
Peter, organisateur de soirées branchées à New York, mène une existence aussi effrénée qu’insouciante, rythmée par les nuits festives et les excès. Sa vie bascule lorsqu’Arlo, le fils de 10 ans dont il ignorait l’existence, frappe à sa porte. Dépassé par ce rôle de père qu’il n’avait jamais envisagé, il est rapidement conquis par le charme et la spontanéité de l’enfant. Au fil du temps, un lien aussi inattendu que profond se tisse entre eux, et Peter découvre enfin qu’il existe une vie au-delà de la prochaine fête.
Premier long métrage de l’acteur et scénariste ouvertement gay Jordan Firstman, Club Kid est une « dramedy » new yorkaise plaisante autour d’un trentenaire « single », « party boy » et « addict » qui se retrouve avec un pré-ado « smart » dans les pattes.
Un an après Pillion qui revisitait frontalement la rom-com en dom-rom-com, avec brio, Club Kid parait finalement très timide. Sans aucun doute à cause de l’absence dy fameux humour british, auquel s’est substitué ici une forme de puritanisme états-unien.
Ce film, aussi agréable soit-il, paraît surtout très en deçà de ce que peuvent offrir les séries sur le même thème : l’adoption par une personne ou un couple LGBTQ+. Au choix, Six Feet Under (2001), Modern Family (2009), The Fosters (2013), Miguel (2018), Fiertés (2018), Transparent (2019), Lost Boys & Fairies (2024), Papa(s) (2025), et cette année l’audacieux Proud.

Rien de bien neuf sous le drapeau arc-en-ciel. Ce manque d’originalité autour de la famille choisie affaiblit le scénario. Néanmoins, le charme opère pour de multiples autres raisons.
Let’s Dance
Jordan Firstman filme de manière bien plus pertinente la communauté queer de Brooklyn et la vie nocturne « sexe ,drogues et X-Pop ». Cette virée insomniaque offre les plus beaux moments du film, ceux où l’esprit de liberté souffle fort. Drags, bis, trans, gays, lesbiennes se mélangent dans un fatras de joie et d’engueulades, de bitcheries et de de câlins.
Le jour, la vie est moins belle. Et le récit plus banal, incapable d’être incarné par ses rôles secondaires : une amie-associée qui le trahit (Cara Delevingne en monojeu), un coloc envahissant censé amené de la dérision (Eldar Isgandarov, amusant), une voisine étrange, … Et que dire de ce psy craquant qui n’a rien d’autre à offrir que sa présence suave et sexy (Diego Calva, tellement sous-exploité qu’on s’interroge sur les motifs de sa présence au générique).

Entre chien et loup, appartement et boites de nuit, before et afters, Firstman parvient cependant à insérer son intrigue : de son unique expérience sexuelle avec une femme anglaise dans une backroom, est né un garçon. La mère défunte laisse à sa meilleure amie le soin de l’amener à son géniteur, qui n’a ni la vie, ni l’étoffe d’un père.
La confrontation (générationnelle, culturelle et existentielle) entraîne le film dans une sorte de mélo assez classique, sans crise réelle, et sans trauma palpable. Tout au plus, le géniteur, parfois maladroit, prend conscience de ses responsabilités dans une sorte de cyclone où les ennuis s’enchainent. Le contraste est saisissant avec les séquences nocturnes : Club Kid s’assagit tellement qu’il ne produit plus aucune émotion particulière.
Father Figure
Au moins le duo Jordan Firstman (en trentenaire dépassé) / Reggie Absolom (en gosse idéal) produit une alchimie attachante. Mais en n’explorant aucune piste parallèle (son couple empêché avec Calva, ses liens abimés avec Delevingne) ou en ne déviant jamais de sa tonalité (le film n’ose ni la comédie ni la tragédie), il obstrue toute tentative de sortir de ses rails et s’enlise doucement vers un mélo aussi convenu que prévisible.

Tout est alors fait pour nous toucher, jusqu’à imaginer une série de petits rebondissements agrémentés d’un suspense pour mieux faire battre nos cœurs. Et surtout pour permettre au « héros » des soirées décadentes de se racheter de tous ses péchés et de tous ses vices. Rentrer dans le rang plutôt que de se rebeller. Abandonner le sexe, les deals, les nuits blanches et les gueules de bois pour se métamorphoser en employé serviable, père respectable, new yorkais fréquentable. Sobre et fidèle. La fête est finie. On passe ainsi du mix Ecsta/MD au doliprane/citrate puis au xanax.
Cette morale très conformiste, et très appuyée, n’empêche pas Club Kid de séduire. Mais, à bien y regarder, le père et le fils semblaient bien plus heureux quand ils menaient une vie hors des sentiers battus, résistante à l’air ambiant par des sons vibrants, au milieu des créatures de la nuit.
Club Kid
Festival de Cannes 2026. Un certain regard.
2h06
En salles le 4 novembre 2026.
Réalisation et Scénario : Jordan Firstman
Musique : Cristobal Tapia de Veer
Photographie : Adam Newport-Berra
Distribution : Metropolitan
Avec Jordan Firstman, Cara Delevingne, Diego Calva, Miss Benny, Reggie Absolom, Eldar Isgandarov...
