Festival La Rochelle cinéma | Sophie Mirouze : « Comme le festival n’est pas compétitif, les cinéastes sont très décontractés »

Festival La Rochelle cinéma | Sophie Mirouze : « Comme le festival n’est pas compétitif, les cinéastes sont très décontractés »

La 54e édition du Festival La Rochelle cinéma (FEMA) aura lieu du 26 juin au 4 juillet. Comme l’an dernier, elle sera amputée d’une journée pour des raisons budgétaires. Mais la programmation reste très riche avec la présentation de 160 longs et 75 courts métrages sur 300 séances, des rétrospectives, des hommages, des rencontres et des avant-premières. Sophie Mirouze, déléguée générale et co-directrice artistique du FEMA, fait pour Ecran noir un tour d’horizon de ce festival non compétitif qui attire chaque année de très nombreux cinéphiles.

Ecran Noir : Quelle est la situation budgétaire du FEMA cette année ?

Sophie Mirouze : Les nouvelles sont plutôt bonnes. Nous avons des reconductions de subventions, heureusement. Le budget est à peu près similaire à celui de l’an dernier. On reste sur la même duré qu’en 2025 avec une clôture le samedi soir. La billetterie est importante, avec plus de 85 000 entrées l’an dernier. Il y a beaucoup de public. En 2025, on a supprimé une journée, mais on a conservé le même nombre de séances, avec des fictions, des documentaires, de l’animation et même un programme de films un peu expérimental.

EN: Comment sélectionnez-vous les films ?

S.M. : Nous sommes deux à la direction artistique avec Sylvie Prat, qui travaille au festival de La Rochelle depuis de nombreuses années, et moi qui travaille à La Rochelle depuis 23 ans. On s’y prend dès l’automne. Les choix s’effectuent de deux manières différentes. Ainsi, on a été contacté très tôt par Studio Canal à l’occasion de la restauration des longs-métrages de Jacques Tati. Les distributeurs savent que le festival est un bel écrin pour ce genre de réédition, ce genre de cycle autour d’un cinéaste. D’autre part, il y a nos envies, nos désirs, par exemple Diane Keaton. Elle a disparu en octobre dernier et il n’y a pas vraiment eu de rétrospectives. On s’est emparé de cette actualité pour lui rendre un bel hommage. Par ailleurs, nous avons une subvention importante de l’Europe, le programme MEDIA « Europe créative ». Cela impose des contraintes, mais ça nous fait faire de belles découvertes comme la cinéaste estonienne Leida Laius qu’on ne connaissait pas du tout.

Il y a aussi l’actualité. On savait que Cristian Mungiu avait un film en préparation, en tournage qu’il avait de grandes chances d’être sélectionné au Festival de Cannes. On a été très heureuses quand on a su que son film était en compétition et encore plus quand il a reçu sa deuxième Palme d’or. Il a accepté notre invitation très tôt (le FEMA lui consacre un hommage avec la présentation de neuf films, dont Fjord, qui a reçu la Palme d’or il y a quelques semaines). Léa Mysius (elle fait aussi l’objet d’un hommage avec la présentation de trois films, dont Histoires de la nuit, en avant-première), c’était pareil, on savait qu’elle aurait un film qui serait prêt. Après Cannes, les distributeurs sont bien heureux de montrer ces films devant un vrai public de cinéphiles qui seront un peu des ambassadeurs du film au moment de sa sortie. On va piocher des films dans toutes les sections à Cannes parce qu’on sait qu’on aura accès à tous ces films en fonction de leur date de sortie. Il ne faut pas qu’ils soient sortis avant le festival, mais la plupart sortent plutôt à l’été, voire à l’automne. On est de plus en plus identifié comme un festival qui présente aussi des documentaires, avec la section « Au cœur du doc » qui a pris de l’ampleur depuis deux ou trois ans.

EN: Combien de films présentez-vous en avant-première ?

