Ressortie | Les Autres (The Others) : Nicole Kidman ensorcellante dans ce bijou d’Alejandro Amenabar

Ressortie | Les Autres (The Others) : Nicole Kidman ensorcellante dans ce bijou d’Alejandro Amenabar

Grace élève ses deux enfants dans un manoir un peu décrépi. Son mari n’est jamais revenu de la seconde guerre mondiale.
Ses enfants, Anne et Nicholas, ont cependant un « petit » problème. Ils doivent continuellement vivre dans le noir car ils sont allergiques à la lumière. Mortellement allergiques. Trois personnes se présentent alors pour devenir ses domestiques: une nounou agée, un jardinier aux vieux os et une petite fille muette. Quand un jour Grace surpend sa fille Anne en train de parler à des gens que personne ne voit…

Les Autres (The Others) ressort en salles pour son 25e anniversaire. Entre temps, Nicole Kidman a abusé de chrirurgie esthétique (et revient au cinéma avec la suite des Ensorceleuses, sorti il y a une semaine) et le réalisateur Alejandro Amenabar s’est lentement fait oublié après avoir conquis le monde avec ce film, puis Mar Adentro et le sous-évalué Agora en 2009.

Quand Les Autres arrive en salles en 2001, rien ne semblait prédestiné ce film à un succès culte (auréolé de 7 Goyas, dont celui du meilleur film). Mais un peu de publicité people a placé les projecteurs sur ce modeste film de genre d’un cinéaste espagnol. Tom Cruise est un des producteurs exécutifs du film et Nicole Kidman l’actrice principale, de quoi provoquer une avant-première médiatique autour du couple marié depuis onze ans. Or, cette semaine-là, les deux stars annoncent avoir finalisé leur divorce.

Même avec ce détail croustillant, qui aurait parié sur un film au scénario original, avec une femme en seule tête d’affiche, réalisé par un étranger? Certes Kidman a brillé dans un film au début de l’été (Moulin Rouge, 60 millions de $ de recettes aux USA). Mais, sorti en plein été en Amérique du nord, Les Autres doit faire face au 3e Jurassic Park, aux suites d’American Pie et de Rush Hour… Et quand il sort en France fin décembre, il doit affronter les premiers volets d’Harry Potter et du Seigneur des Anneaux.

Succès inespéré

Pourtant, Les Autres va être un succès : 210M$ de box office mondial. En France, il séduit 1,6 million de spectateurs. En Espagne, il cartonne avec 6,4 millions d’entrées. Aux USA, il frôle la barre des 100M$ de recettes. Le tout avec un budget de 17M$. Il faut dire que le marketing est habile. Plutôt que de le vendre comme un film d’horreur, le distributeur joue plutôt la carte du Sixième sens. Plus pyschologique qu’effrayant.

Alejandro Amenábar signe son premier film en anglais. On l’a découvert avec des drames originaux et déconstruits, un tant soit peu barges, comme Thesis, Ouvre les yeux (avec Penelope Cruz). Il a notamment révélé l’acteur Eduardo Noriega. Il a aussi écrit l’histoire de Vanilla Sky, remake d’Ouvre les yeux de Cameron Crowe, avec Tom Cruise et, de nouveau, Penelope Cruz, qui sort simultanément à Les autres. Amenábar est un des jeunes réalisateurs les plus prometteurs du nouveau cinéma espagnol, soignant ses cadres, sa lumière, son montage et racontant des histoires toujours plus horribles les unes que les autres, à propos de la solitude et de l’isolement, de la paranïa que cela entraîne. C’est un réalisateur qui met la psychologie au coeur des émotions. Les autres est une œuvre noire et profonde sur le déni de la mort. Le film, s ‘il prend place sur une île anglaise, a été tourné en Espagne, à Santander, au El Palacio de Hornillos.

