Cannes 2026 | Merci d’être venu, l’ultime hommage d’Alain Cavalier aux vivants

Cannes 2026 | Merci d’être venu, l’ultime hommage d’Alain Cavalier aux vivants

Dévoilé en avant-première à la Quinzaine des Cinéastes, le dernier long-métrage documentaire du cinéaste de 94 ans est paradoxalement la meilleure porte d’entrée à son oeuvre.

« Filmer pour vivre ou vivre pour filmer… »

Trente-et-un ans après s’être pris d’amour pour les caméras vidéos portables qui lui permettent de filmer et de travailler seul, Alain Cavalier nous présente son dernier journal filmé : une compilation de scènes souvent sans lien direct, mais traversées par le même génie du commentaire décalé, faussement naïf ou parfaitement acéré, et servies par des situations qui oscillent entre poésie et cocasserie.

Dans la continité du Filmeur, Alain Cavalier réemploie les codes de son fameux journal intime filmé : il est commentateur-acteur des histoires qu’il vit et que l’on reconstruit avec lui. Merci d’être venu débute ainsi alors même que le tournage de Pater n’est pas terminé. Sa compagne Françoise Widhoff s’enthousiasme sur le montage bien qu’il reste des scènes à tourner avec Vincent Lindon.
Mais peu importe, ce n’est qu’un point de départ, une manière d’ancrer le film dans une époque et un état d’esprit : pétillant comme du champagne.

Vient alors un enchaînement de plans que l’on pourrait penser maladroitement filmés et de situations parfois trop comiques – ou cinématographiques – pour ne pas avoir été écrites.  Du train pour le Festival de Cannes pris pour rien (puisqu’aucun prix ne l’attend), à la mort de son frère Jean-Claude survenue juste après celle d’un pigeon incapable de reprendre son envol, en passant par la comparaison évidente entre les chambres d’hôtel qu’on lui assigne… le quotidien d’Alain Cavalier se mue ici en une matière éminemment romanesque, drôle et bouleversante tour à tour.

« …Vivre tout court »

Pourtant, au travers des rencontres qu’il fait et des discussions que cela engendre, le talent d’Alain Cavalier pour faire parler les gens se fait sentir. C’est une galerie de personnages tous plus surprenants les uns que les autres qui gravitent autour de lui ou qu’il convoque ici et là. Un circassien haltérophile dont les mains rugueuses dérangent le postérieur de sa compagne, une ancienne journaliste qui aurait pu être un coup d’un soir de Jean-Marie Bigard, un gérant de Saint-Raphaël fier et ému d’avoir pu acquérir une salle de cinéma fixe, ou encore une croyante effrayée à l’idée d’entamer son pèlerinage à pied sur plus de 1000 kilomètres jusque Saint-Jacques-de-Compostelle…

Face (et grâce) à l’humeur facétieuse d’Alain Cavalier, l’entourage se livre, partage, se dévoile. Avec toujours en filigrane cette notion de mort omniprésente, comme une finalité que l’on pourrait déjouer en sachant au préalable ce qu’on laisse. Alors le réalisateur d’Un étrange voyage et de Thérèse prend le temps d’aborder ses problèmes de santé, ses peurs et ses attentes entre deux anecdotes sur (ou délivrées par) les femmes qui l’accompagnent depuis toutes ces années, ou parfois même à travers elles.

C’est ici un savant mélange entre l’art de choisir les images et celui de les faire résonner entre elles. Une écriture invisible, volontiers impressionniste, au service d’un geste cinématographique généreux, assez unique en son genre, qui fourmille d’idées de cinéma comme sur l’existence, et habité par la présence concrète, puissante, tangible, de celles et ceux qui le traversent.

Merci d'être venu
Festival de Cannes 2026. Quinzaine des cinéastes
1h22
Réalisation :Alain Cavalier
Scénario : Alain Cavalier
Son : Steve Raccah
Photographie : Alain Cavalier
Montage : Emmanuel Manzano