Cannes 2026 | Sanguine : des corps et des larmes

Cannes 2026 | Sanguine : des corps et des larmes

Margot rêve de devenir médecin depuis toujours. Alors qu’elle peine à tenir le rythme infernal du service des urgences dans lequel elle effectue ses premiers pas, la jeune interne accueille des patients de son âge avec des symptômes troublants. La récurrence de ces cas exceptionnels l’interroge, d’autant qu’elle observe, sur son propre corps, des manifestations de plus en plus inquiétantes…

Sanguine a ceci de particulier d’être contenu dans deux parenthèses : une séquence d’ouverture de comédie gore, puis une séquence de conclusion satirique, encadrant un cœur de film qui se déroule essentiellement dans un hôpital sur un ton bien plus sérieux. Margot (Mara Taquin), jeune interne peu sûre d’elle, arrive dans un grand hôpital pour se former au travail des urgences sous la direction d’une médecin très exigeante (Karin Viard). Les consignes sont simples autant que difficiles : traiter le plus de patients possible chaque jour, détecter au plus vite les bons symptômes, prescrire les bons examens, délivrer le bon diagnostic — et tout cela en un minimum de temps, dans des urgences saturées. Un classement des internes selon le nombre de cas traités sanctionne la performance. Margot a les connaissances, mais elle est aussi celle qui traite le moins de patients ; elle risque d’être exclue du service. Et au milieu de ses problèmes avec les patients et avec ses collègues, elle en a un autre, bien plus inquiétant : son corps est affecté par un phénomène étrange qui laisse d’énormes taches de sang et des marques sur sa peau.

Vous êtes médecin ou vous êtes malade, Margot ?

Lorsque Margot se découvre en train de suer littéralement du sang, et que des éruptions cutanées apparaissent sur plusieurs zones de son corps, elle craint d’abord que ses collègues s’en aperçoivent, avant de s’inquiéter pour sa santé. Elle va peu à peu réaliser que ses symptômes étranges ressemblent peut-être à ceux de certains patients venus aux urgences. On suit alors sa trajectoire vers un double apprentissage : celui de l’exercice de la médecine aux urgences, et celui d’une recherche médicale sur elle-même, dans sa chambre.

Body-horror

Deux réalisatrices françaises sont parvenues, par la qualité de leurs films, à relancer une tendance du body-horror dans le cinéma fantastique — avec un impact d’ailleurs plus grand à l’international que dans nos salles : Julia Ducournau a présenté Grave puis Titane à Cannes (Palme d’or) et Coralie Fargeat avec Revenge et The Substance (à Cannes, puis aux Oscars). Ducournau comme Fargeat ont fait des émules, et il est désormais plus facile de produire et distribuer un film de genre dans leur sillage. Cette année, Saccharine de l’australo-américaine Natalie Erika James s’inscrit dans cette lignée (en salles le 3 juin).

En séance de minuit cette année à Cannes, Sanguine est un premier film dont l’attente est grande. Autant le dire directement : il ne provoque pas autant de sensations que Grave ou The Substance. Pour autant, on se réjouit de voir une nouvelle réalisatrice s’emparer du genre, et on espère retrouver Marion Le Coroller dans quelques années avec un second film plus viscéral.

Le sang c’est juste la première étape.

La thématique du body-horror fonctionne ici comme une métaphore de la surcharge de travail et du burn-out. Le film perturbe à la fois sur le fond — l’évolution de plus en plus inquiétante de la peau, montrée en très gros plan — et sur la forme, avec certains choix de cadrage étranges, un abus de plongées et contre-plongées sans justification évidente. Quelques images font un clin d’œil un peu forcé aux aînées. L’atout de Marion Le Coroller est qu’elle n’hésite pas non plus à montrer frontalement plusieurs scènes choc – et c’est tant mieux. Enfin, Mara Taquin trouve là un rôle qui révèle une nouvelle fois la grande actrice qu’elle est, un rôle dans lequel elle se livre corps et larmes.

Sanguine
Cannes 2026. Séance de minuit.
1h43
Sortie en salles le 28 octobre 2026
Réalisation : Marion Le Corroller
Scénario : Marion Le Corroller, Thomas Pujol
Image : Guillaume Schiffman
Musique : Rob
Distribution : ARP
Avec Mara Taquin, Karin Viard, Kim Higelin, Sami Outalbali, Sonia Faïdi