FICA de Vesoul 2026 : un nouveau cinéma chinois émerge

FICA de Vesoul 2026 : un nouveau cinéma chinois émerge

Le cinéma chinois impose une nouvelle génération de cinéastes qui séduisent au delà de leurs frontières. Cette génération Y est sélectionnéé à Cannes (Bi Gan, Wen Shipei, 36 ans tous les deux), Berlin (Jing Yi, 31 ans, Li Ruijun, 42 ans), Venise (Yuan Qing, 38 ans), Rotterdam (Liang Ming, 41 ans), San Sebastian (Bian Zhuo, 37 ans). Quelques « vétérans » de la génération X réussissent à être diffusés jusqu’en France, notamment grâce à des polars : Le lac des oies sauvages de Diao Yinan, Une pluie sans fin de Dong Yue, Des feux dans la plaine de Ji Zhang… Ils succèdent à la Cinquième génération (Chen Kaige, Zhang Yimou) et la Sixième génération (Jia Zhangke, Wang Xiaoshuai, Lou Ye, Wang Bin…). C’est pourtant un membre de cette sixième génération, Guan Hu, qui avec l’excellent Black Dog (prix Un certain regard à Cannes 2024) est parvenu cette année à être nommé au César du meilleur film étranger, alors que la concurrence était féroce pour seulement cinq places.

Le Festival International des Cinémas d’Asie de Vesoul a programmé un focus pour valoriser les « Jeunes talents chinois ». Une sélection de film avec de nouvelles histoires provenant de différentes régions de l’Empire du milieu.

Gavin Lee, producteur et programmateur en festivals, membre du Jury NETPAC

« Les jeunes cinéastes sont plus largement diffusés grâce à des moyens modernes comme les plateformes de streaming et le développement de l’internet mobile. Il y a plus d’étudiants et de créateurs qui rejoignent le marché, en particulier avec des courts-métrages. Le format court est en pleine expansion. Et puis les plus jeunes et les enfants sont fortement influencés par les contenu étrangers hors de Chine. Il y a une autre vision qui veut raconter d’autres histoires, plutôt que de dire que tout va bien pour les parents ou pour le pays. »

Luisa Prudentino, enseignante et maîtresse de conférence, et co-autrice du livre ‘Le cinéma Chinois: Histoire de la quatrième génération

« Il y a une nouvelle cartographie culturelle : le cinéma devient géographiquement et socialement décentré des grandes villes. Les cinéaste de la sixième génération ont fait des films avec un certain ancrage social et politique. La génération suivante raconte plutôt leurs provinces dont ils sont originaires. Leurs films sont plus centrés sur des états d’âme intérieurs et ils ne dénoncent pas une situation. Ils préfèrent déplacer leur récits vers l’allusion ou le rêve. Ce ne sont plus des films contre le système mais des films à côté, dans ses failles. C’est aussi l’une des raisons de leur meilleur visibilité en Chine. Cette nouvelle génération raconte des histoire de jeunesse, de rapports familiaux, de conflits inter-générationnel, ce n’est plus un cinéma qui cherche à expliquer ce qu’est la Chine, ou qui montrer des révoltes ou des utopies, mais davantage un cinéma qui raconte leurs vies de façon plus personnel.

Ces films illustrent une sorte de désillusion du nouveau millénaire et une jeunesse désorientée. Ils s’interrogent beaucoup sur le sens de l’existence, ce qui le rend plus universel et moins spécifiquement chinois. C’est la grande différence avec la génération précédente. Une autre grande différence c’est un nouveau langage visuel. Avant, le réel et le social primaient. Aujourd’hui on voit surtout une fusion entre le réel et le rêve, on parle de ‘réalisme magique’ qui s’exprime avec une narration plus fragmentée, Bi Gan est un maître dans ce genre. Pour raconter la solitude et la désillusion, un cinéma plus sensoriel est plus adapté que le cinéma ‘d’avant,’ ancré dans la réalité du quotidien. »

Pan Zhixin, enseignant et chercheur, et réalisateur de courts-métrages, membre du Jury Marc Haaz

« L’industrie du film en Chine est progressivement passé d’un système géré et dominé par l’État à un système de production privé avec de nouvelles structures. Cette tendance a conduit à l’apparition de nouveaux festivals de films et à d’autres institutions indépendantes pour diffuser des films. Même si certaines de ces organisations n’ont pas perduré, une grande partie a vraiment permis une meilleure exposition des jeunes réalisateurs chinois.

Il y a une théorie de classification des réalisateurs en génération, ceux de la 5ème génération puis ceux de la 6ème génération, mais c’est désormais terminé. On ne parle plus de génération pour ceux qui ont suivi car cette classification n’est plus pertinente. Les jeunes cinéastes ont plus d’outils et plus de moyens d’expression pour exprimer leur moi intérieur et leurs vues sur le monde. Leurs films sont de plus en plus diversifiés et il est donc devenu plus difficiles de les catégoriser spécifiquement. Il y aussi chez certains un attrait pour une esthétique plus internationale. Ils sont aussi plus cinéphiles car ils ont vu plus de films chinois et surtout bien plus de films du monde entier que leurs aînés.

La réalité est que leur carrière ne peut durer que s’ils ont une reconnaissance ou un succès public. Une des réalités du marché économique fait qu’un film doit gagner un minimum d’argent. La stratégie est de faire des films ‘art et essai’ sans négliger l’aspect commercial, comme, par exemple, en choisissant une star au générique. Par exemple le dernier film de Bi Gan, Resurrection, a pu se produire et ensuite cartinner dans les salles en Chine grâce à la présence de l’acteur Jackson Yee. Lui seul est déjà une promesse de recettes. La plupart des jeunes réalisateurs chinois ont deux souhaits : être diffusés en Chine mais aussi être diffusé à l’international. »

Xu Yidan, réalisatrice-scénariste, et assistante-réalisatrice pour Gloaming in Luomu de Zhang Lu

« Nous n’avons pas assez de ressources financières. Les aides sont très contraintes. Le processus est classique. Commencer par des courts métrages d’abord avant de peut-être s’orienter vers du long métrage. Travailler avec Zhang Lu qui maintient une ligne ‘art et essai’ est passionnant, ce n’est pas vraiment les attentes du marché, plus commercial. On est face a de plus grand défis, car on reçoit moins de ressources et moins de soutien par rapport à d’autres pays d’Europe. Ce qui implique aussi qu’on est plus indépendant. »