
Pour son grand retour au cinéma après l’acclamé Faute d’amour en 2017, et après une longue période de convalescence suite à un Covid 19 particulièrement violent, le cinéaste russe Andreï Zviaguintsev s’inspire de La Femme infidèle de Claude Chabrol, dont il situe l’intrigue dans la Russie contemporaine, sur fond de guerre en Ukraine. Le personnage principal, un riche chef d’entreprise, découvre que sa femme a une liaison, et tue son rival sous le coup de la colère, sans même penser à effacer les preuves. Sa femme, quant à elle, se comporte exactement comme si elle souhaitait qu’il découvre à tout prix son infidélité. Sans doute ces deux-là font-ils la paire dans leur manque absolu d’à-propos et leur déconnexion avec le réel.
Choix pour le moins curieux que de recourir à une histoire aussi conventionnelle d’adultère et de jalousie pour ausculter la déliquescence de la société russe confrontée à la guerre et – plus que jamais – à la corruption. On se demande en quoi ce couple de la haute-bourgeoisie (la séquence d’ouverture sur la maison gigantesque au milieu des bois plante immédiatement le décor) peut réellement servir de caisse de résonance aux réalités de la société russe, passée l’idée assez générale de personnages guidés par leurs pulsions.
Bien sûr, puisque l’on évolue dans un milieu particulièrement protégé, la guerre en Ukraine ne fait partie de leurs préoccupations que sous la forme d’un manque à gagner dû à l’exil de plusieurs employés et collaborateurs, de la nécessité de choisir quels hommes mobiliser sans que cela nuise trop aux affaires, et de quelques affiches de propagande filmées avec énormément d’insistance. Avait-on réellement besoin d’Andreï Zviaguintsev pour faire ce constat d’un monde à deux vitesses, et des abjections liées aux contextes de guerre dans une société capitaliste ?
Fable inaboutie et inconsistante

Le titre lui-même semble éclairer l’ambition presque naïve du cinéaste. Dans la mythologie, le minotaure est une créature monstrueuse (née des amours de la reine Pasiphaé avec un taureau, suite à la vengeance de Poseïdon) à qui le pouvoir (en la personne du roi Minos) décide de sacrifier les jeunes Athéniens. Non par une nécessité absolue, mais dans le but d’asseoir son pouvoir sur la cité athénienne, qui est sa rivale. Quant au minotaure lui-même, il est la victime d’une malédiction divine, abandonné par les siens, et le seul être, dans l’histoire, à être innocent de ses crimes.
Que le pouvoir dévore ses propres enfants au même titre que les enfants des autres, comptant sur eux pour payer pour ses erreurs, n’est pas particulièrement neuf, et il faut bien reconnaître que l’on s’attendait à un propos plus subtil de la part d’un cinéaste qui avait l’habitude par le passé d’exprimer plus de nuances. Il livre ici une fable inaboutie dont la tonalité plus légère qu’à l’accoutumée dissimule mal le manque de consistance. Même la mise en scène, très maîtrisée mais d’une froideur extrême, ne parvient pas à nous faire oublier la dimension presque poussiéreuse du récit. Et lorsque la femme « adultère », après avoir découvert le crime commis par son époux, sèche instantanément ses larmes et décide de renouer avec lui, on croit rêver. En 2026, on ne pensait plus être confronté à des personnages féminins aussi gratuitement caricaturaux.
Fiche technique
Minotaure d'Andreï Zviaguintsev (2026)
Avec Iris Lebedeva, Anatoli Bely...
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