Cannes 2026 | Garance, à consommer avec modération

Cannes 2026 | Garance, à consommer avec modération

Garance est une jeune comédienne pleine d’énergie et au franc-parler désarmant qui joue plusieurs spectacles au sein d’une compagnie théâtrale. Au départ, le film adopte son rythme et sa versatilité avec une succession de scènes et de situations commentées en voix-off par la protagoniste elle-même, dans un dialogue avec une autre jeune femme dont on ignore l’identité. Garance raconte ainsi sa vie amoureuse mouvementée, ses changements d’appartement, ses représentations en banlieue parisienne, ses soirées toutes plus épiques les unes que les autres.

Peu à peu, un motif se dégage. Avec ses collègues, avec ses amis, en soirée ou seule au café, Garance a toujours un verre de vin à la main. Bien qu’elle n’en parle pas, l’alcool joue un rôle (trop) important dans sa vie. La jeune femme a des blackouts ; elle se réveille dans le bus bien après son arrêt, la jupe relevée et les collants déchirés ; elle raconte n’importe quoi à n’importe qui… 

Addiction et déni

En s’appuyant sur une temporalité souple, Jeanne Herry suit Garance sur plusieurs années de sa vie, et la montre aux prises avec son addiction, mais sans réduire son existence à la maladie. Elle tombe amoureuse, s’implique dans des projets qui lui plaisent, soutient sa sœur malade. L’alcool est comme une ombre qui ne la quitte pas, mais qui dans un premier temps ne la gêne pas non plus. Garance gère et assume. Elle ne voit pas où est le problème, même lorsqu’elle souffre d’une anxiété accrue et de crises de panique. 

La réalisatrice brosse avec justesse le déni dans lequel s’enferme le personnage, qui s’avère juste incapable d’agir. Sa peur du sevrage est plus importante que sa peur des conséquences. Pour elle, renoncer à l’alcool est une autre manière de mourir. En revanche, le scénario est plus timoré lorsqu’il s’agit d’aborder concrètement sa perte de contrôle ou de montrer les effets du manque et la difficulté d’arrêter définitivement l’alcool. Le film est à ce titre un peu idyllique, passant pudiquement sur les effets secondaires du sevrage, et préférant jouer la carte de l’humour plutôt que celle du constat clinique. 

Personnage attachant

C’est comme si face à un tel sujet, la cinéaste avait voulu retenir poliment ses coups, comme pour n’effaroucher personne, et ne surtout pas avoir l’air de donner de leçon. C’est tout à son honneur – et rien de pire que des cours de morale pour lutter contre les addictions – mais cela édulcore son propos, qui devient un récit sympathique et en surface. Le personnage de Garance est indéniablement attachant, et l’interprétation brute d’Adèle Exarchopoulos la rend tour à tour insupportable et touchante. Malgré tout, le récit finit par s’étioler, surtout lorsqu’il abandonne en cours de route son dispositif (la fameuse conversation en voix-off qui couvre la première moitié du film) ou laisse de côté plusieurs pistes narratives qui auraient pourtant mérité d’être traitées, à commencer par le spectre des agressions sexuelles dont est victime la jeune femme à plusieurs reprises. 

À trop vouloir mélanger les genres, faisant le grand écart entre un sujet dramatique – rarement adressé assez sérieusement dans la société – et l’envie d’une comédie sans prétention, le film donne l’impression de rester au milieu du gué, confondant une approche légère avec une légèreté de traitement qui n’est pas tout à fait à la hauteur de ses enjeux. 

Fiche technique
Garance de Jeanne Herry (2026)
Avec Adèle Exarchopoulos, Sara Giraudeau...
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