
Dans une ferme au cœur de la Beauce, Christophe, 11 ans, règle ses pas sur ceux de son père. Mais à l’école, à la maison, sur le tracteur, Christophe penche… et tombe. Il est obligé de porter un corset pour filer droit. Tandis que la ferme traverse des moments difficiles, Christophe grandit comme il peut. Il découvre la musique et fait la rencontre de Clara, avec qui tout semble devenir possible.
Pour son passage au long métrage en solo après l’aventure Astérix aux côtés d’Alexandre Astier, Louis Clichy convoque ses souvenirs d’enfance dans la Beauce et les met au service d’un conte doux et acidulé qui dit avec justesse le sentiment – universel – de ne pas tout à fait trouver sa place dans le monde.

Le personnage principal du Corset, Christophe, est au départ un jeune garçon rêveur qui se sent souvent en décalage avec sa famille, et surtout avec son père, éleveur bourru et taiseux, incapable d’exprimer la tendresse qu’il éprouve pour son fils. Les premières scènes, courtes et elliptiques, campent ainsi un décor presque stéréotypé, dans lequel la fantaisie va faire irruption à travers l’idée – savoureuse – de traduire les remous intérieurs du personnage par une manifestation physique aussi handicapante qu’inexpliquée : il se met à pencher, au sens propre du terme, faisant symboliquement basculer le monde à un angle de 90 degrés.
L’humour se mêle ainsi à l’émotion feutrée de ce parcours initiatique qui crée beaucoup d’incompréhension de la part de ses proches face à cet enfant qui dévie de la droite ligne, et génère une succession presque ininterrompue de gags qui oscillent entre la poésie et l’absurde, à l’image d’une scène d’anthologie où Christophe manque d’embrocher quelqu’un dans une église, ou lorsque le corset qui est prescrit au jeune homme pour le “redresser” lui donne une démarche mécanique d’homme augmenté. Diminué, en l’occurence, puisque désormais, tout est pour lui d’une effroyable difficulté, y compris les choses les plus simples. Les moments de grâce n’en sont que plus précieux, comme cette danse complice entre la mère et le fils, qui suspend brièvement le temps avant un brutal retour à la réalité.
Comédie-champagne

Le corps corseté du personnage devient une porte vers l’imaginaire, et offre au cinéaste la possibilité d’aborder très allégoriquement l’idée de rigidité et de formatage, tout en jouant visuellement sur le décalage de point de vue et le « risque » symbolique qu’il fait courir à son entourage (celui de tout renverser). On est à la fois dans un récit d’apprentissage et dans le portrait plus social d’un milieu fermé sur lui-même, arcbouté sur une vision unique et exclusive du monde, qui rend le dialogue entre générations difficile, et mène fatalement au conflit larvé.
La première partie du Corset, qui se passe dans les années 85 et 86, fait ainsi l’effet d’une comédie-champagne, fine et pétillante, qui tire le meilleur parti de sa tonalité de chronique nonchalante. On est donc forcément déçu lorsque la seconde, qui débute 4 ans plus tard, retombe dans une écriture plus attendue, avec une intrigue soudainement plus resserrée, générant à la fois du suspense et de (trop) multiples rebondissements. On aurait aimé que Louis Clichy allège un peu les enjeux des séquences finales qui basculent parfois de manière forcée du portrait intimiste délicat à la fresque sociale didactique sur la condition des agriculteurs au début des années 90.

Malgré tout, s’il y a bien un domaine dans lequel le film ne faiblit pas, c’est dans ses choix esthétiques, cohérents de bout en bout, et par ailleurs d’une très grande beauté. Le recours à l’aquarelle, qui travaille les couleurs pastels et accentue les jeux d’ombres et de lumières, dans une palette chromatique réduite, fait ressortir les ciels et les horizons immenses, rend palpables les émotions des personnages, et enveloppe le récit d’une douceur vaporeuse qui rappelle les dessins de Sempé. La nostalgie n’est pas loin, mais une nostalgie joyeuse et enchantée, teintée d’un réalisme poétique dans lequel les impressions fragmentées de l’enfance, en partie réinventées et embellies par la mémoire, n’en sont que plus puissantes.
Fiche technique
Le Corset
Festival de Cannes 2026. Un certain regard.
1h29
Sortie française : 14 octobre 2026
Réalisation : Louis Clichy
Scénario : Louis Clichy et Franck Salomé
Direction artistique : Cécile Guillard
Animation : Chloé Aubert
Distribution : KMBO
Avec les voix de Gary Clichy, Rod Paradot, Dimitris Colas, Aurélie Vassort, Brune Moulin, Alexandre Astier et Jean-Pascal Zadi
