Cannes 2026 | Une Palme d’or d’honneur pour l’iconique Barbra Streisand

Cannes 2026 | Une Palme d’or d’honneur pour l’iconique Barbra Streisand

Barbra Streisand recevra la Palme d’or d’honneur au 79e Festival de Cannes le 23 mai prochain. Pour la première fois de sa carrière, la mythique « Funny Girl » foulera le tapis rouge du Palais des Festivals.

Est-ce une évidence ou une surprise? Évidence, parce que Barbra Streisand est l’une des plus grandes artistes du monde du spectacle. Elle est l’une des très rares artistes à avoir reçu au moins un Emmy, un Grammy, un Oscar et un Tony Award (EGOT). Surprise, parce qu’en soixante ans de carrière, la star américaine n’avait encore jamais fait le voyage jusqu’à Cannes.

Née le 24 avril 1942 à Brooklyn, Barbara Joan Streisand est de ces êtres rares pour qui le terme « artiste » semble encore trop étroit. Actrice, réalisatrice, productrice, scénariste, chanteuse (à la voix unique et puissante) et auteure-compositrice (de grands tubes atemporels), elle a tout accompli, tout dominé, tout réinventé — souvent en même temps.

À 18 ans, elle triomphe dans les cabarets new-yorkais. À 20 ans, elle conquiert Broadway. À 21 ans, son premier album s’impose avec éclat. Et à 26 ans seulement, elle fait ses débuts au cinéma dans Funny Girl (1968) de William Wyler, incarnant la légendaire comédienne Fanny Brice. Ce rôle lui vaut immédiatement son premier Oscar de la meilleure actrice — qu’elle partage, cas unique dans l’histoire de la cérémonie, avec Katharine Hepburn.

En 19 interprétations à l’écran, Barbra Streisand a traversé les genres avec une aisance et une puissance rares. Elle excelle dans la comédie musicale avec Hello, Dolly ! (1969) de Gene Kelly, aux côtés de Walter Matthau, et surtout Une étoile est née (1976) de Frank Pierson, dans lequel elle incarne une jeune chanteuse propulsée vers la gloire tandis que son compagnon (Kris Kristofferson) sombre. Pour ce film, elle compose elle-même la chanson Evergreen, qui lui rapporte un Oscar de la meilleure chanson originale — faisant d’elle la première femme à recevoir cette récompense, en 1977. Rien n’était gagné comme elle le souligne : « Je suis arrivée à Hollywood sans m’être fait refaire le nez, sans m’être fait poser des couronnes sur les dents et sans avoir changé de nom. Cela me procure une grande satisfaction.« 

Elle touche le cœur du public dans des drames intenses, comme l’inoubliable Nos plus belles années (1973) de Sydney Pollack, l’une des plus belles histoires d’amour de l’après-guerre hollywoodienne, face à Robert Redford. Elle se révèle tout aussi bouleversante dans Cinglée (Nuts, 1987) de Martin Ritt, où elle campe une call-girl poursuivie par la justice. Elle s’illustre également dans la comédie avec La Chouette et le Pussycat (1970), Ma femme est dingue (For Pete’s Sake, 1974) ou encore, bien plus tard, Mon beau-père, mes parents et moi (2004).

Côté distinctions, le bilan est éloquent : 2 Oscars, 11 Golden Globes — dont celui de la meilleure réalisation en 1984, une première pour une femme —, et une reconnaissance internationale sans équivalent.

C’est peut-être derrière la caméra que Barbra Streisand a livré ses combats les plus décisifs. En 1983, après vingt ans de ténacité — elle avait découvert la nouvelle d’Isaac Bashevis Singer dès 1963 —, elle fait enfin aboutir Yentl. Elle en est à la fois la productrice, la réalisatrice, la co-scénariste et l’interprète principale. Ce récit d’une jeune femme juive qui se travestit en homme pour accéder à l’éducation religieuse est aussi, en creux, la métaphore de sa propre vie : celle d’une femme qui a dû inventer ses propres règles pour imposer son art. Yentl entre dans l’histoire d’Hollywood comme le premier film à gros budget confié à une réalisatrice. Son Golden Globe de la meilleure réalisation consacre cette victoire. Mais elle repart sans Oscars. Ce qui l’a amené à réagir : « À Hollywood, une femme peut être actrice, chanteuse ou danseuse. Mais il ne faut pas qu’elle soit beaucoup plus que cela.« 

Elle signe ensuite Le Prince des marées (1991), adapté du roman de Pat Conroy, face à Nick Nolte — un film salué par 7 nominations aux Oscars. Puis Leçons de séduction (1996), remake du Miroir à deux faces d’André Cayatte, obtient quant à lui 2 nominations aux Oscars.

Si Barbra Streisand n’avait jamais foulé la Croisette en compétition, le Festival de Cannes lui avait déjà rendu hommage à travers ses films. En 2008, dans le cadre de la section Cannes Classics, On s’fait la valise, Docteur ? (What’s Up, Doc?, 1972) de Peter Bogdanovich — comédie loufoque et délirante dans laquelle elle forme un duo irrésistible avec Ryan O’Neal — avait été projeté en copie restaurée. En 2019, c’est le documentaire Making Waves: The Art of Cinematic Sound qui l’évoquait, témoignant du rayonnement de son œuvre bien au-delà de ses seules apparitions à l’écran.

Le 23 mai 2026, la boucle sera enfin bouclée. Pour la première fois, « Hello, Gorgeous ! » résonnera en direct sur la scène du Palais des Festivals.

Au-delà des chiffres — 37 albums studio, 10 Grammy Awards, seule artiste à atteindre la première place des ventes d’albums pendant six décennies consécutives, artiste féminine détentrice du plus grand nombre d’albums numéro 1 de tous les temps jusqu’en 2023 — Barbra Streisand est une force culturelle. Libre, anticonformiste, exigeante, engagée, elle a ouvert la voie à des générations d’artistes féminines tout en militant inlassablement pour des causes diverses (Ukraine, santé des femmes, droits LGBTQ+ parmi d’autres). « Je suis simple, complexe, généreuse, égoïste, peu attirante, belle, paresseuse et déterminée » a-t-elle dit, lucide et dotée d’un beau caractère, non dénué d’humour.

Iris Knobloch, Présidente du Festival de Cannes, résume le sentiment général : « Cette année, nous avions à cœur de saluer une artiste qui s’est imposée par la force de son art et l’exigence de sa liberté. En tant que femme, je me réjouis de pouvoir dire notre admiration à cette créatrice absolue, à cette citoyenne courageuse, dont l’exemple traverse le temps et continue d’inspirer. »

Pour le Délégué général Thierry Frémaux, elle est « la synthèse légendaire entre Broadway et Hollywood, entre la scène du music-hall et le grand écran de cinéma. »

Barbra Streisand déclare à propos de cet honneur : « En ces temps difficiles, le cinéma a le pouvoir d’ouvrir nos cœurs et nos esprits à des histoires qui reflètent notre humanité commune. Le cinéma transcende les frontières et la politique, et affirme le pouvoir de l’imagination pour façonner un monde plus compatissant. »

La 79ᵉ édition du Festival de Cannes se tiendra du 12 au 23 mai 2026. La conférence de presse est annoncée pour le 9 avril. Park Chan-wook a été annoncé comme président du jury de la compétition. Peter Jackson recevra lui aussi une Palme d’or d’honneur.