4 films queers et engagés au BIFFF 2026

4 films queers et engagés au BIFFF 2026

L’année 2025 du second mandat du préisdent des Etats-Unis Donald Trump avait été marquée par une opposition aux programmes américains DEI (Diversité, Équité, Inclusion), et par ricoche, une régression des représentations LGBTQ+ dans les films et les séries (chez Amazon, Disney, Meta…). Dans plusieurs films, le personnage LGBTQ+ est souvent le meilleur ami ou une collègue, mais plus rarement l’interprète principal.

Peut-être en réaction à ce climat politique américain (car le cinéma fantastique en général est plutôt contestataire) ou est-ce une coïncidence, plusieurs films du BIFFF ont mis en avant des personnages LGBTQ+ en leur donnant le rôle principal. Dans 100 nights of Hero, il s’agit d’une rébellion intime et politique (malgré la menace d’une peine de mort) ; dans The restoration at Grayson Manor le frontal s’invite à l’image (avec nudité masculine et sperme dans une main) ; dans Saccharine on évoque l’obsession du diktat de la minceur du corps pour se sentir admirée ; et dans Le Sifflet, on assiste à une romance naissante malgré la peur de mourir.

100 nights of Hero, de Julia Jackman

Avec Maika Monroe, Emma Corrin, Nicholas Galitzine, Amir El-Masry, Charli XCX, Richard E. Grant, Felicity Jones

Son premier film était resté longtemps inaperçu en France. Bonus Track (avec Josh O’Connor en co-scénariste) suivait deux jeunes garçons unis par la musique et qui se découvrent une amitié particulière. Pour son deuxième long métrage, Julia Jackman explore cette découverte du côté des filles, avec une adaptation libre du roman graphique de Isabel Greenberg. 100 nights of Hero avait été présenté dans en section Semaine de la Critique du Festival de Venise.

Julia Jackman

Le film raconte la transmission d’un conte vers de plus en plus de personnes qui, plus tard, vont à leur tour raconter cette histoire… Le contexte du conte est posé dès l’introduction selon le principe du ‘il était une fois‘.

Donc il était une fois une société où les femmes n’ont peu de place pour exister, pas le droit de savoir lire ni d’écrire. Il était une fois une société organisée par les hommes et gouvernée par les hommes avec comme loi dogmatique de suivre les préceptes d’une religion organisée par et pour les hommes (est-ce vraiment un monde dystopique ?). La principale loi à suivre pour les femmes est de se marier (en étant vierge) avec un homme puis de tomber enceinte d’un bébé dans un délais de 100 jours après le mariage, sinon elles sont condamnées à mort. La femme est réduite à une fonction reproductive (comme dans la série La Servante écarlate).

Mais voila que Cherry qui est mariée ne tombe toujours pas enceinte, et son mari a prévu de partir un long moment pour affaires tout en faisant le pari avec son meilleur ami qui reste invité au château que lui séduise son épouse. Le mari ne revient pas, le meilleur ami se fait entreprenant, mais l’épouse ne cède en rien en étant aidée par sa fidèle servante Hero qui a le talent de raconter des contes. Les jours passent, et le délais limite des 100 jours pour tomber enceinte approche…

Mille et une nuits

100 nights of Hero est une fable construite autour de la même structure que Les mille et une nuits de Shéhérazade où une femme parvient à repousser une obligation de relation sexuelle avec une histoire racontée chaque soir. Ici c’est la servante dévouée Hero qui imagine un conte quotidien pour faire s’endormir le meilleur ami et pour que Cherry reste chaste dans l’attente du retour de son mari.

L’épouse devient soucieuse du délai de 100 jours, tout en se découvrant un désir inconnu pour sa servante Hero… Les décors et les costumes sont dignes d’un conte de fée, dans un univers cousin du Peau d’âne de Jacques Demy, soit un univers visuel chatoyant crypto-LGBTQ+. Le conte de la servante qui se déploie chaque soir est une histoire de sororité féminine en lutte contre un système patriarcal, une mise en parallèle de leur situation. Tout converge vers une attirance interdite de plus en plus forte entre la servante et l’épouse. Tout comme dans le monde réel, plus on est proche d’un système politique dictatorial et/ou religieux, plus l’homosexualité est réprouvée… Le désir de deux femmes apparaît comme une forme de révolte contre les hommes. Se forcer à une relation avec un homme pour tomber enceinte avant 100 jours, ou risquer la peine de mort alors que le désir nous pousse à vivre avec une autre femme ?

The restoration at Grayson Manor, de Glenn McQuaid

avec Chris Colfer, Alice Krige, Daniel Adegboyega, Declan Reynolds, Gabriela Garcia Vargas

Ici, on est à l’opposée d’une subtilité queer. C’est une histoire contemporaine en Europe, où l’on peut vivre n’importe quelle sexualité à condition de faire un bébé (et ainsi perpétuer le nom d’une famille aristocratique). Un homme ouvertement gay vit au jour le jour en jouant de la musique en club tout en couchant avec d’autres hommes rencontrés par hasard. Aucun souci, sauf que c’est homme est le fils unique et le dernier descendant d’une riche famille : sa mère exige de lui qu’il prolonge cette lignée en ayant un héritier.

