Cette année, le Forum des images à Paris a accueilli la 9ème édition des rencontres documentaires et animations, présentées par la NEF Animation (Nouvelles Écritures pour le Film d’Animation), qui fête ses 10 ans.
Le cinéma d’animation nous montre une nouvelle fois sa capacité à aborder le réel. Aux sujets politiques et sociaux, à la rencontre de l’intimité et de l’autre, chacun des projets présentés cherche à partager et engager la discussion. L’animation exploite la complexité et la réalité de ces sujets en apportant des nuances et des images qui marquent le propos.
Autour de rencontres, de débats, de projections et de présentations de projet, cette 9ème édition montre comment le cinéma d’animation s’empare du réel et continue d’aller vers de nouveaux horizons.
Des secrets de famille
Bastien Dubois, réalisateur de films d’animation, et Mariana Otero, réalisatrice, ont lancé ces rencontres. Animée par Carole Desbarats, le débat s’ouvre autour de la notion du secret. Pour les deux réalisateurs, cette notion s’installe autour de leur famille marquée par un silence, une peur ou l’envie d’oublier.

Bastien Dubois confie son envie de comprendre et connaître le vécu de son grand-père lors de la guerre d’Algérie. Autour des non-dits et de réactions furtives, il raconte les scènes qu’il s’imagine,y compris les plus gores. Mais il avoue également sa difficulté à aborder le sujet et à obtenir des informations de la part de son grand-père, de sa famille ou de tiers.
Que s’est-il passé ? Qu’a-t-il pu faire ? Ces questions, Bastien Dubois se les pose et les partage aux spectateurs dans son court métrage Souvenir Souvenir. Toute la narration tourne autour du secret de cette histoire, du vécu de son grand-père. Entre d’infimes informations, quelques anecdotes et les fabulations d’un jeune homme n’ayant pas connu la guerre, ce court métrage exploite un récit qui montre une réalité cruelle, l’atrocité de la guerre et comment elle marque les générations d’après.
Mariana Otero, avec son film Histoire d’un Secret, dévoile un secret longtemps gardé autour de sa mère. À trente ans, elle apprend la vérité sur le décès de celle-ci, du à un avortement clandestin.
Suite à un tel bouleversement dans sa vie, une marée de questions résonne chez elle. C’est alors que naît le projet d’un film, un film qui raconte une histoire cachée par la honte, la culpabilité et l’ignorance autour de l’avortement. Une véritable rupture pour la réalisatrice par rapport aux films qu’elle avait fait jusqu’ici. La réalisatrice ne pouvait pas rester derrière la caméra. Aussi joue-t-elle le rôle de la passeuse pour transmettre et raconter cette histoire.

Le sujet tabou n’est finalement abordé qu’à la fin. Le secret dure le plus longtemps possible. Le mystère s’installe autour des tableaux, des souvenirs qui refont surface et la rétrospective qui s’opère autour de sa mère.
Le documentaire comme moyen d’expression
Les deux réalisateurs, pendant cette rencontre, s’interrogent autour de leurs expériences personnelles. Ces récits partagent une partie de leur intimité et vont chercher d’une certaine manière à raviver la mémoire de ces personnes qui leur sont chères, mais principalement à montrer leur point de vue sur ce qu’on ne dit pas et les conséquences de leur révélation.
Ils embarquent ainsi les spectateurs dans leur questionnement, leurs incompréhensions et leur curiosité en transmettant une part d’eux-mêmes.
