Parfois, la nuit, il va dans la forêt voisine où, dans l’obscurité des arbres, d’autres routiers se cherchent et se trouvent pour une étreinte avec un inconnu. Un soir, alors qu’il entreprend une rencontre dans les bois, la police vient y traquer les gens au motif d’exhibition sexuelle. Ils parviennent à échapper au contrôle, et Étienne se retrouve dans le camion de l’autre : Bartosz (Julian Świeżewski), un routier polonais. Quelques centaines de kilomètres plus tard, Étienne revoit le camion de Bartosz, l’occasion d’une nouvelle rencontre, et surtout de commencer à faire connaissance.

« – Tu veux me revoir ? – Pas toi ? »

Le cinéaste Pierre Le Gall a suscité la surprise et l’enthousiasme avec Du fioul dans les artères : son film va bien plus loin que ses personnages de routiers gays qui se trouvent sur les parkings en bordure d’autoroute. Il raconte les émouvants débuts d’une histoire d’amour compliquée entre deux personnes qui se croisent parfois, sans jamais être longtemps ensemble au même endroit, et cela avec une incursion concrète dans le quotidien des routiers.

Drôle d’endroit pour …

L’univers des routiers, c’est celui des autoroutes, des stations-service, des entrepôts ; mais c’est surtout une communauté d’employés aux conditions de travail particulièrement difficiles et épuisantes. Ces hommes – et ces femmes conductrices, montrées elles aussi dans le film – passent pour la plupart cinq jours sur les routes sans voir leur famille, sauf le week-end. Étienne rate ainsi l’anniversaire de son neveu et n’est pas certain d’être en repos à Noël. Les collègues deviennent dès lors une seconde famille, parfois même la principale. Un vieux routier reprend du service après sa retraite ; Étienne prend le temps de former un nouveau. Certains routiers étrangers, eux, doivent conduire bien plus d’heures pour un salaire bien inférieur à celui de leurs homologues français.

Étienne est célibataire et se satisfaisait de rencontres occasionnelles — mais Bartosz le séduit. En comparant leurs itinéraires, les deux hommes se rendent compte qu’il va être particulièrement compliqué de se voir, et les rares fois où c’est possible, ils n’ont souvent que très peu de temps ensemble. Si le sexe est arrivé très vite, les sentiments, eux, arrivent peu à peu. Du fioul dans les artères montre les débuts d’une romance à priori presque impossible, une histoire d’amour que les spectateurs espèrent, au fil du film, voir devenir de plus en plus possible.

Du fioul dans les artères évite surtout les pièges que son synopsis pouvait laisser craindre : le drame gay plombant, le chauffeur qui n’assume pas, les collègues hétéros faisant les gros bras. Rien de tout ça. Sans agiter d’étendard militant, le scénario assume la simplicité d’une histoire d’amour dans une tradition du cinéma social à la française. Mais le réalisateur préfère la solidarité au conflit, la chaleur humaine au pamphlet, Guiraudie à Ladj Ly. Le cadre professionnel devient un arrière-plan romanesque avec ses beaux plans nocturnes sur d’immenses sites sidérurgiques, ses gares de fret dans les petits matins bleus, au service d’un suspense d’une simplicité absolue : comment se revoir quand on n’a pas les mêmes routes ?

Alors on vibre devant ce spectacle de deux camions se croisant à pleine vitesse sur le pont de Saint-Nazaire… L’alchimie entre les deux comédiens fait le reste : les affects et l’énergie burlesque provoquent des étincelles. Du fioul dans les artères est sans doute la romance la plus feel-good du festival. Elle se cachait dans un drôle d’endroit pour une rencontre.

Du fioul dans les artères
Cannes 2026. Semaine de la Critique
1h31
Sortie en salles le 2 décembre 2026
Réalisation : Pierre Le Gall
Scénario : Pierre Le Gall, Camille Perton, Martin Drouot
Image : Antoine Cormier
Musique : Paul Sabin
Distribution : Pan distribution
Avec Alexis Manenti, Julian Świeżewski, Armindo Alves, Stéphanie Chamot...