Une star en pleine ascension

Bien sûr, il bénéficie de l’atout Nicole Kidman. Après l’australien Luhrmann, avant le danois Von Trier, elle assoit ainsi sa dimension d’actrice en marge et de star de toutes les audaces. Cet élan qui nous la fera tant aimée s’interrompera vers 2006, quand ses choix se feront trop nombreux et moins exigeants. Mais à ce moment là de sa carrière, elle a du flair. Le surnaturel hante le cinéma de l’époque, comme pour compenser l’absence de spirituel dans notre monde matériel. Les autres poursuit cette veine et s’inscrit dans les films de fantômes.

« Je ne crois pas que Dieu ait créé le monde en 7 jours. Ou que tous ces animaux soient montés sur un seul bateau…« 

Celui-ci est habile. Construit à partir d’un récit solide, sur une idée astucieuse, dans le cadre d’un enfermement à huis-clos, avec des dialogues qui permettent de décoder la vérité (le dénouement) et une mécanique bien huilée où la surenchère accroit nos frayeurs.

Car le mystère s’installe dès le départ avec un hurlement cauchemardesque, un démarrage qui appelle une explication…. à la fin du film. Parsemé d’indices, le script nous envoie de l’autre côté d’un miroir. Trois personnages, trois femmes, nous inquiètent. Les trois semblent coupables, cachant un secret. Les trois paraissent folles et deviennent ennemis : la fille, la mère et la gouvernante. « La plus dure à convaincre sera la mère« . De fait.

La mort leur va si bien

Nicole Kidman se livre à une performance éblouissante entre fragilité et détermination délirante. En incarnant cette femme au bord de la crise de nerfs à la perfection, elle prouve à travers chacun des gros plans focalisés sur son visage, la tension, les nuances, la folie qui la foudroient. On la croit victime, responsable et coupable, parano, traquée, piégée dans son cauchemar (son « purgatoire« ); elle est tout cela. Chacune de ses certitudes s’écroule. Elle aura beau serré son chapelet ou sa croix, s’accrocher à la Bible, rien n’y fera. La vérité est ailleurs.

Ces trois femmes jouent à se faire peur. Elles essaient de convaincre l’autre. Qui dit vrai? Les fantômes n’existent pas (« des fables« )? Il n’y a pas d’intrus dans la maison? Dans ce jugement final, où la seule justice est d’être hantée par sa vie et ses péchés, il n’y a pas de morale. Juste des circonstances atténuantes. Le château « hanté » devient alors l’antichambre de la vie éternelle.

Déni et deuil

La force du film réside bien dans la maîtrise du sujet et son infaillible scénario. Jamais le cinéaste ne s’égare. Son suspens ne sert qu’à démontrer ce qu’on apprendra lors du final. On est plongé dans l’esprit fragmenté d’une veuve qui ne s’avoue pas la vérité, et qui ne savoure plus la vie.

Au fond, ce thriller psychologique terrifie surtout parce que les personnages sont banals, sans excès apparents. La peur est froide. Il n’y a pas de sang. À peine une menace fantôme. En fait, l’horreur s’infiltre en nous lorsqu’on devine pourquoi cette femme a crié un beau matin d’après guerre. Insupportable et dévastatrice révélation…

Sans effets spéciaux, le film atteint finalement son but : nous surprendre (et même quand on a beau savoir, le film reste troublant). Il suffit de revoir l’histoire en fermant les yeux. La maison des esprits dévoile une beauté plus étrange, mais toujours intacte.

Les autres (The Others)
2001
1h44
En salles le 26 décembre 2001. Ressortie le 16 septembre 2026.
Réalisation et scénario : Alejandro Amenábar
Scénario : Alejandro Amenábar
Musique : Alejandro Amenábar
Image : Javier Aguirresarobe
Avec Nicole Kidman, Fionnula Flanagan, Christopher Eccleston, Alakina Mann, James Bentley, Eric Sykes, Elaine Cassidy...