Spider-Man : Brand New Day plonge le super-héros dans les tourments de la Gen Z

Spider-Man : Brand New Day plonge le super-héros dans les tourments de la Gen Z

Dans un monde qui ne se souvient plus de lui, Peter Parker poursuit sans relâche sa lutte contre la criminalité. Mais le sentiment d’avoir été oublié par ses amis qui avancent désormais sans lui provoque un changement chez Peter qu’il n’est peut-être pas en mesure de contrôler. Et pourtant, c’est cette mutation qui pourrait être sa seule chance de s’opposer à un adversaire terrifiant, capable d’agir sans jamais être repéré et prêt à s’attaquer à la ville et à tous les proches de Spider-Man. Car si le monde ne se souvient plus de Peter Parker, lui ne l’a pas oublié…

Quatrième opus de la troisième série de films autour de Peter Parker aka Spider-Man, ce Brand New Day surprend plus qu’il n’épate. Assiste-t-on à un virage dans le Marvel Cinematrographic Universe ? Sans aucun doute, et c’est peut-être une bonne nouvelle pour les fans de superhéros.

Cinq ans après No Way Home (phase 4 du MCU), cette suite s’inscrit dans la sixième phase débutée avec le rebooté des Quatre fantastiques et annonçant le retour des Avengers. Pourtant, comme à son habitude, les films autour de Spider-Man sont relativement autonomes, avec leur propre récit. Tout juste le jeune homme croise la route de Black Widow (Florence Pugh), en boxer dans un spa privé, et de Hulk (Mark Ruffalo, géant vert imprévisible). C’est en fait un autre personnage qui change la donne : Jean Grey.

Sans révéler quoi que ce soit de l’intrigue, qui tourne autour de cette jeune fille rousse (Sadie Sink, star de Stranger Things, ayant la lourde tache de succéder à Famke Janssen et Sophie Turner dans ce rôle), cela signifie évidemment que les X-Men ne sont plus très loin des Avengers. La fusion Disney-Fox va enfin se concrétiser à l’écran.

Vive la différence!

C’est également assez logique que la télépathe surgisse chez Spider-Man, aux côtés de Hulk qui plus est : tous trois sont des mutants, avec un ADN spécifique. Toute la morale autour de Brand New Day fait écho au duel éthique entre Magneto et le Professeur Xavier à propos de leur place au sein d’une humanité pas forcément très bienveillante envers eux. Le bien et le mal, l’humain et le monstre, le devoir et la responsabilité, etc : comment gérer (réguler? contrôler?) ses pulsions, sa nature, sa différence?

Aussi, le réalisateur Destin Daniel Cretton a choisi de ne pas suivre la même direction artistique que Sam Raimi (première trilogie), Marc Webb (diptyque) et Jon Watts (les trois premiers films de la série actuelle). Sans doute sous l’impulsion de Tom Holland, qui doit se lasser de son personnage, ce Spider-Man : Brand New Day est en effet un renouvellement complet du film Marvel, avec pour ennemi, le Damage Control, sorte d’administration opaque aux initiales (DC) très ironiques.

« Tu sais que tu n’es pas complètement anonyme maintenant. J’ai vu ton nombril. »

Rassurez-vous, il y a quelques belles scènes d’action. Peu nombreuses et pas très originales, mais véritablement efficaces (un char dans Manhattan, quelques batailles seul contre tous et un braquage). Peter Parker n’a jamais semblé aussi à l’aise dans son costume moule-bite et derrière son masque intelligent. En plein pic hormonal, et stress post-traumatique, il mue : sa toile coulant de ses veines prolonge la métaphore d’un ado qui travaille trop du poignet.

Orphelin

Mais on pourrait presque croire qu’il s’agit du strict minimum contractuel pour faire avaler la pilule au studio : ce Spider-Man est avant tout un (mélo) drame psychologique sur le passage à l’âge adulte. Il faut dire que Parker n’a pas vraiment de modèle familial depuis la mort de sa tante vénérée (Marisa Tomei) : un papa, une maman? Oops. On ne peut pas dire que Franck / The Punisher (Jon Bernthal que Holland alias Télémaque croise dans L’Odyssée sous les traits de Menélas) et le détective Jean De Wolff (l’attachante Liza Colón-Zayas, qui sort des cuisines de The Bear) soient les meilleurs exemples éducatifs.

« Vivre pour le boulot, ça n’a rien de bon. »

Privé de sa MJ (Zendaya) et de son ami Ned (Jacob Batalon), qui, à cause du Docteur Strange, n’ont plus aucun souvenir commun avec lui, Parker est devenu un geek/nerd solitaire comme 60% de la « Gen Z » (selon les récentes études sur le sujet). Soit une génération hyperconnectée, angoissée par les diverses crises, en quête d’un sens à leur vie, mais socialement fatiguée et coupée des autres. Brièvement, on comprend même que Parker est migraineux et en burn-out, MJ insatisfaite et Ned addict.

C’est l’aspect le plus brillant du scénario, car il permet à un film de Marvel de s’ancrer dans une réalité contemporaine. Et la réalisation suit : le film est aussi brut, sombre et grisâtre que la personnalité des jeunes gens (dans lesquels on inclut Jean Grey). Il n’y a bien que la musique qui détonne en en faisant des caisses.

Nouveau départ

Le transfert de pensée par télépathie (effet peu couteux mais diabolique) devient finalement assez accessoire alors qu’il occupe l’essentiel de l’intrigue. Le scénario préfère se pencher sur la détresse affective de chacun. À l’aide de flashbacks, de références aux opus passés et d’inconscients manipulés, de sens saturés et d’explications scientifiques incompréhensibles, le film s’embarque dans un récit plus thérapeutique que frénétique (pourtant, le temps file à la vitesse d’une toile jetée en l’air). Mais, quand on connaît la fin (on ne parle pas de la brève scène post-générique out-of-space), on comprend que ce « Brand New Day » est avant tout une ouverture vers une renaissance. Sans le happy end pressenti, sans le miracle espéré, sans la catharsis habituelle. Après de multiples twists, chacun reste à sa place, dans son ignorance ou avec une connaissance partielle des faits. Même le méchant reste en liberté…

Et c’est assez séduisant. Peu importe les aventures de Spider-Man, il s’agit avant tout de reconstruire Peter Parker. L’ado hypersensible mûrit. Le jeune homme encaisse les coups (le corps morfle bien) et la mélancolie l’envahit. Ainsi, son Odyssée perso lui a fait comprendre que la solitude, ou l’isolement, n’est pas salutaire. Il apprend à déléguer, jouer collectif, tisser des liens avec les autres, avoir des amis. S’il veut conjurer le sort du Docteur Strange, reconquérir son passé, le superhéros doit repartir de zéro, ne rien regretter, se foutre du passé.

C’est exactement ce qu’on souhaite au MCU. Des films dont le personnage et son humanité dictent l’enjeu et le ton, plutôt que des megaproductions dépendantes des (super) pouvoirs de chacun noyés dans une propagande visuelle belliqueuse.

Spider-Man: Brand New Day
2h24
En salles le 29 juillet 2026
Réalisation : Destin Daniel Cretton
Scénario : Chris McKenna, Erik Sommers et Justin Kuritzkes, d'après les personnages Marvel Comics créés par Stan Lee et Steve Ditko
Musique : Michael Giacchino
Image : Brett Pawlak
Distribution : Sony Pictures Releasing International
Avec Tom Holland, Sadie Sink, Zendaya, Jacob Batalon, Jon Bernthal, Mark Ruffalo, Michael Mando, Liza Colón-Zayas, Tramell Tillman...