
Dans les rues de Séville, Salva, Belén et des gamins des rues affrontent tous les dangers pour éloigner la menace qui place sur Carmen. Le destin de cette jeune femme libre et indépendante repose en effet entre leurs mains.
Après La Jeune Fille sans mains et Linda veut du poulet !, le réalisateur-scénariste Sébastien Laudenbach met à l’honneur la Française la plus rebelle et la plus connue créée par Prosper Mérimée et popularisée par l’opéra de Georges Bizet : Carmen!
Une réécriture contemporaine
A une époque indéfinie mais passée (on pêche sur des petits bateaux et les pères meurent dans les mines), Carmen, l’oiseau rebelle change de paradigme. Elle n’est plus simplement une figure de séduction fatale – bien que cet aspect existe toujours – mais aussi un symbole d’émancipation et de refus des normes. Carmen est en effet une jeune gitane libre qui aime réunir ses amies et ses proches pour chanter à la tombée de la nuit. Et face à la jalousie masculine, Carmen n’a d’autre choix que de revendiquer sa liberté, ce qui permet à Sébastien Laudenbach de déplacer habilement le focus.

Carmen, l’oiseau rebelle ne met jamais en question les intentions réelles ou supposées de son héroïne. Cette dernière veut pouvoir aimer qui elle veut, et surtout, elle veut pouvoir s’en lasser et le laisser lorsqu’elle n’est plus sûre de ses sentiments. Sans jamais lui retirer son attrait pour la facétie et le jeu, le film questionne ainsi l’enfermement social qui régit la vie des femmes (gitanes pour ce cas précis). Porté par le lead de cette héroïne moderne, Salva et Belén, deux adolescents, trouvent la force de dire non aux conventions et aux injonctions qui leur semblent injustes.
Un mélange réussi des cultures et des influences
Grâce à un dessin épuré, mouvant et des contours parfois inachevés qui donnent le sentiment d’une aquarelle ou d’un croquis, Carmen, l’oiseau rebelle ravit par l’importance de la couleur et du geste. Tout y est question de spontanéité. L’équipe réunit autour de Sébastien Laudenbach privilégie l’expressivité émotionnelle et la sensation de liberté formelle à la démonstration technique pure. Ce qui nous charmait déjà avec ses deux précédents films. Le style singulier du cinéaste trouve ici une dimension moins onirique que dans La jeune fille sans mains, moins enfantine (et classique) que dans Linda veut du poulet, mais beaucoup plus romanesque.

Mélange entre le mythe espagnol de Carmen, l’animation française contemporaine et des influences musicales variés – on a d’ailleurs adoré cette bande originale interprétée par Camélia Jordana qui prête sa voix au rôle-titre -, Carmen, l’oiseau rebelle s’approche ici et là d’un road movie / buddy movie. Salva et Belén sont presque tout le temps en quête ou en vadrouille et se questionnent sur des principes tels que l’amour et la domination. Car c’est bien de cela qu’il s’agit avec Carmen : la volonté des hommes qui l’entourent de pouvoir la posséder et leur refus de l’imaginer avec un autre.
Grâce à un discours profondément féministe et des gamins des rues aux répliques particulièrement prenantes, Carmen, l’oiseau rebelle a tout pour séduire petits et grands. Et démontre que le cinéaste peut appliquer sa touche à des histoires différentes, mais toujours très féministes.
Carmen, l'oiseau rebelle
Festival de Cannes 2026. Quinzaine des Cinéastes
Réalisation : Sébastien Laudenbach
Scénario : Sébastien Laudenbach, Santiago Otheguy
Musique : Amine Bouhafa, Isabelle Laudenbach
Librement adapté de Carmen de Georges Bizet, d'après la nouvelle de Prosper Mérimée
Distribution : Haut et court
Avec les vois de Camélia Jordana (Carmen), Milo Machado-Graner (Salva), Soumaye Bocoum (Belén), Carl Malapa (José)