S.M. : On a toujours une petite trentaine de films de fiction en avant-première, plutôt des films cannois, des films assez attendus. On a une quinzaine de films documentaires -17 cette année – en avant-première, et après, le reste, c’est à peu près stable, réparti entre les rétrospectives, les hommages, les rencontres autour de la musique, le montage, la restauration de films. Ce qu’on a beaucoup multiplié, pour le mieux, c’est les rencontres, avec de plus en plus en plus de séances présentées. Cette année, on a une table ronde autour de la jeune critique, à l’occasion des 80 ans du Syndicat français de la critique de cinéma, on a une conférence de la critique Murielle Joudet sur l’actrice Diane Keaton, une table ronde sur le cinéaste Youssef Chahine avec beaucoup d’intervenants qui viennent d’Egypte.

EN : Combien de personnes travaillent pour le FEMA ?

S.M. : Nous sommes cinq salariés à l’année entre Paris et La Rochelle, et 130 pendant le festival, avec pas mal de bénévoles, des intermittents, des CDD.

EN : Cette année, vous lancez une billetterie en ligne.

S.M. : Le coût est important, mais ce sera un vrai confort pour les festivaliers, plutôt que de faire la queue pendant une heure devant chaque salle, parfois sous le soleil ou sous la pluie.

EN : Y a-t-il un profil type du festivalier ?

S.M. : La billetterie en ligne nous permettra d’étudier ce public. On aura une vraie visibilité à la fois du public et des professionnels qui viennent au festival. Ça va être un outil assez précieux pour nous. Il y a une bonne partie de retraités, ceux qui ont le temps, ceux qui ont les moyens de venir à La Rochelle. Mais depuis trois ans, après le Covid, il y a de plus en plus de jeunes. On a fait un gros travail sur les réseaux sociaux, toute une communication digitale. On cherche à diversifier la programmation, en proposant des films un peu plus grand public, d’où Diane Keaton, ou la journée organisée chaque année autour d’une actrice ou d’un acteur un peu emblématique, des stars à l’honneur le temps d’une journée. Cette année, c’est Javier Bardem. Il y aura aussi un documentaire sur les Gremlins. Par des films un peu populaires, on attire un public jeune qui, une fois sur place, peut découvrir peut-être Jacques Tati, peut-être Cristian Mungiu. On peut les amener vers des films d’auteurs qu’ils n’iraient pas voir d’eux-mêmes. On les incite à découvrir sur place des films qu’ils ne connaissent pas.

EN : Avez-vous des regrets ou, au contraire, des sujets de fierté ?

S.M. : On est assez fier de notre festival. A travers les messages qu’on reçoit, on voit un engouement, on est un festival très apprécié, très aimé. C’est notre force. On prépare ce festival avec beaucoup d’énergie et de passion toute l’année, mais il y a un vrai retour du public et des invités pendant le festival qui nous comble.

EN : Y a-t-il un événement qui vous a particulièrement marqué depuis votre arrivée au FEMA ?

S.M. : Je pense à la venue de Liv Ullmann à La Rochelle (l’actrice et réalisatrice norvégienne, qui a été la compagne du réalisateur suédois Ingmar Bergman, est venue en 2005 à l’occasion d’un hommage qui lui était rendu). C’était un grand moment, avec tout ce qu’elle représente dans l’histoire du cinéma. C’est une actrice mythique qui incarne tout un pan de l’histoire du cinéma, et une femme admirable.

EN : Quels sont vos objectifs pour les années à venir ?

S.M. : Chercher à diversifier le public, à montrer que nous ne sommes pas un festival élitiste. On peut accueillir des familles, des jeunes, des cinéphiles. Certains prennent leurs vacances pour venir au festival. Il y a aussi tous ceux qui viennent de la région, voire de La Rochelle. On a beaucoup développé la signalétique en ville. Les Rochelais se sont plus appropriés le festival depuis quelques années. On met des films assez rassembleurs le week-end pour que les Rochelais puissent en profiter. Comme le festival n’est pas compétitif, il n’y a pas d’enjeu, et les cinéastes qui viennent sont très décontractés. Ils voient les salles pleines, il voit un public curieux, attentif qui est vraiment dans l’échange. On est très bien aussi accompagné par les distributeurs qui nous font confiance en nous proposant de belles avant-premières. Un autre objectif est de garder un nombre d’entrées important pour pallier aux baisses de subventions qui s’annoncent à l’avenir.

Propos recueillis par Pierre-Yves Roger