Juliette, 30 ans, semble avoir tout pour elle : un poste prestigieux dans la finance, une belle maison, une vie rythmée par les voyages et les amours de passage. Lorsqu’elle est agressée par un collègue, son monde s’effondre. Juliette s’engage alors sur un nouveau chemin pour redonner un sens à sa vie.
Il y a toujours quelque chose d’attachant dans les films de Robert Guédiguian. Une femme aujourd’hui ne fait pas exception. Avec un récit dans l’air du temps, entre affaire #metoo et quête de sens, le cinéaste continue de saisir le pouls de notre société désillusionnée tout en tendant vers un horizon optimiste.
Sous le ciel bleu de Marseille, entre cités populaires apaisées et quartiers d’affaires de verre et de bétons, musées contemporains en bord de mer et zones résidentielles cossues, Guédiguian trottine avec son héroïne dans un monde cruel et égoïste.
Quelques fulgurances
Malheureusement, Une femme aujourd’hui semble parfois aussi perdue que le scénario. Le récit prend du temps à s’installer. Il souffre d’une vision assez manichéenne et simpliste d’un monde où le travail (qui plus est dans la finance) serait juste aliénant et où la famille resterait le seul refuge au bonheur. La bascule de l’intrigue, et la compréhension des enjeux, intervient trop tardivement.

Cela n’empêche pas le réalisateur de nous séduire avec quelques jolies scènes, touchantes ou cocasses. Une danse avec l’oncle au milieu de la famille, le père renversant le violeur en scooter, l’émotion de la mère (Ariane Ascaride, toujours aussi merveilleuse) découvrant la vérité sur ses origines avec une photo en noir et blanc… De même, quelques belles trouvailles agrémentent le film comme ce voisin-voyeur (et protecteur) un peu barré (Jean-Pierre Darroussin, impeccable), ce frère rejeté par la société et en colère contre tout (Robinson Stévenin, méconnaissable et si crédible), ou cette amie-collègue coincée par sa bonne conscience (Lola Neymarck, formidable).
Mais, trop souvent, le récit dévie de son fil conducteur avec de nombreuses incohérences, trop de digressions un peu vaines et de raccourcis un peu brusques. Il s’allonge inutilement, ayant du mal à imbriquer ses différentes histoires. Si bien que Marilou Aussilloux (Juliette) ne parvient à réellement construire son personnage (et à être convaincante) qu’à la moitié du film.
De belles intentions
Ceci dit, Une femme aujourd’hui, en abordant deux grandes thématiques actuelles – les violences sexuelles et la solidarité – mérite qu’on s’y attarde. Le destin des femmes violées – Juliette, mais aussi sa grand-mère et toutes ces filles mères hébergées par une association de bénévoles – est un sujet suffisamment grave pour que le film nous emporte à certains moments. Guédiguian filme avec empathie et une certaine délicatesse ces femmes / victimes. Et il règle ses comptes de manière abrupte avec un jeune violeur qui a tous les atouts pour s’en sortir, une patronne qui choisit le mauvais camp ou des voisins intolérants. La justice (et la police), d’ailleurs, est rapidement contournée puisqu’elle s’avère incapable ou/et impuissante.

Entre le film sociétal et le conte de fée sororal, Une femme aujourd’hui navigue un peu à vue. Trop de bonnes intentions, parfois didactiques) ne suffisent pas à nous bouleverser. L’absence de choix dans le montage n’aide pas le scénario à se recentrer. Cependant, quelques fulgurances de mise en scène et l’empathie sincère du réalisateur pour ses personnages sauvent ce drame qui évite ainsi le mélo sirupeux comme la tragédie facile.
Nota bene : On remarquera dans la maison du personnage de Darroussin, une photo du père (fictif) accrochée sur le mur. Ce n’est autre que le visage de Jacques Boudet, comédien fidèle des films de Guédiguian durant 40 ans, disparu en 2024.
Une femme aujourd'hui
Festival de Venise 2026. Prix Europa. Festival 2 Cinéma de Valenciennes.
2h03
En salles le 21 octobre 2026
Réalisation : Robert Guédiguian
Scénario : Robert Guediguian et Serge Vallettien, avec Laurette Polmanss
Image : Pierre Milon
Musique : Michel Petrossian
Distribution : Diaphana
Avec Marilou Aussilloux, Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Grégoire Leprince-Ringuet, Gérard Meylan, Lola Naymark, Robinson Stévenin, ...
