
Erika élève seule ses deux enfants. Sa fille Abigaëlle se persuade que son père, qu’elle n’a jamais connu, l’aime en silence quelque part. Lorsqu’elle se met en tête de le retrouver, Erika se sent obligée de l’aider, tout en cherchant à la protéger. En grandissant, la quête d’Abigaëlle se transforme en obsession, entraînant avec elle sa mère, sa meilleure amie, et tous ceux qui comptent.
Avec Quelques mots d’amour, Rudi Rosenberg revient derrière la caméra onze ans après la charmante et drolatique chronique (un peu cruelle) Le nouveau. Changement de décor avec la banlieue populaire des années 1990 et 2000. À partir d’un pitch maintes fois exploré au cinéma – les relations tendues et attachantes entre une mère et sa fille -, le cinéaste signe une comédie douce, amère et un zeste épicée très touchante.
Hafsia Hazi campe de manière convaincante et naturelle une mère « célibattante », dépassée mais rarement déstabilisée, dans une cité à Sarcelles. Elle essaie de joindre les deux bouts, tout en cherchant à conserver son autorité sur ses deux progénitures, une fille et un fils, issus de pères différents (et largués). Une mère courage des temps modernes au sein d’un trio qui ne manque pas de caractère, avec une fille pas facile et un fils harcelé.

Quelques mots d’amour est un film matriarcal, dans une époque justement retransposée, qui flirte avec le récit social. Mais l’habileté de Rosenberg est de l’entourer d’un vernis, réussi, de comédie pittoresque. Grâce à quelques personnages qui ont de la gueule et du bagout, jusqu’au médecin qui s’improvise psy et qui a la bonne idée de vivre dans le même immeuble, le film s’échappe de cette cellule familiale harmonieuse et dysfonctionnelle.
Chienne de vie
Les dialogues sont percutants, aidés par la bonne tchatche des comédiens, les répliques fusent, et quelques situations virent au burlesque. Même quand elles sont un poil dramatique, comme toutes celles autour du chien abandonné, adopté, et réclamé par ses maîtres originels.
Si le scénario est très classique, parfois répétitif au point de ralentir le rythme ou de diluer l’intrigue à certains moments, Rosenberg sait le réveiller grâce à une cocasserie inattendue ou un tournant imprévu. Ici tout le monde cherche à affirmer sa présence, à exister dans le groupe, mais c’est l’absence du père qui sert de moteur à la narration. Même si la mère est au centre de l’histoire, c’est l’obsession de sa fille, qui cherche à rencontrer ce géniteur idéalisé, qui fait office de carburant.

L’enjeu tient dans cette attente, ce mirage. Il se trouve que rien ne se déroulera comme elle l’espérait. La vérité sera moins merveilleuse, et révèlera l’irresponsabilité et la lâcheté d’un homme. Mais, en parallèle, cette découverte d’un père assez salaud réhabilite la mère. Entre temps, cette quête aura bien déréglé le trio familial, tout en nous faisant largement sourire.
Car, pour ne pas sombrer dans un réalisme sordide, Rudi Rosenberg y ajoute une pincée de paradoxes savoureux (ici les conseils des uns et des autres sont aussi bien intentionnés qu’inefficaces) et d’empathie sincère pour éviter le pathos et la surdramatisation. Feel-good, Quelques mots d’amour est une jolie et joyeuse déclaration aux familles monoparentales et à ces mères un peu précaires et souvent seules au milieu des tempêtes sentimentales ou émotionnelles.
Quelques mots d'amour
Festival de Cannes 2026. Un certain regard.
1h47
En salles le 28 octobre 2026
Réalisation : Rudi Rosenberg
Scénario : Rudi Rosenberg en collaboration avec Bruno Tracq
Musique : Yom et Chapelier Fou
Image : Éric Dumont
Distribution : Ad vitam
Avec Hafsia Herzi, Nour Salam, Ella Bedoucha, Aïdan Djouadi, Mateo Danila, Charlie Lugassy, Eden Sarfati, Paulette Chetrit, Jacques Sebban, Stephan Chargebœuf, Jean-Pierre Lahmi...
