
Novembre 1972. Au tribunal de Bobigny, un procès hors norme secoue la France entière. Marie-Claire Chevalier, 16 ans, est accusée d’avoir avorté illégalement. À la barre, sa mère et toutes les femmes qui l’ont aidée. Leur avocate, Gisèle Halimi, fait un pari fou, insensé : elle leur demande de ne pas plaider coupable. Gisèle va faire ce qui n’a jamais été fait auparavant, elle va accuser et attaquer la loi, au risque de tout perdre.
Le procès de Bobigny a été un événement majeur pour le féminisme comme pour la justice, autant dire pour la société. En 1972, au tribunal de Bobigny, Marie-Claire Chevalier, 16 ans, est jugée pour avoir avorté après un viol. Sa mère et trois autres femmes qui l’ont aidée sont également jugées pour complicité. Elles sont toutes défendues par l’avocate Gisèle Halimi. Celle-ci transforme l’audience en procès de la loi de 1920, qui punissait la « provocation » à l’avortement et toute propagande en faveur de la contraceptionelles. Par sa jurisprudence, le jugement du tribunal de Bobigny ouvre la voie à la loi Veil de 1975 sur l’IVG.
S’il s’agit du premier film de cinéma traitant de l’affaire, ce n’est pas la première fois que ce procès inspire la culture populaire. Déjà en 1977, Agnès Varda montre les deux héroïnes de L’une chante, l’autre pas dans les manifestations féministes qui entourent l’audience. En 2005, François Luciani a réalisé le téléfilm Le Procès de Bobigny, avec Sandrine Bonnaire et Anouk Grinberg.
Mais c’est le théâtre qui a été le mieux inspiré : #BOBIGNY en mai 2018, Reconstitution : le procès de Bobigny l’année suivante, à partir d’entretiens avec des témoins de l’époque. Et plus récemment, en 2025, Le Procès d’une vie, qui a récolté trois Molière (dont meilleur spectacle privé).

En s’attaquant à un tel sujet (qui plus est une histoire vraie) dans un genre majeur du cinéma (le film de procès), Lauriane Escaffre n’a pas fait preuve d’originalité. L’affaire Marie-Claire s’apparente davantage à un téléfilm sociétal où toutes les étapes sont racontées de manière assez plates.
Davantage un film sur Halimi
Pourtant le scénario tente à chaque fois d’échapper à son cadre – un affaire de femmes gérée par des combattantes – avec des allers retours dans le temps. Las, le procédé provoque exactement l’inverse : il semble emprisonner le film dans une succession de scènes qui bloque tout élan dramatique.
Le film ne dépasse ainsi jamais son format pédagogique illustré qui rappelle chacun des événements, des avancées, ou des reculs, portées par Gisèle Halimi. En se positionnant du point de vue de l’avocate – triomphante et iconique -, la réalisatrice empêche le récit de s’affranchir de son histoire balisée. D’autant que Charlotte Gainsbourg est très peu convaincante en Gisèle Halimi.

Il aurait sans doute plus intéressant de choisir l’angle de la victime (Saül Benchetrit, jolie révélation) et de sa mère (Cécile de France, une fois de plus très juste). Ou tout au moins de leur laisser plus de place. Comme elle a su le faire avec l’époux d’Halimi (Grégory Gadebois, épatant en ours domestique).
Au lieu de ça, hormis la bonne intention de rappeler l’existence de cette bataille féministe et juridique majeure, le film se fond dans un récital en mode mineur et sans la force de caractère de ses héroïnes. Il faut attendre la conclusion pour que le cinéma surgisse et que l’émotion prenne : des visages soulagés, libérés. Ce qui démontre bien que cette Affaire Marie-Claire n’aurait pas du être un récit sur les affaires de Gisèle.
L'affaire Marie-Claire
Festival de Cannes 2026. Séance spéciale.
1h42
En salles le 4 novembre 2026
Réalisation : Lauriane Escaffre
scénario : Lauriane Escaffre et Yvo Muller
Image : Jean-François Hensgens
Distribution : Gaumont
Avec Charlotte Gainsbourg, Cécile de France, Grégory Gadebois, Saül Benchetrit, Sarah Suco, Florence Loiret-Caille ...
