Deauville 2026 : Club Kid triomphe avec le Grand Prix du jury et le prix du Public

Deauville 2026 : Club Kid triomphe avec le Grand Prix du jury et le prix du Public

La compétition du 52e Festival du cinéma américain de Deauville était foisonnante : 13 films dont, pour la première fois, un film d’animation, mais aussi six premiers films et quatre signées par des femmes réalisatrices. Quatre longs sont déjà passés par Cannes et un autre venait d’être projeté au Festival de Venise.

Des deuils en pagaille

Le deuil ne se réduit pas à l’épreuve de l’absence : la personne disparue contribue aussi à définir qui l’on était aux yeux des autres, et sa mort laisse l’impression d’être devenu quelqu’un de moins complet. La maladie d’Alzheimer, avec sa dégénérescence mentale, la perte des repères et du langage, était au cœur de deux films, dans lesquels une femme adulte se montrait à chaque fois très inquiète pour sa mère âgée.

Queen at sea de Lance Hammer (avec Juliette Binoche et Tom Courtenay) pose la question du consentement à une activité sexuelle entre époux quand justement ce n’est plus possible de s’exprimer. Et en plus, il faut se résoudre à un placement en EHPAD…

Méli-Mélo

Avec Méli-Mélo de Leah Nelson, Sarah débute une nouvelle relation amoureuse avec une fille et envisage d’emménager ensemble au moment où elle se sent obligée de revenir vivre un temps chez ses parents : son histoire d’amour est mise en parenthèse le temps de commencer à faire un futur deuil.

Le deuil est également au centre de Mouse de Kelly O’Sullivan & Alex Thompson, mais là il concerne une lycéenne qui a peu de confiance en elle-même et dont la meilleure amie, populaire, est décédée en voiture. Progressivement, l’adolescente va se rapprocher de la mère de la disparue au point de délaisser sa propre mère. Un transfert inquiétant…

La jeunesse à foison

If I go will they miss me

Beaucoup d’histoires de jeunes gens, endeuillés ou non, ont finalement inspiré les cinéastes, qui, parfois, puisent dans leurs souvenirs. Comme en littérature, le « je » devient le sujet principal. Une époque filmée comme une parenthèse plus ou moins idéalisée et que le cinéma ravive.

Dans If I go will they miss me de Walter Thompson-Hernandez, c’est un petit garçon de 12 ans qui veut se rapprocher de son père de retour de prison alors que celui-ci ne communique pas facilement au quotidien. La reprise de contact est difficile. Comme les avions qui passent au dessus de leur quartier, il développe un imaginaire où il rêve de s’envoler…

Dans I’ll be gone in June de Katharina Rivilis c’est l’année scolaire d’une étudiante allemande dans un bled du Nouveau-Mexique, au moment des attentats du 11 septembre 2001. Une errance « wendersienne » où le rapport à l’autre est primordial pour conjurer le mal du pays et la solitude.

The liberation of Rita Cooper de Guy Nattiv (avec Carrie Coon, Lily James, Bella Ramsey) s’inspire de l’histoire vraie de la grand-mère du réalisateur. Elle a quitté sa famille pour rejoindre une communauté de femmes qui a tout d’une secte. Dans les années 1980, Rita Cooper travaille dans une banque tout en cachant un mal-être, quand une cliente charismatique l’invite à rejoindre changer de vie. Rita Cooper se redécouvre une nouvelle sérénité et va quitter sa famille pour rejoindre cette communauté fermée sur elle-même. Plus tard ses deux filles adolescentes vont essayer de la rejoindre pour comprendre cette disparition.

Les invisibles en lumière

Test

Tous ces films montrent finalement les angles morts d’une société : solitude, maladie, incommunicabilité. Le cinéma indépendant américain se fait miroir d’une autre Amérique, loin des récits produits par les studios hollywoodiens.

Everybody digs Bill Evans de Grant Gee raconte plusieurs mois de la vie de Bill Evans, qui a quitté New-York et la musique après la mort en voiture de son bassiste Scott LaFato. Bill Evans est retourné chez ses parents où, après avoir vaincu son accoutumance à la drogue, il se repose sans jouer de piano. Presque l’anti-thèse d’un biopic musical sans jazz où le protagoniste, en quelque sorte, s’est mis en retrait de la musique.

Here I‘m alive de Joshua Z. Weinstein s’essaie à la chronique d’une nuit New-Yorkaise à travers cinq personnages souvent ignorés du cinéma : un livreur ubérisé, un associal qui ne sort plus de chez lui et discute par internet, un prostitué qui cherche de l’argent pour de la chirurgie esthétique, etc. pour former une pulsation de la vie nocturne.

