Cannes 2026 | Coward, la gay guerre de Lukas Dhont

Cannes 2026 | Coward, la gay guerre de Lukas Dhont

Le jeune soldat Pierre veut faire ses preuves sur le front pendant la Première Guerre mondiale. Derrière les lignes, il rencontre Francis, chargé de remonter le moral des troupes.

La Première guerre mondiale a été tellement filmée par le cinéma qu’il est difficile de renouveler le genre. Pourtant Lukas Dhont s’est attaqué aux tranchées, mais sous un angle un peu décalé. Durant la première heure de Coward, le cinéaste reste sur des sentiers balisés, en suivant le visage (monoexpressif) d’un jeune et joli minet, Pierre, (Emmanuel Macchia) : scènes de guerre et ses carnages (ciel gris ou nuit), quotidien et routine (ciel ensoleillé), moments intimes (lumière chaude et sensuelle). Cet aspect très classique et si peu original, dans un univers purement masculin, est entaillé par le personnage de Francis (Valentin Campagne, qui vole toutes les scènes), débarquant déguisé en femme et simulant un accouchement à la cantine.

La queerness de Dhont suffit-elle à rendre Coward singulier? Malheureusement non. Pour plusieurs raisons. Tout d’abord, parce qu’il se trompe d’histoire. Dès que Francis surgit à l’écran, puis monte une troupe de spectacle pour divertir les soldats sur le front, on sait que le réalisateur n’a pas choisi le bon mec. Certes, Macchia et son côté twink – gueule d’ange séduira peut-être plus que le visage anguleux de Campagne. Mais ce dernier dévore chacun de ses plans et donne au film une lumière particulière. Fils de tailleur qui découvre les joies de la scène et des rires qu’il provoque, il en vient à espérer que cette guerre ne finisse jamais, pour ainsi échapper à son destin prédéterminé (époux, père, héritier de la boutique). Cette fatalité qui va l’empêcher de vivre ses rêves est ce qu’il y a de plus touchant.

Les petites illusions

Autant les tranchées on a déjà donné, autant, hormis une séquence culte de La grande illusion, la tournée « drag » de ces militaires éclopés travestis, semblait un sujet en or. Une tournée burlesque à la Amalric! Que nenni. Cette guerre prend décidément trop de place dans un film qui assume tardivement son genre, le mélo. Mélo romantique difficilement amené tant la relation amoureuse est très pudique et les événements très épisodiques. Le film est comme Pierre, tout en retenue. Trop retenu même. Tout comme il ne veut pas regarder frontalement ce qui l’intéresse. Macchia s’épanouit davantage dans la dernière partie. À l’instar de son personnage, mal à l’aise dans l’uniforme, il paraît plus humain et plus expressif en civil. Il ose une déclaration d’amour, a l’audace de sauver son homme des pattes d’un supérieur prédateur et harceleur. En gagnant en courage, après avoir tenté de faire bonne apparence au milieu de ces hétérotes-patriotes, le personnage nous laisse moins sur le côté.

Les films de Dhont évoque toujours des choix cruciaux, de ces décisions d’une vie. Un changement de sexe, le suicide, et ici faire la guerre ou déserter. Qu’est-ce qu’être lâche? Celui qui abandonne le front, à tous prix, ou celui qui renie ses rêves? Qu’est-ce que le courage? Celui qui est prêt à sacrifier son corps ou celui qui assume sa différence?celui qui distrait pour faire oublier les horreurs ou celui qui est fier de vivre en enfer? Entre le chagrin et la peur, les frôlements et l’éloignement, la lâcheté comme le courage se glissent subrepticement dans les interstices de nos consciences. Bien malin celui qui jugera le lâche du courageux entre Pierre et Francis, dans un contexte dramatique (une guerre, l’homophobie, etc).

Mais que cela est contruit, surligné, trop bien appliqué. Le réalisateur en oublie l’émotion. À trop vouloir démontrer, il se regarde filmer, jusqu’à plagier la scène mythique des Chariots de feu sur la plage. Les quelques scènes de rapprochement/déchirement des deux hommes sont assurément les mieux écrites : le rasage d’une jambe jusqu’en haut de la cuisse, un premier baiser dans le grenier, à quatre pattes, une première sauterie qui finit manuellement, des retrouvailles tendues. Pourtant, rien ne s’en dégage – ni érotisme, ni sensualité – de ces belles illustrations bien filmées. Toutes ces passions masquées et costumées, sont maintenues à la surface. Heureusement, Coward n’est pas tragique. Et c’est sans doute là le plus grand courage du réalisateur.

Coward
Festival de Cannes 2026. Compétition
2h
Réalisation : Lukas Dhont
Scénario : Lukas Dhont, Angelo Tijssens
Image : Frank van den Eeden
Musique : Valentin Hadjadj
Avec Emmanuel Macchia, Valentin Campagne, Jonas Wertz...