Cannes 2026 | Diego Calva en 4 étapes

Cannes 2026 | Diego Calva en 4 étapes

Une jolie gueule. Et un acteur qui monte…. Diego Calva arrive à Cannes avec Club Kid de Jordan Firstman. L’histoire d’un organisateur de soirées underground contraint de s’occuper d’un fils dont il ignorait totalement l’existence… Membre de groupes punk et skateboarder, la sous-culture l’a toujours attiré. Il montera aussi les marches, hors compétition, avec Her Private Hell de Nicolas Winding Refn. Joli doublé.

Aux origines

Diego Calva Hernández est né le 16 mars 1992 à Mexico City. Il est le fils unique d’une mère éditrice de livres et d’un père philosophe, qui n’est pas son géniteur. Si les livres sont ses amis imaginaires, les films furent ses baby-sitters. Il a étudié la réalisation et l’écriture de scénario au Centro de Capacitación Cinematográfica (CCC) de Mexico, où il travaille en parallèle comme traiteur, décorateur de plateau, perchiste et assistant de production. Beau gosse, avec ses airs de Javier Bardem jeune, il aurait pu être mannequin. L’ombre l’intéresse davantage.

C’est un ami réalisateur qui l’enrôle pour un court métrage. On est en 2013 et son nom apparaît ainsi pour la première fois sur un affiche, celle de Ficcion de Juan Pablo Villavicencio Borges. Deux ans plus tard, il décroche son premier grand rôle au cinéma dans I Promise You Anarchy (Je te promets en vf) de Julio Hernández Cordón, présenté aux Festivals de Locarno et de Toronto. Il reçoit le prix du meilleur acteur au Festival de La Havane.

Il enchaîne avec des courts, des séries tv, quelques longs. On le voit dans la série Le détenu (12 épisodes), puis sur Netflix dans Unstoppable (8 épisodes). Rien de vraiment marquant. Il accepte à contre-cœur d’incarner le narco-trafiquant Arturo Beltrán Leyva dans Narcos: Mexico (saison 3). Il n’a pas le choix de ses rôles et rejette idéologiquement cette vision du Mexique centrée sur la drogue.

Babylon

On est alors d’autant plus surpris quand il est au générique de Babylon de Damien Chazelle, dans un rôle central aux côtés de Brad Pitt et Margot Robbie. Le réalisateur a flashé sur son visage de rêveur, et ses yeux qui dégagent une véritable poésie. Chazelle a pourtant auditionné des centaines d’acteurs mexicains pendant plus d’un an, tout en demandant à Calva d’envoyer régulièrement des vidéos de lui-même. L’acteur apprend ses répliques par cœur pendant des semaines, au point que lorsque Chazelle le rappelle pour relancer le casting, il connaît déjà une grande partie du texte, y compris celui de ses futurs partenaires. C’est finalement une séance d’essais avec Margot Robbie début 2021 qui a tout décidé. La fameuse « alchimie » …

Une fois retenu, Calva a vécu dix jours chez le réalisateur pour préparer le rôle, avant d’être malicieusement présenté à Brad Pitt comme simple assistant de tournage. Le subterfuge fut dévoilé le lendemain, à la grande surprise de Pitt.

Le film, flop aux USA et succès en France, lui vaut une nomination aux Golden Globes 2023 dans la catégorie Meilleur acteur dans une comédie ou comédie musicale. De fait, il crève l’écran en jeune Mexicain ambitieux et débrouillard qui gravit les échelons d’Hollywood, passant progressivement de l’idéaliste naïf au requin sans scrupules.

Gay et Guevara

Il devient un talent à suivre. On le repère dans le spin-ff de Bird Box, Bird Box : Barcelona d’Alex et David Pastor, puis dans Les indomptés de David Minahan aux côtés de Jacob Elordi. Un film queer, où son personnage est homosexuel : « Nous vivons dans un monde fou. C’est un rappel que nous ne pouvons jamais revenir en arrière, nous ne pouvons qu’aller de l’avant. Nous ne devrions jamais avoir à retourner nous cacher.« 

Il s’est également glissé dans la peau de Ernesto Guevara pour le Killing Castro d’Eif Rivera, qui fera son avant-première à Tribeca ce printemps.

Parallèlement, il continue d’être dans les foyers avec Midnight Family (10 épisodes), The Secret of the River (7 épisodes) et Prison Cell 211 (6 épisodes). Il s’aventure dans d’autres formats : le moyen métrage de Txema Novelo, Video Game Auteur, le clip musical de Loren Kramar, « Song for Henry », le court métrage de Jurek Jablonicky

Mais c’est dans The Night Manager (saison 2), en tant que nouvel antagoniste de Jonathan Pine (Tom Hiddleston) qu’il marque de nouveau les esprits. Il a voulu humaniser ce villain plutôt que de jouer un simple « méchant ». Mais c’est surtout la relation entre les deux personnages qu’on retient. La tension sexuelle est assumée avec notamment une scène de danse très torride et ambivalente.

Chaplin et The Cure

Acteur sans frontières, mais très attaché à son pays, dont la vitalité artistique lui tient à cœur : « Je trouve magnifique ce qui est en train de se passer en ce moment, parce que nous mêlons enfin toutes les histoires pour créer quelque chose qui appartient à tout le monde. Et c’est important. »

Ce cinéphile revendiqué aime le cinéma indépendant américain des années 80-90, le néoréalisme mexicain et les films d’auteur européens, de Chaplin à Scorsese, de Linklater à Korine, de Wenders à Reygadas…

Chaplin justement. Pour préparer Babylon, lui et Chazelle ont travaillé sur les performances de Chaplin dans Les temps modernes et The Kid, fascinés par la capacité des yeux du comédien à transmettre l’innocence en un seul regard.

Mais il n’y a rien d’innocent chez lui. L’homme contrôle très bien son image et ne manque pas d’ambition. Lui qui avoue avoir « toujours utilisé les vêtements comme faisant partie de mon langage« , devrait faire sensation sur la Croisette. Il rappelle quand même qu’il était « le gamin skateur avec un T-shirt de The Cure plein de trous. » « J’ai toujours beaucoup dit à travers mes vêtements« . Et avec ses yeux aussi.