The Criminals vs Le virtuose : quel braquage l’emporte?

The Criminals vs Le virtuose : quel braquage l’emporte?

D’un côté un film d’action qui sort le 6 mai, The Criminals (Fuze en vo) du très irrégulier David Mackenzie (Young Adam, Hallam Foe, Les pings contre les murs, Outlaw King). De l’autre, un drame presque romantique qui sera en salles le 27 mai, Le virtuose (Tuner en vo) du documentariste Daniel Roher.

Point commun : dans le premier, un braquage de banque audacieux, dans le second, des braquages de coffres assez safe. Et dans les deux cas, le motif part toujours d’une bonne attention : compenser les injustices d’un système. Si bien que les voleurs ne sont pas forcément « méchants ». Ces deux divertissements obéissent à d’autres règles.

The Criminals est un pur film de casse impossible. On a pris l’habitude de voir ce genre sur les plateformes. Un de ces films à la Guy Ritchie, un peu dopé à la testostérone et au virilisme. Un vieil obus de la Seconde guerre mondiale trouvé dans un chantier, une bande démineurs experts, un groupe de mecs qui profite de l’évacuation du quartier pour aller cambrioler une banque : dès la fin du premier tiers du film, tout est bouclé, sans être bâclé. Un autre film commence : la traque. The Criminals déroule alors un récit sur les mobiles de chacun, et révèle le jeu de dupes. À trop vouloir tout expliquer, le scénario s’enferme dans une spirale infernale qui débouche sur quelques invraisemblances et, surtout, un épilogue didactique inutile.

Tout en tournant un peu en rond, le film fait le job : plaisant, incarné par deux beaux gosses hype (Aaron Taylo-Johnson et Theo James), The Criminals n’a aucune prétention. Il fonce à toute allure, ne lésine pas sur le suspense, et voue une admiration sans bornes pour ces voleurs malicieux. Pas de morale autre que celle d’une revanche des humiliés, exclus ou méprisés sur ceux qui les dominent.

Le Virtuose est d’une autre espèce. Les braquages sont un fil conducteur qui sert de prétexte à l’émancipation d’un jeune homme atteint d’hyperacousie. Cousin de Baby Driver, ce Family Business moderato tend davantage vers le drame romantique que le thriller. Pour son premier long métrage de fiction, le documentariste canadien Daniel Roher change de tempo au fil du scénario, modulant une histoire d’amour compliquée, une série de casses aussi faciles que rapides, et une relation quasiment filiale avec son mentor/employeur/père de substitution (Dustin Hoffman).

Ici, le malfrat est un gentil, presque naïf, qui cherche à faire plaisir à ses proches plutôt qu’à se remplir les poches. Incarné par un sensible Leo Woodwall (déjà remarqué dans le 4e Bridget Jones, le récent Nuremberg et surtout la saison 2 de White Lotus), le personnage se distingue par son oreille absolue (un don idéal pour ouvrir les coffres-forts) et son hypersensibilité au bruit (un fort handicap en milieu urbain).

Et reconnaissons qu’on tombe vite sous le charme malgré les défauts du scénario, parfois répétitif et souvent prévisible. En apparence banal, ce film, qui surligne les émotions et les mobiles de chacun, semble vouloir mixer plusieurs influences : survie, voyous, romance. Et le mélange prend car, étrangement, sans bruit, le film ne ménage pas son héros. D’une violence brutale à une douceur mélodieuse, Le virtuose ne lâche pas ce voleur de riches malgré lui. Le pardon final coule de source.

Alors entre les Criminels avides de diamants et le Virtuose dévié du droit chemin, il est évident qu’on préfèrera l’accordeur de piano aux rescapés d’Afghanistan. Même si, d’un point de vue de l’adrénaline, le film de Mackenzie le supplante largement, c’est bien l’art de la nuance qui fait la différence.