
Paris, 1928. Antoine Balestro, jeune peintre en vogue, n’arrive plus à travailler depuis la mort de son épouse et désespère Armand, son galeriste. Un soir d’ivresse, Antoine tente d’entrer en contact avec sa femme par l’intermédiaire d’une voyante. Sans le savoir, il parle en réalité avec Suzanne, une modeste foraine qui s’est glissée dans la roulotte pour y voler de la nourriture. Suzanne se révèle douée pour l’imposture et, rapidement secondée par Armand, elle enchaîne les fausses séances. Peu à peu, Antoine retrouve l’inspiration, mais pour Suzanne les choses se compliquent alors qu’elle tombe doucement amoureuse de l’homme qu’elle manipule…
Après l’échec de son dernier film, La petite bande (2022), Pierre Salvadori change de registre avec cette Vénus électrique qui ouvre le 79e Festival de Cannes.
Réalisateur de comédies – romantiques ou dramatiques – souvent enlevées et toujours très élégantes, il s’attaque ici à un nouveau genre : le mélodrame en costumes. Un film d’époque romanesque dont les ressorts narratifs un peu désuets nous renvoient à un cinéma français très académique et, malgré tout, assez chic.
Voyance et manigances

Entre une fête foraine du côté des faubourgs de Saint-Ouen et la vie bohème de Montmartre à la Belle-époque, nous voici dans un maelström de quiproquos et de manipulations qui conduira à un happy end aussi attendu qu’espéré. Pourtant, Salvadori ne parvient jamais à en faire la comédie que La Vénus électrique affleure à certains moments. Question de tempo, de légèreté. Tout ce qui faisait le charme de ses précédents films. Les dialogues ont beau être enlevés, les situations multipliées, les interprètes dévoués : il manque l’étincelle qui entraînerait le film dans un tout feu tout flamme jubilatoire ou, au minimum, burlesque. Comme l’artiste peintre, on est « à deux doigts du bonheur ».
« Je me fais électrocutée du matin au soir, c’est pas pour ça que mon cerveau a fondu. »
Cela reste une belle histoire autour d’un jeune artiste veuf qui va retrouver le goût des pinceaux et de la vie grâce à de vrais mensonges. Evidemment, l’amour triomphera des malveillances et des tromperies. « Le mensonge était délicieux mais a rendu la vérité insupportable ». La fin justifiera les moyens. On n’est pas loin du Vaudeville, sans le rythme de portes qui claquent. Mais avec une fausse voyante, un peintre dépressif et un marchand d’art prêt à tout, on aurait pu espérer quelque chose de plus virevoltant. Les flash-backs avec Vimala Pons (un choix judicieux) ralentissent considérablement le récit tout en le rendant didactique. Comme si l’incrustation d’un film dans le film ne réussissait jamais à mettre du liant entre le passé et le présent. De même, les personnages secondaires sont à peine esquissés et souvent stéréotypés, parasitant souvent la fluidité des scènes.

Coup de foudre à Montmartre
Mais au moins le subterfuge immoral fonctionne bien et le trio Anaïs Demoustier–Pio Marmaï–Gilles Lellouche parvient à mettre du relief dans cette histoire plutôt banale très appliquée. Tout comme la direction artistique enrichit l’ensemble. Si cette Vénus n’est sans doute pas assez électrique, elle s’avère assurément séduisante. Notamment, parce que le pouvoir de la romance sur le réel est une belle idée. Inventer ou livre une belle histoire peut procurer une attirance insoupçonnée pour deux êtres que tout oppose.
« Je préfère crever de jalousie plutôt que de crever de faim ».
Avec quelques scènes bien inspirées, des instants cocasses, et un « moment » inquiétant très Virginia Woolf (même époque), tournant autour du sujet de la passion (amour fusionnel, infidélité, alchimie improbable), le réalisateur cherche à déshabiller les faux-semblants dans les couples (amoureux ou amicaux) en pointant leurs dissonances et en dévoilant leurs secrets. Entre crédulité et cupidité, il démontre que la rationalité n’est pas de ce monde.

Le coup de foudre, fut-il électrique, reste un mystère. Comme ce baiser qui suffit à une résurrection. Séquence digne d’un Disney des années Walt. Las, on cherche surtout les watts qui auraient permis à La Vénus électrique de nous secouer un peu plus. À défaut d’émotions, il nous reste la sensation d’un joli conte à l’ancienne.
La Vénus électrique
Cannes 2026. Hors compétition. Film d'ouverture.
2h02
En salles le 12 mai 2026
Réalisation : Pierre Salvadori
Scénario : Robin Campillo, Benjamin Charbit, Benoît Graffin, Pierre Salvadori et Rebecca Zlotowski
Musique : Camille Bazbaz
Image : Julien Poupard
Distribution : Diaphana
Avec Anaïs Demoustier, Gilles Lellouche, Pio Marmaï, Vimala Pons, Gustave Kervern...