J’ai perdu mon corps

Lui n’a aucune envie de ça,. En conflit avec sa mère, les deux se disputent souvent et même se détestent. Un malheureux accident se produit avec un lourd miroir qui chute au dessus de leurs têtes : lui sauve sa mère par réflexe mais se retrouve avec ses deux mains arrachées. La mère utilise sa fortune pour faire venir une équipe médicale spécialisée à domicile pour le soigner : une nouvelle technique de greffe pourrait lui faire retrouver deux mains artificielles, mais le deal est qu’e enfin’ il se débrouille pour devenir père…

On est clairement dans une comédie (noire) où chacun exprime son mépris pour l’autre avec des insultes et un humour ‘camp’ bienvenu. En bonus, pouvoir retrouver l’usage de mains artificielles va chambouler le destin du jeune homme. On n’est pas loin d’une parabole sur les thérapies de conversion…

Saccharine, de Natalie Erika James

avec Midori Francis, Danielle Macdonald, Madeleine Madden

Le film The Substance de Coralie Fargeat a ouvert la voie pour donner davantage de visibilité au body-horror féminin, comme c’est le cas pour celui-ci. Une étudiante en médecine un peu complexée par son poids (et donc des injonctions de corps idéal) croise par hasard une ancienne connaissance transformée et très mince, grâce à une pilule expérimentale très chère. Comme elle a accès à un labo, elle en étudie les composés pour essayer de la reproduir. Il y a beaucoup de sodium, comme dans les cendres d’un corps humain. Ayant accès à des cadavres pour des cours d’anatomie, elle peut prélever des petites parties pour en faire des cendres et se fabriquer quelques pilules. Sur elle aussi, le résultat est visible au bout de quelques jours : elle s’affine tout en continuant de manger beaucoup.

Ici le proverbe ‘il faut souffrir pour être belle‘ va se visualiser, car on ne peut pas absorber un pilule de cendres humaines sans conséquences. Perdre du poids mais être gagnée par des hallucinations cauchemardesques. L’héroïne est attirée par une autre femme prof gym avec un corps esthétique parfait à ses yeux. Les deux femmes vont se rapprocher, mais évidement les hallucinations vont avoir des répercussions…

Le Sifflet, de Corin Hardy (en salles depuis le 18 mars)

avec Dafne Keen, Sophie Nélisse, Nick Frost, Sky Yang, Percy Hynes White

Le scénario de Owen Egerton est assez malin pour reprendre à sa manière une trame classique des clichés de film d’horreur hollywoodien : il y a une poignée de jeunes adolescents dans un lycée et une malédiction menace de les faire mourir un par un. Ce groupe d’adolescent coche toutes les cases que l’on connaît déjà : la fille très populaire, sa meilleure amie, le sportif un peu macho, le type nerd un peu timide, une nouvelle fille bizarre un peu gothique qui vient d’arriver au lycée… L’utilisation d’une antiquité en forme de sifflet à tête de mort va déclencher des scènes d’horreur mémorables, et là encore dans les lieux habituels de ce type de film : lycée, fête foraine, chambre, entrepôt…

Le Sifflet fonctionne à fond, dans la lignée des Destination finale, Action ou Vérité, La main… Là où le film se démarque des autres c’est justement par une caractérisation de ses personnages à l’encontre de la mouvance ‘MAGA’ de Trump : celui qui affiche un grand prosélytisme religieux est aussi celui qui est dealer de drogue, le sportif macho est assez détestable, les personnages masculins sont tous assez stupides. Les deux personnages principaux sont deux filles (Dafne Keen et Sophie Nélisse) qui elles font avancer l’histoire tout en tombant amoureuses l’une de l’autre. Leur rapprochement s’avère alors le véritable fil rouge de cette histoire horrifique.

Björn Charpentier, directeur de la photographie

C’est Björn Charpentier, le directeur de la photographie du film, qui est venu présenter Le Sifflet au BIFFF où ça a été la deuxième fois qu’il voyait le film en public. « Avant de devenir cinéaste Corin Hardy avait été marqué adolescent, comme beaucoup, par les classiques comme Halloween, et Massacre à la tronçonneuse, il voulait devenir « prosthetic artist. » C’est pourquoi il voulait que le maximum d’effets soit effectués sur le plateau devant la caméra. Quand j’ai lu le scénario avec lui, je ne savais pas vraiment comment on allait tourner la dernière séquence qui implique de l’eau. J’ai regardé beaucoup de films fantastiques durant la production pour des recherches. Par exemple, de quelle manière le mouvement d’une caméra montée sur un câble peut servir l’histoire ? Je suis un peu geek, je sais qu’avec certaines lentilles et une légère vibration on peut obtenir quelque chose d’énorme à l’image : dans Top Gun il y a eu des miniatures d’avions filmées comme ça. J’ai bien aimé Bring her back cette année, pour sa photographie et j’adore Génération perdue de Joel Schumacher. On a eu six semaines de préparation, pour toutes les séquences de mort il y a eu storyboard en amont. Certains jours de tournages il y avait en même temps deux plateaux avec l’équipe principale et l’équipe B, et j’allais de l’un à l’autre. Je suis pour être collaboratif avec mon équipe, si quelqu’un de l’équipe a une meilleure idée pour résoudre quelque chose alors tant mieux. Mon mantra c’est ‘be bold’, on peut expérimenter plein de choses avec l’éclairage. »