Test de Sam McConnell est scénarisé et joué par Brock Yurich, un adepte du culturisme dans l’Ohio qui participe à de nombreux concours dans l’espoir d’être désigné un jour champion. Pour faire gonfler les muscles de son corps, il subit des injections de divers produits dangereux pour la santé. Mais ce n’est pas suffisant, il lui faudrait quitter l’influence de sa mère et prendre un entraîneur populaire. De plus, il est tirailler entre une ancienne petite amie de passage et ses désirs pour les hommes, tout cela sous la contrainte des injonctions morales de son église… Test s’imposait facilement comme l’un des grands favoris de la compétition, avec Club Kid.

Alors passons à ce déjà culte Club Kid de Jordan Firstman (scénarisé et joué et réalisé par lui-même). Il a déjà fait sensation à Cannes en mai. C’est l’histoire new yorkaise de Peter, addict aux fêtes en boite de nuit, aux expériences sexuelles (avec des hommes) et aux diverses drogues en circulation. Un jour il reçoit la visite d’une amie britannique accompagnée d’un jeune adolescent : sa mère est morte, et il apprend qu’il serait le père biologique. Peter va découvrir la paternité, qu’il n’a jamais souhaité.

Company

Finalement, entre ces portraits d’hommes vulnérables et de femmes en quête de sens, les films disent quelque chose de l’humain, américain ou pas. De la jeunesse regrettée aux excès en guise de fuite, de la mort insurmontable à l’existence insupportable, la folie n’est pas loin.

Elle se développe progressivement, plutôt dans les ‘films de genre’, qui suivent le dérèglement d’un mode de vie, la volonté farouche de ne plus souffrir du quotidien. A prayer for the dying de Dara Van Dusen exploite une imagerie de western quand une maladie contagieuse fait son apparition. La question d’une mise en quarantaine d’un village se pose avec l’interdiction d’y entrer et d’en sortir. Quand la mort commence à toucher femmes et enfants, le choix de faire quitter certaines personnes du village s’impose la peur de la contagion se propage…

Company de Casey Affleck (avec Nick Nolte, Ben Mendelsohn, Adelaide Clemens, Scoot Mcnairy…) joue avec la narration (plusieurs récits) et la temporalité (plusieurs époques) : une jeune femme raconte une histoire aux convives d’une soirée à propos d’une autre jeune femme qui raconte une histoire à un ermite isolé à propos d’une autre histoire, celle d’un jeune homme retrouvé perdu dans la neige. Les dialogues se superposent et, à chaque fois, il est question d’une personne qui va s’incruster chez des gens avec l’envie de ne plus repartir…

Party USA de Jared Sprouse est une comédie noir où le polar s’invite dans un petit magasin : une vendeuse, avec l’aide de son petit ami, va cacher la mort de sa responsable tyrannique. Ainsi, la vendeuse pourrait obtenir une promotion et une petite augmentation de salaire, mais la fille de la disparue arrive dans le magasin et commence à vouloir enquêter sur sa mère. Une cassette de vidéo-surveillance et un autre collègue risquent de tout faire déraper…

Le palmarès

Mouse

Choisir un lauréat parmi tous ces films oblige à laisser de côté certains qui nous ont impressionnés : A prayer for the dying ou Party USA, par exemple. Aucune injustice pour autant : les trois films les plus appréciés – Club kid, Test et Méli-Mélo – raflent cinq prix sur sept.

Le jury Révélation présidé par la chanteuse et actrice Lio était composé des jeunes actrices Manon Clavel, Marion Barbeau, Noée Abita et de l’acteur Sayyid El Alami s’est accordé sur Mouse de Kelly O’Sullivan & Alex Thompson (en soulignant d’ailleurs la performance de sa jeune actrice Katherine Mallen-Kupferer).

Le jury Compétition présidé par Roschdy Zem entouré par Cécile de France, Lola Quivoron, Laura Smet, Raphaël Personnaz, Simon Abkarian, Mohamed Mbougar Sarr, Euzhan Palcy et Camille Chamoux a plébiscité Club Kid de Jordan Firstman, tout en décernant deux prix du jury pour Méli-Mélo de Leah Nelson (qui repart aussi avec le prix de la Critique) et pour If I Go Will They Miss Me de Walter Thompson-Hernández.

Le Public a suivi la même ligne avec Club Kid et le jury Canal+ n’est pas passé à côté de Test de Sam McConnell.

Grand Prix : Club Kid, Jordan Firstman (en salles le 4 novembre 2026)
Prix du jury : Méli-Mélo (Tangles), de Leah Nelson (en salles le 20 jan­vier 2027)
Prix du jury : If I Go Will They Miss Me, de Walter Thompson-Hernández (en salles le 6 jan­vier 2027)

Prix de la révélation : Mouse, de Kelly O’Sullivan & Alex Thompson

Prix de la critique : Méli-Mélo (Tangles), de Leah Nelson (en salles le 20 jan­vier 2027)
Prix Canal+ : Test, de Sam McConnell
Prix du public : Club Kid, de Jordan Firstman (en salles le 4 novembre 2026)

Prix d’Ornano-Valenti (à un film français pour sa promotion aux Etats-Unis): La Gradiva, de Marine Atlan (en salles le 21 octobre 2026)