Le Festival Sœurs jumelles est un agrégat de films, documentaires musicaux inédits, concerts et DJ mix, rencontres artistiques et rencontres professionnelles. Rochefort, comme une grande partie de l’Europe, a du s’adapter à une chaleur caniculaire (au dessus de 40 degrés celsius), avec peu de lieux climatisés (quand la climatisation ne lâchait pas) et un urbanisme très minéral (qui n’a pas beaucoup changé depuis le film de Jacques Demy, Les demoiselles de Rochefort).
La transition écologique s’est logiquement imposée comme un des sujets phares des « keynotes » du festival co-fondé par la productrice et actrice Julie Gayet. Que ce soit pour la musique (tournées) ou le cinéma (tournages), les solutions se mettent en place pour limiter l’empreinte carbone. Mais tout le système est à revoir : deux tiers des français vont au cinéma en voiture (tout comme à Rochefort pour venir voir Vanessa Paradis ou Charlotte Cardin), les trois quarts de l’empreinte carbone en musique sont liés aux outils (smartphones, platines, disques vinyles à base d’énergie fossile). On peut toujours arrêter le plastique, les tickets, le cellophane, cela ne suffit pas.

Tant pis pour nous
Juliette Vigoureux (experte écologie et cinéma) et Natacha Krantz (Universal Music France) ont bien conscience des limites et des freins, économiques comme culturels, pour éveiller les consciences et modifier les comportements. La Chambre Syndicale De l’Edition Musicale (CSDEM) a publié une charte des bonnes pratiques environnementales pour le secteur de l’édition musicale. Certains artistes imposent des règles éco-responsables (fabrication, clips, concerts). Mais rappelons que la dernière tournée de Taylor Swift a explosé les émissions de CO2 durant un an. Et ne parlons pas des tours promotionnels internationaux des récents blockbusters américains.
On pourrait croire que la mauvaise réputation d’un artiste ou d’un producteur « écocide » suffirait à changer l’orientation de certains projets gourmands en carbone. Mais souvent la communication autour de ce genre d’opération de développement durable est perçue comme du « greenwashing » (à raison le plus souvent). On ne compte plus les remarques acerbes sur ces stars « écolo-friendly » qui ont un train de vie peu vertueux pour la planète.

Par ailleurs, soyons honnête, le public se fiche aussi de l’impact écologique, aussi bien des tournées musicales que de la production et du marketing des films. La motivation d’aller vivre une expérience populaire, en concert ou en salles, est plus forte que la conscience écologique.
Mon récit, mon envie, ma lubie
Aussi, comme le souligne Juliette Vigoureux, il faut avant tout modifier les représentations du succès (moins de vroum vroum, plus de slow life) et de la réussite (moins de bling bling exotique, plus de coopération) dans les récits.
Elle a ainsi vanté le programme CUT (Cinéma Uni pour la Transition), créé il y a trois ans par Jérémie Rénier. L’idée est d’aller frapper les consciences et l’imaginaire des spectateurs. Dans la même lignée, il y a quatre ans, Marion Cotillard, Cyril Dion et Magali Payen avaient lancé Newtopia, une société de production visant à imaginer un futur écologique et juste, en opposition au modèle porté par Hollywood afin de de « gagner la bataille culturelle ». Aucun projet n’en est sorti.
Ce n’est pas le cas avec CUT. Sous la direction de Julie Amalric, le collectif va donner une carte blanche à douze cinéastes, pour tourner en septembre dix courts métrages dont la compilation pourrait être diffusée au prochain festival de Cannes. Chaque court devra montrer « Un demain désirable, juste et soutenable pour tout le monde ».
Pas la peine de culpabiliser : avec ces vagues de chaleur régulières, on ne saurait trop vous recommander d’aller dans une salle de cinéma climatisée, même en voiture. D’autant qu’un autre sujet très préoccuppant pour l’environnement s’est invité au festival : l’intelligence artificielle, utilisée en musique comme en cinéma consomme beaucoup d’eau et d’électricité. Et contrairement au cinéma, à la musique ou à l’édition, l’IA n’a pas amorcé la moindre charte, le moindre guide, la moindre réflexion sur son impact environnemental.
