
Faye Dunaway a eu une carrière exemplaire, au moins durant une décennie, celle du « Nouvel Hollywood » : presque chacun de ses films est entré dans l’histoire du cinéma américain. L’hommage à Deauville, où elle a reçu un Icon Award, n’en était que plus logique. Dans un entretien à Vanity Fair, elle se souvient : « Nous avions créé quelque chose de nouveau, qui n’existait nulle part ailleurs. Nous étions nos propres sources d’inspiration. »
Elle débuteen 1966 avec Otto Preminger dans Que vienne la nuit, qui lui vaut un Golden Globe de la Meilleure révélation féminine (catégorie qui n’existe plus). L’année suivante, Arthur Penn, qui a trouvé sa star masculine avec Warren Beatty pour son film Bonnie et Clyde en préparation, cherche la partenaire féminine d’un duo emblématique. Mais les grandes actrices du moment refusent le rôle de Bonnie. En l’incarnant, Faye Dunaway trouve la grande chance de sa vie, et obtient sa première nomination à l’Oscar de la meilleure actrice.
En 1974, c’est son rôle dans Chinatown de Roman Polanski, face à Jack Nicholson, qui lui amène une seconde nomination. Entre temps, elle a brillé dans L’Affaire Thomas Crown de Norman Jewison, Le Temps des amants de Vittorio de Sica, L’arrangement d’Elia Kazan, Little Big Man d’Arthur Penn, La maison sous les arbres de Réna Clément, le diptyque des Trois mousquetaires de Richard Lester…
La troisième nomination sera la bonne. Elle obtient l’Oscar de meilleure actrice avec Network de Sydney Lumet, où elle incarne une femme de pouvoir arriviste et cyique (autant dire jubilatoire) dans une chaîne de télévision. Elle a aussi remporté trois Golden Globes tout en ayant reçu 11 nominations sur quatre décennies (le dernier datant de 1999 pour Gia, avec en vedette Angelina Jolie).
Portrait d’une enfant déchue de Jerry Schatzberg, L’Or noir de l’Oklahoma de Stanley Kramer, La Tour infernale de John Guillermin et Irwin Allen, Les Trois Jours du Condor de Sydney Pollack, Les Yeux de Laura Mars d’Irvin Kershner : elle survole les années 1970, faisant partie des stars les plus bankables et les plus appréciées par les cinéphiles. Etrangement, la chute sera rapide après Le champion de Franco Zeffirelli en 1979. Hollywood a trouvé d’autres reines : Meryl Streep, Sigourney Weaver, Michelle Pfeiffer, ou encore Kathleen Turner.
Le déclin
La moitié des années 80 offre à Faye Dunaway une diversité de rôles où elle brille parfois, mais de façon moins étincelante. Maman très chère de Frank Perry, hélas mal-reçu (elle y incarne l’actrice Joan Crawford), et le splendide Barfly de Barbet Schroeder, portrait douloureux d’une femme sur la pente de l’alcoolisme sont sans doute les seuls à sauver. On peut quand même s’amuser à la voir dans Supergirl de Jeannot Szwarc (en sorcière super-méchante).
Mais entre thrillers médiocres et drames inspides, l’étoile Dunaway palit.
Le cinéma des années 1990 ne l’oublie pas, sans doute auréolée de son prestige passé. Et elle a toutes les audaces. Elle apparaît aidans La Servante écarlate de Volker Schlöndorff, Trois semaines à Jérusalemn d’Amos Kollek, Arizona Dream d’Emir Kusturica, le léger et attachant Don Juan DeMarco de Jeremy Leven, Albino Alligator de Kevin Spacey, L’Héritage de la haine de James Foley, Jeanne d’Arc de Luc Besson, et surtout The Yards de James Gray. Elle s’offre aussi un clin d’œil en jouant la psychiatre de Thomas Crown dans le remake du film qui l’a rendue glamour et populaire.
Plus tard les propositions de cinéma se font naturellement plus rares et pour des rôles plus anecdotiques. On prend toujours plaisir à la voir (Les lois de l’attraction de Roger Avery) mais, quasiment tous ses films tombent dans l’oubli ou sont inédits en dehors des Etats-Unis. Alors on la retrouve plus souvent dans des téléfilms, et même en ‘guest’ de séries (comme Columbo, qui lui fait décrocher un Emmy Award, Alias, Les Experts, Grey’s Anatomy). Au théâtre, qui la révéla au début des années 1960, elle revient en 1996 pour être Maria Callas dans Master Class.
Francophone et francophile

C’est le Festival de Cannes, qu’elle adore fréquenter, jusque dans la salle de presse, qui lui rend un premier hommage symbolique, en faisant de Dunaway son égérie de 2011. S’ajoutent pour l’occasion une projection de la version restaurée de Portrait d’une enfant déchue et une décoration d’officier de l’Ordre des Arts et des Lettres de la part de la France.
« J’ai toujours aimé la France, et les Français, j’ai même étudié le français pendant des années pour pouvoir parler cette langue en France, et partout dans le monde » a-t-elle déclaré en recevant son prix dans la ville normande. « Je suis très heureuse d’être à Deauville. C’est dans des festivals comme celui-ci, ou comme à Cannes, que l’on peut voir les meilleurs films du monde » a-t-elle ajouté.
C’est encore au Festival de Cannes que Faye Dunaway sera de retour en 2024 pour ce qui sera officieusement le film de fin de carrière : le documentaire Faye, un portrait intime, réalisé par Laurent Bouzereau. Pour ce type de docu, on y retrouve bien évidement un montage d’images d’archives et de témoignages de divers artistes avec qui elle a travaillé, mais surtout on y découvre une longue interview réalisée spécifiquement pour le film. Faye Dunaway se raconte sans langue de bois avec sa liberté de ton habituelle. Elle évoque par exemple sa traversée du ‘Nouvel Hollywood’ en tant que femme alors qu’e c’était’il s’agissait d’un mouvement quasiment masculin, elle parle de sa bipolarité, et du passage du temps et qu’avec l’âge les portes se ferment…
2026 est l’annonce d’une surprise : Faye Dunawayest de nouveau à l’affiche d’un film : Prima des frères Luca Morelli et Alessandro Morelli, où elle joue la grand-mère de l’héroïne Nicola Peltz Beckham. Pour la promotion de ce projet Faye Dunaway était de passage au Festival de Venise, avant de fouler les planches de Deauville.
Elle confie avoir été très très chanceuse d’avoir travaillé avec des gens comme Elia Kazan, Arthur Penn, Robert Redford, Jack Nicholson et elle leur est reconnaissante d’avoir joué avec eux dans des films que l’on regarde encore. « Cet hommage est un compliment. Il honore mon travail, un des composants essentiels de ma vie.«
Femme fêlée, elle souligne que « Les femmes que j’ai jouées étaient bien moins vulnérables que je ne l’étais. »
