Annecy 2026 | La Violoniste, une ode à la musique en temps de guerre

Annecy 2026 | La Violoniste, une ode à la musique en temps de guerre

La musique comme moyen de nous réunir

Présenté au Festival international du film d’animation d’Annecy 2026, La Violoniste a remporté le cristal du long métrage. Une récompense plutôt inattendue (fraîchement accueillie dans la presse, Télérama en tête, et qui divise jusque dans ces colonnes) pour cette coproduction entre Singapour, l’Espagne et l’Italie, qui propose un récit centré sur la mémoire de deux violonistes, Fai et Kai, au coeur de la guerre et de l’occupation japonaise.

Fai est une jeune violoniste qui étudie depuis son plus jeune âge le violon à Hong Kong . Elle rencontre Kai, un jeune enfant de son âge orphelin des rues. Il est recueilli par Ying Jie, la domestique de la famille de Fei, qui l’emmène vivre dans la maison où elle travaille. Son talent exceptionnel pour le violon est rapidement remarqué, ce qui marque le début de son amitié avec Fei.

C’est sur ce point de départ que Ervin Han et Raúl García construisent une histoire qui interroge la mémoire, la nostalgie, et l’importance de la musique en temps de guerre.

Tout au long du film, nous suivons leur histoire d’amour et la manière dont la musique nous accompagne dans les moments les plus difficiles de l’existence. La musique est au service de notre mémoire et de nos liens.

Co-réalisation entre un animateur et un réalisateur

À l’occasion de la présentation du film à Annecy, nous avons rencontré l’un des deux réalisateurs du film, Raul Garcia, un animateur espagnol ayant travaillé au cours de sa carrière sur des courts métrages d’animation chez Disney. Raul Garcia enseignait l’animation au Lasalle college Art à Singapour, et c’est là qu’il a rencontré Irvan Han qui venait de créer son studio d’animation. L’ambition de créer quelque chose ensemble s’est rapidement imposée.

« Nos approches étaient parfaitement complémentaires. »

Irvin réalisait alors plusieurs courts métrages et parmi eux figurait The Violin. Ce film est devenu la véritable graine du long métrage. Les deux cinéastes partageaient une fascination pour la beauté du violon, si bien que le projet d’en faire un long métrage ensemble a émergé. 

L’ambition première était de raconter une histoire humaine : comment, en temps de guerre, nous désamorçons l’hostilité que nous ressentons à travers autrui. Cette admiration transparaît dans le film lorsque Fei souligne que le violoncelle est l’instrument dont la sonorité se rapproche le plus de la voix humaine.

Recherche d’authenticité

Raúl García apporte son expertise de l’animation traditionnelle acquise chez Disney, tandis qu’Ervin Han vient avant tout de l’écriture et du cinéma indépendant singapourien. Il y a chez eux la recherche d’un équilibre entre plusieurs traditions de l’animation. Pour le cinéaste singapourien, les influences asiatiques et japonaises dominent. Le cinéaste espagnol, lui, revendique un héritage occidental “qui ne se limite pas au style Disney mais s’inscrit aussi dans une tradition européenne. Notre ambition était de créer une identité visuelle située entre ces différentes cultures”, explique-t-il.

De mon côté, je m’intéressais davantage aux personnages : leurs émotions, leurs motivations et leur crédibilité. Irvin pouvait passer beaucoup de temps à vérifier qu’une bouteille devait être en terre cuite parce que c’était le matériau utilisé en 1932, tandis que moi, je tenais à ce que les musiciens jouent réellement comme de véritables violonistes. »

La musique au coeur du récit

Selon Garcia, la bande originale repose sur trois univers : un thème principal qui accompagne les personnages, une musique plus proche du film d’espionnage pour les séquences liées à la guerre et les œuvres interprétées à l’écran par les personnages, avec des partitions de Mendelssohn,

« La musique possède une force unique pour aider les êtres humains à surmonter les épreuves. »

L’objectif de l’oeuvre était avant tout de raconter une histoire d’amour, d’amitié, de guerre mais aussi de résilience. 

Nous voulions montrer le pouvoir de la musique. Elle possède une force unique pour aider les êtres humains à surmonter les épreuves, à guérir et à exprimer des émotions qu’aucun autre langage ne peut traduire. C’est cette capacité de la musique à soutenir, à consoler et à réunir les êtres que nous voulions mettre en avant.”

Le film résonne également de manière inattendue avec notre époque. Bien qu’il se déroule il y a près de quatre-vingts ans, il fait écho à de nombreuses situations que connaît aujourd’hui le monde.

Propos recueillis par Alexandre Le Gal

Fiche technique
La Violoniste (The Violinist) de Ervin Han et Raúl García (2026)
Durée : 1 h 54
Pays : Singapour, Espagne, Italie
Scénario : Ervin Han, Jordan K. See
Musique : Ricky Ho, Isabel Latorre
Direction artistique : Ru Wei Ong
Montage : Elaine Chan
Animation : Wendy Li
Festival international du film d'animation d'Annecy 2026 - Cristal du long métrage